Ils sont passés aux énergies renouvelables

Énergie

Pompes à chaleur, panneaux photovoltaïques et chaudières à bois s’installent dans les collectivités territoriales. Les raisons sont à la fois écologiques et financières : à terme, les énergies renouvelables peuvent offrir un retour sur investissement intéressant.

En 2015, Perpignan sera une « ville à énergie positive » telle que définie par le Grenelle de l’environnement. But affiché : couvrir 100 % des besoins en électricité de la communauté d’agglomération, soit 200 000 personnes, à partir des énergies renouvelables. Pour ce faire, la collectivité s’apprête à installer trois centrales solaires, 70 000 m2 de panneaux photovoltaïques et quarante éoliennes. Montant des travaux : 500 millions d’euros. « Le retour sur investissement devrait intervenir dans les sept à dix« ans » explique-t-on au ministère de l’Écologie.

Les collectivités territoriales et leurs 200 000 acheteurs publics s’intéressent de plus en plus aux énergies renouvelables. Il faut dire qu’elles produisent à elles seules 12 % des émissions nationales de gaz à effet de serre et que leur consommation d’énergie représente 2,2 milliards d’euros TTC chaque année – dont 70 % pour les bâtiments –, en augmentation de 4 % par an ces dernières années(1). Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elles cherchent à réduire la facture : lors d’une enquête menée par les Eco-maires(2), 46,9 % des collectivités ayant répondu ont affirmé privilégier le domaine de l’énergie dans leur démarche d’achat durable. En effet, « comment demander à ses administrés de faire des économies d’énergie si on ne commence pas par se l’appliquer à soi-même et à son patrimoine ? », s’interroge Sébastien« Contamine, directeur de l’Adhume, l’Agence locale des énergies, à Clermont-Ferrand.

« Avant de penser « énergie renouvelable », remarque Sébastien Contamine, « il faut d’abord maîtriser sa consommation. Pas la peine d’avoir des panneaux photovoltaïques sur le toit si votre bâtiment est une passoire thermique ! C’est le b.a.-ba. Ensuite, on peut se lancer dans la consommation d’énergies renouvelables, choisir le bois plutôt que le fioul, par exemple. Enfin, il y a la production, panneaux photovoltaïques, ferme éolienne… Mais ça, c’est la cerise sur le gâteau. »

Le bois suscite l’intérêt

Si les collectivités n’affichent pas de préférence marquée pour telle ou telle énergie, le bois en tant que combustible suscite actuellement beaucoup d’intérêt. « C’est une énergie facile à appréhender et qui permet de recevoir beaucoup d’aides » note Maud Lelièvre, déléguée générale des Eco-maires. « Le problème, remarque Gaël Violas, de l’Établissement public de santé mentale départemental (EPSMD) de l’Aisne, « c’est que les fabricants de chaudières à bois capables d’alimenter une collectivité sont encore peu nombreux en France. Pour notre marché, nous n’avons reçu que deux offres. C’était suffisant mais nous aurions aimé avoir plus de choix ».

Les panneaux photovoltaïques, faciles à installer et à entretenir, rencontrent également un beau succès. « Bois et soleil sont des énergies utilisables partout », ajoute le directeur de l’Agence locale des énergies de Clermont-Ferrand. «  Elles ne sont pas liées à un territoire précis, comme le sont l’éolien ou la géothermie profonde ». Attention cependant aux effets de mode : « Par exemple, on a beaucoup fait la promotion des bâtiments à énergie positive, ce qui a créé une émulation. Mais une expérience réussie n’est pas forcément reproductible ailleurs », explique Maud Lelièvre.

Une volonté politique forte derrière chaque projet

Des collectivités qui « considèrent encore la mise en œuvre des énergies renouvelables comme un pari », poursuit la déléguée générale des Eco-maires, « c’est important qu’il y ait une volonté politique forte pour soutenir ce choix ».
José Cohen, directeur général adjoint au conseil général du Nord, lui, va même plus loin : « Ce type de projet passe par un vaste programme de sensibilisation des esprits au sein même de la collectivité. Si les agents sont convaincus du bien-fondé du projet, ils créent une dynamique. La collectivité, en tant que maître d’œuvre, crée de l’offre, ce qui stimule les entreprises ».

Tous les acheteurs publics qui sont déjà passés par là insistent sur la nécessité absolue de bien définir ses besoins, quitte à confier cette mission à un cabinet spécialisé. « La fiabilité des études préalables est déterminante pour le comportement énergétique du futur bâtiment », affirme Isabelle Thélier, coordinatrice de la maison de la nature de la communauté de communes Artois-Lys (voir page 17).

Un cahier des charges exigeant

« Ensuite, c’est un grand avantage d’avoir recours à un marché ouvert aux variantes ou à un partenariat public-privé qui permet le dialogue compétitif »,
remarque Jeanne Borja, directrice générale adjointe des services de Saint-Raphaël (voir page 19). « Cela permet de faire jouer la compétence des professionnels, d’améliorer une technique ou une disposition du projet ». « La réflexion sur le lien territoire-besoins-efficacité est primordiale », résume Maud Lelièvre. « Dans ce domaine, un échec crée un rejet durable de la part de la population ».

« Soyez exigeant », conclut Sébastien Contamine, « ne vous contentez pas d’un CCTP standard. Si vous ne voulez pas que les bureaux d’études ou les fournisseurs vous donnent le strict minimum, il doit être vraiment adapté au projet et aux exigences des élus ».

(1) Chiffres Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

(2) Enquête réalisée entre avril et juillet 2007 auprès de 314 collectivités par le groupe de travail national des réseaux territoriaux « commande publique et développement durable » animé par les Éco-maires.


Bien choisir son AMO

Les conseils de Jacques Perotto, directeur de la société Agora, spécialisée en ingénierie de développement (Vaulx-en-Velin, Rhône) :

« Il faut commencer par faire le bilan de ses compétences internes et chercher l’assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) qui viendra les appuyer ou les compléter. C’est tout l’enjeu de ce type de marché : réaliser une bonne jointure entre capacités internes et externes. Si le projet repose sur des techniques simples, connues, reproductibles, le critère le plus important sera le prix. Mais s’il s’agit d’une opération innovante, comme cela peut être le cas avec les énergies renouvelables sur lesquelles on n’a pas ou peu de recul, le prix doit passer au second plan au profit de la composition de l’équipe et de ses références. En outre, je pense que dans le cadre de projets innovants, les équipes de petite taille sont plus réactives et plus imaginatives ».


Éolien : entretien avec Cyril Perrin, directeur de la Régie d’électricité de la Vendée (REVe)

« Beaucoup de lots à coordonner »

« Une procédure négociée de 6,5 millions d’euros a permis d’installer six éoliennes sur l’Île d’Olonne. L’intérêt : une production de 10,3 millions de kWh dans moins de dix ans ».

HA : Pourquoi avoir construit des éoliennes ?

Cyril Perrin : Chaque été, la Vendée doit faire face à une consommation d’électricité galopante. Il a fallu trouver de nouveaux moyens d’alimenter le département en énergie. Dès 1999, notre réflexion nous a menés vers l’éolien. La Vendée abrite aujourd’hui 36 éoliennes pour une puissance totale de 50 MW, ce qui permet d’alimenter plus de 40 000 foyers (hors chauffage) tout en évitant l’émission de 30 450 tonnes de CO2 par an. Le dernier parc a fait l’objet d’une procédure négociée en 2007 pour 6,5 millions d’euros. L’intérêt : une production de 10,3 millions de kWh dans moins de dix ans.

HA : Quelles sont les particularités de l’éolien ?

C.P. : C’est un univers complexe à la technologie délicate. La création d’un parc éolien implique une multitude d’interactions entre les acteurs : génie civil, constructeur, exploitant, réseaux électriques, téléphonique… Depuis le terrassement jusqu’aux études de vérification, il y a beaucoup de lots à coordonner. Le photovoltaïque est beaucoup plus facile à mettre en œuvre et à gérer.

HA : Quel retour financier attendez-vous de ce marché ?

C.P. : Ce parc représente un investissement de 7 millions d’euros. L’électricité produite est revendue à EDF, ce qui devrait générer des recettes de 840 000 euros HT chaque année. Le retour sur investissement est donc prévu dans moins de dix ans.


Énergie positive : entretien avec José Cohen, directeur général adjoint au conseil général du Nord

« Sensibiliser très en amont architectes et entreprises »

Les Archives départementales du Nord seront bientôt saturées. Un appel d’offres restreint est passé pour créer un bâtiment à énergie positive.

HA : Quelle est la particularité de ce projet ?

J.C. : Les bâtiments à énergie positive doivent consommer peu d’énergie mais ils doivent également en produire, et de façon renouvelable bien sûr. Ici, un dispositif jouant sur les flux d’air entrants et sortants et alimenté par de l’électricité photovoltaïque permettra de réguler la température et l’hygrométrie. Il existe peu de constructions de ce type. Le projet est expérimental, aussi nous avons lancé un marché de conception-réalisation, qui a permis de sensibiliser très en amont architectes et entreprises.

HA : Quels choix avez-vous faits en matière de développement durable ?

J.C. : Nous avons raisonné comme s’il s’agissait d’un bâtiment Haute qualité environnementale (HQE) même s’il n’existe pas de telles normes pour ces constructions-là. Nous avons opté pour un chantier « propre » avec une bonne gestion des déchets et des nuisances sonores. Le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) nous a beaucoup aidés dans la phase de rédaction du cahier des charges.


Photovoltaïque : entretien avec Jeanne Borja, directrice générale adjointe des services et directrice de la régie des parkings de Saint-Raphaël (Var)

« 96 000 euros déduits de nos loyers »

Saint-Raphaël a passé un contrat de partenariat pour moderniser la gare routière, la gare SNCF et le cinéma. La vente de l’électricité produite par la centrale photovoltaïque du toit est déduite des loyers de la ville.

HA : Quel a été l’intérêt du contrat de partenariat ?

J. B. : Ce projet réunissait toutes les complexités possible : de nombreux acteurs rendaient impossible une maîtrise d’ouvrage traditionnelle ; le projet présentait d’importantes difficultés techniques comme faire cohabiter un cinéma et des voies ferrées. La ville ne souhaitait pas prendre en charge ces risques. Le dialogue compétitif nous a permis de participer à la conception du projet. Mais il demande beaucoup de rigueur pour respecter l’équité entre les candidats.

HA : Qui a géré la partie photovoltaïque ?

J.B. : Le maître d’ouvrage, CARI, a conclu un partenariat avec EDF Optimal Solutions. Il sera responsable de la maintenance pour les vingt années à venir. Chaque année, les panneaux photovoltaïques devraient produire 240 MWh qui seront revendus à ERDF. Cela équivaut à la consommation annuelle de plus de cent foyers. EDF n’a pas d’obligation de résultats mais doit à notre partenaire privé le versement de 96 000 euros pendant 20 ans. Il le déduit de nos loyers.


Bois-énergie : entretien avec Franck Boisteau, responsable des marchés publics de Chateaubriant (Loire-Atlantique)

« Une provenance du bois identifiée »

La chaufferie au bois de Chateaubriant, qui fait l’objet de négociations, alimentera 560 logements sociaux et des bâtiments publics. Avec 1 377 tonnes de CO2 produites en moins par an, l’économie annuelle est estimée entre 8 et 10 %.

HA : Pourquoi avoir choisi une DSP ?

F.B. : La ville n’avait pas l’expérience nécessaire. Une consultation sur compétences a été lancée en avril. Nous voulions que les entreprises s’impliquent aussi bien dans l’aspect architectural que dans le prix du MWh pour l’usager. Nous avons construit le cahier des charges autour d’un marché d’objectifs et non de moyens pour contraindre le délégataire à des pénalités s’il n’atteint pas les objectifs fixés. Un cabinet d’études et des avocats nous ont assistés, ils sont allés beaucoup plus loin que nous dans la recherche d’économies.

HA : Quels étaient vos exigences concernant le bois ?

F.B. : Une provenance identifiée. Il ne peut être livré que quatre à cinq fois par semaine en camion. Aussi, les candidats devaient définir un plan routier pour ne pas déranger les riverains et éviter les problèmes de circulation. Le CCTP prévoyait le recyclage de l’eau de condensation des fumées – 3 000 m3/an – et des capteurs photovoltaïques pour compléter le dispositif.


Centrale photovoltaïque : entretien avec Ghislain Bavre, directeur du pôle développement durable de la communauté d’agglomération du Grand-Alès (Gard)

« Il faut créer un véritable partenariat »

Le Grand-Alès a lancé en 2009 un appel à projets pour implanter sur un terrain de 31 hectares une centrale de production d’électricité solaire. La location du terrain rapportera entre 100 et 200 000 euros. 18 millions de kWh seront produits.

HA : Quelles sont les difficultés d’un tel projet ?

G.B. : L’implantation d’une centrale photovoltaïque n’a rien à voir avec l’habillage d’un bâtiment par des panneaux. La technologie de ce système est peu connue, aussi faut-il se documenter. Autre difficulté : les nombreux montages juridiques possibles. Nous avons donc rédigé un cahier des charges très ouvert, permettant ainsi aux entreprises de nous faire des propositions innovantes.

HA : Pourquoi imposer une visite du site ?

G.B. : Pour mesurer la volonté de l’entreprise. C’est important car nous nous engagerons ensemble pour trente ou quarante ans. Elle va investir 30 à 40 millions d’euros dans le projet. Il faut créer un véritable partenariat.

HA : Comment avez-vous intégré l’aspect environnemental au cahier des charges ?

G.B. : En affectant 5 % de pondération au critère du développement durable. L’accent est mis sur la composition des panneaux photovoltaïques et sur les dispositions de recyclage prévues à l’issue du contrat. Enfin, un développement pédagogique de sensibilisation était demandé.


Géothermie et photovoltaïque, entretien avec Isabelle Thélier, coordinatrice de Geotopia (Pas-de-Calais)

« Il se peut que notre bilan énergétique de l’année soit positif »

Geotopia, la Maison de la nature de la communauté de communes Artois-Lys s’est dotée d’un chauffage assuré par une pompe à chaleur eau/eau.

Coût : 746 000 euros.

« La procédure du marché négocié après un appel d’offres infructueux nous a permis d’auditionner les entreprises pendant une semaine. C’est un réel avantage d’avoir leurs avis techniques sur le cahier des charges. Le marché était estimé à 650 000 euros. Au final, il nous a coûté 746 000 euros : le système de pompe horizontale que nous avions choisi s’est révélé insuffisant (le terrain était trop petit) et nous avons dû changer pour une pompe verticale. Il a donc fallu réaliser un forage, d’où un surcoût de 30 000 euros. Geotopia a ouvert en mai 2008 à Mont-Bernanchon. Notre premier hiver s’est très bien passé. Nous avons consommé en moyenne 27 kWh/m2 pendant ces cinq mois, alors qu’une construction classique tourne autour de 200 kWh/m2. Dans le même temps, nos panneaux solaires ont produit 1 300 kWh. Il se peut que notre bilan énergétique de l’année soit positif. Seul hic au marché : le chantier vert. Les entreprises ne sont pas toutes formées aux enjeux écologiques dans la construction. Si c’était à refaire, nous cadrerions plus étroitement cet aspect, qui représentait 10 % dans la pondération du marché ».

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