Une étude ausculte les difficiles conditions de travail en EHPAD

Personnes âgées

Le ministère des Affaires sociales et de la Santé vient de publier une étude sur les conditions de travail des soignants en EHPAD.

Des usagers plus âgés entrant plus tardivement en établissement avec un niveau de dépendance plus élevé, une amplification des tâches sanitaires au détriment du relationnel, le renforcement des exigences de qualification des professionnels et du contrôle qualité, une exigence accrue des résidents… Les conditions de travail des soignants d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) changent sous l’effet de l’évolution récente des profils de résidents.

Publiés par le ministère des Affaires sociales et de la Santé, Les Dossiers de la Drees (n° 5, septembre 2016) présentent une étude sur les conditions de travail en EHPAD. Quatre métiers soignants sont placés au cœur de cette étude : infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques (AMP) et auxiliaire de vie sociale. Celle-ci a été menée de façon qualitative, au moyen d’entretiens individuels et collectifs, avec des soignants travaillant dans 30 EHPAD différents.

Aux dires de ces personnels soignants, travailler en EHPAD s’avère difficile, aussi bien physiquement que psychiquement, et la charge mentale y est importante. L’organisation du travail est souvent en tension et peut être source de dégradations des conditions de travail, rapporte l’étude. Néanmoins, bien plus que le niveau de dépendance des résidents, la taille de l’établissement ou leur statut juridique, qui ne sont que très rarement cités spontanément par les professionnels, d’autres aspects sont mis en avant par les professionnels.

En premier lieu, ils pointent les moyens financiers dont dispose l’établissement. Ceux-ci conditionnent les dotations en personnel et, par conséquent, le taux d’encadrement et la charge de travail par individu. En second lieu, l’impulsion donnée par la direction et l’encadrement semble « essentielle », de même que la reconnaissance du travail réalisé, le soutien face aux difficultés ou aux critiques, l’association aux projets transversaux et la responsabilisation des équipes, qui constituent « des déterminants majeurs de la qualité des conditions de travail aux yeux des professionnels », insiste la Drees.

Enfin la qualité des relations de travail apparaît aussi comme un facteur important. Le travail soignant exercé en EHPAD est vécu, par nature, comme un exercice collectif. « La qualité des liens avec les collègues, la solidarité dans le partage des tâches et l’organisation du travail, le sentiment d’aller dans la même direction en prodiguant un accompagnement cohérent et personnalisé aux résidents sont des facteurs de satisfaction et d’investissement dans le travail pour les professionnels soignants », précise l’étude. Face aux difficultés, les professionnels restent, toutefois, le plus souvent, fortement engagés dans leur travail, tant professionnellement que personnellement. « Des mécanismes de solidarité sont notamment mis en œuvre pour pallier certaines difficultés, mais restent fragiles », indique la Drees.

Quid de l’avenir ? La médicalisation croissante des établissements constitue « une inquiétude forte » des professionnels. Notamment parce qu’elle se heurte à leur identité professionnelle telle qu’ils aiment à la définir, faisant primer le « care », l’accompagnement global, la relation humaine sur la technicité des soins. « C’est une bataille qui semble s’engager entre l’EHPAD et l’hôpital, le médico-social et le sanitaire. Le sentiment prime ainsi que les évolutions en cours vont à rebours de ce que les soignants apprécient de leur métier et de ce qui leur permet de continuer à s’investir malgré des conditions de travail qu’ils estiment difficiles », conclut l’étude.

 
Source : Des conditions de travail en EHPAD vécues comme difficiles par des personnels très engagés, Drees, n° 5, septembre 2016

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