Aide alimentaire : le cri d’alarme d’associations humanitaires

Lutte contre les exclusions

La Croix-Rouge, la Fédération Française des Banques Alimentaires, les Restos du Cœur et le Secours populaire ont adressé une lettre ouverte aux chefs d’État européens, exigeant la prolongation du PEAD.

Le Conseil des ministres européens de l’agriculture a refusé, le 20 octobre, de voter l’évolution du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD). Cette décision révolte les quatre associations françaises habilitées dans le cadre de ce programme, qui, à ce titre, ont reçu 72 millions d’euros d’aide en 2011, leur permettant de distribuer quelque 130 millions de repas. À savoir : la Croix-Rouge française, la Fédération Française des Banques Alimentaires, les Restaurants du Cœur et le Secours populaire français. Les présidents de ces quatre associations – Jean-François Mattei (Croix-Rouge), Alain Seugé (Banques alimentaires), Olivier Berthe (Restos du Cœur) et Julien Lauprêtre (Secours populaire) – ont donc cosigné, le jour même, une « Lettre ouverte à Mesdames, Messieurs les chefs d’État et de gouvernement européens ».

La prolongation du PEAD constitue pourtant, selon eux, le « seul moyen de répondre aux besoins des 18 millions d’Européens les plus démunis ». Celle-ci était d’ailleurs demandée par la Commission européenne, votée par 85 % des eurodéputés et soutenue par 21 États, sur les 27 qui composent l’Union européenne, rappellent les quatre associations signataires. En revanche, six États européens – Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, République Tchèque, Danemark, Suède – s’opposent toujours à la poursuite du programme pour la période 2012-2013. Ils s’appuient sur une décision de la Cour de justice européenne, selon laquelle le fonctionnement du PEAD est considéré comme un détournement de l’objectif initial de la politique agricole commune (PAC).

« Cette décision est incompréhensible pour l’opinion publique, habituée à un fonctionnement démocratique de la vie politique depuis des décennies, écrivent Jean-François Mattei, Alain Seugé, Olivier Berthe et Julien Lauprêtre. Ce nouveau report traduit le désaveu d’un des principes fondateurs de l’Europe, visant à assurer la sécurité et l’autosuffisance alimentaire de tous, et en particulier des plus démunis ».

« Les conséquences d’un arrêt aussi brutal d’un dispositif parfaitement géré depuis presque un quart de siècle et représentant seulement 1 euro par Européen, ne pourront en aucun cas être compensées pour 2012 », préviennent les quatre associations françaises. Selon elles, l’Europe ne peut pas laisser de côté les 18 millions d’Européens concernés par l’aide alimentaire et, au-delà, les 80 millions de citoyens européens les plus fragiles. « Une catastrophe humanitaire est désormais à craindre sur notre continent », alertent Jean-François Mattei, Alain Seugé, Olivier Berthe et Julien Lauprêtre.

« Les principes de démocratie, d’humanisme, de respect des engagements et de fidélité au traité de Rome dépendent, aujourd’hui, de la responsabilité des chefs d’État en charge de la construction de l’Europe », poursuivent-ils. Les associations humanitaires françaises appellent donc, « solennellement », les chefs d’État et de gouvernement européens à ne pas abandonner les plus pauvres dans cette période de crise et à mobiliser toute leur énergie pour prolonger un soutien efficace de l’Union européenne à sa population la plus démunie.

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