Réduction de la pauvreté : un rapport gouvernemental contesté

Lutte contre les exclusions

La pauvreté a stagné en France en 2009, selon un récent rapport du gouvernement. Plusieurs associations dénoncent le mode de calcul utilisé.

Le ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale a remis, le 19 octobre, son rapport au Parlement sur le suivi de l’objectif de baisse d’un tiers de la pauvreté en 5 ans. Ce rapport annuel est rédigé en application de la loi du 1er décembre 2008 généralisant le revenu de solidarité active (RSA) et réformant les politiques d’insertion. Il a pour but de « mesurer l’évolution de la pauvreté en France au regard de l’objectif de réduction d’un tiers en 5 ans de la pauvreté ». Il analyse, également, les mesures et les moyens financiers mis en œuvre pour y parvenir.

Le suivi de cet objectif est assuré au moyen de plusieurs indicateurs, indique le gouvernement :

– Un indicateur central – le taux de pauvreté ancré dans le temps – qui privilégie une approche absolue de la pauvreté, en se référant au seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian en 2006. Ce seuil est revalorisé chaque année pour tenir compte de l’inflation. Il permet de mesurer les évolutions de la population vivant sous le seuil de pauvreté, indépendamment des variations, année après année, du revenu médian de la population.

– Le taux de pauvreté monétaire relatif mesure le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, fixé à 60 % du revenu médian, et l’évolution des inégalités des revenus.

– D’autres indicateurs complémentaires, enfin, qui se rapportent à onze objectifs de lutte contre la pauvreté et permettent d’appréhender l’évolution de ce phénomène dans ses multiples dimensions, comme l’accès à l’emploi, le logement, l’éducation et la formation, l’accès aux soins ou aux services bancaires.

Ces différents indicateurs sont renseignés à partir de sources issues de la statistique publique. Cela explique que les informations soient présentées avec un décalage temporel important. Ainsi, en 2011, les données disponibles portent principalement sur l’année 2009.

« Les évolutions des indicateurs du tableau de bord montrent en 2009 une quasi stabilité du taux de pauvreté, ancré dans le temps à 11,8 %, alors que la tendance était à la baisse depuis 2007, et une augmentation du taux de pauvreté relatif au seuil de 60 % du revenu médian (954 euros en 2009), qui s’établit à 13,5 % de la population française métropolitaine », écrit le ministère. Le profil des personnes pauvres s’est, toutefois, peu modifié sur la période récente, poursuit le rapport : le taux de pauvreté relatif (calculé au seuil à 60 %) reste plus élevé pour les familles monoparentales, les personnes isolées, les familles nombreuses et les personnes immigrées alors que le risque de pauvreté décroît de façon générale avec l’âge.

« L’augmentation du taux de pauvreté monétaire au seuil de 60 % s’explique, en partie, par l’augmentation du niveau de vie médian (+ 0,4 % par rapport à 2008) qui, en élevant le seuil de pauvreté, contribue mécaniquement à augmenter la proportion de personnes en situation de pauvreté en 2009, commente le ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale. Pour autant, cette augmentation est surtout liée à la hausse du chômage, qui a touché les ménages les plus modestes ».

« Malgré une crise majeure, l’impact sur les ménages modestes a pu être limité grâce à au système de protection sociale, au renforcement des minima sociaux, ainsi qu’aux réformes législatives intervenues entre 2007 et 2010 pour lutter contre la pauvreté », se félicite le gouvernement. Et le rapport de mettre en avant la création du RSA, la revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), mais également le Plan de mobilisation pour l’emploi et le Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes.

Au final, les simulations réalisées par la Drees indiquent que « ces réformes intervenues entre 2007 et 2010 ont permis d’atténuer l’augmentation la pauvreté relative de 0,4 point : autrement dit, sans ces réformes, ce seraient plus de 260 000 personnes qui seraient tombées dans la pauvreté entre 2007 et 2010 », souligne le rapport.

« Au-delà de ces évolutions structurelles, le gouvernement a également mis en place des mesures exceptionnelles pour atténuer l’impact de la crise », continue d’égrener le rapport. Selon l’Insee, « sans ces mesures exceptionnelles, la pauvreté aurait augmenté de 0,2 point : autrement dit, 130 000 personnes supplémentaires seraient tombées dans la pauvreté en 2009 par rapport à 2008 ».

Enfin, les premières comparaisons internationales d’évolution du taux de pauvreté en 2009 mettent en évidence que « la situation de la pauvreté en France s’est moins dégradée que dans d’autres pays européens : la hausse de 0,5 point du taux de pauvreté observée en 2009 en France est inférieure à celle observée en Espagne (+ 1,2 point de pourcentage) ou aux États-Unis (+ 1,1 point de pourcentage) ».

Les associations de solidarité contestent l’utilisation de l’indicateur central, privilégié par le gouvernement. Avec ce mode de calcul, « le taux baisse quasi-automatiquement », explique Bruno Tardieu, délégué national d’ATD-Quart Monde. « À ce compte-là, dans 15 ans, il n’y a plus de pauvres en France », s’indigne le directeur de la Fnars, Matthieu Angotti. Pour Emmaüs, « au-delà de ce jeu comptable malsain, le nombre de pauvres continue incontestablement d’augmenter encore et toujours ».

« C’est le comble de l’hypocrisie politique d’oser dire que tout va bien alors qu’on a une crise sociale sans précédent et que tous les indicateurs sont au rouge », reprend Matthieu Angotti, en rappelant avoir demandé au gouvernement de ne pas communiquer uniquement sur cet indicateur contesté.

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