Un rapport esquisse l’Ehpad du futur

Personnes âgées

Le Think Tank Matières grises formule des propositions pour engager « un changement radical de modèle » des Ehpad.

Que voudront les personnes âgées de demain ? Comment penser l’architecture et les espaces ? Comment rendre possible l’Ehpad plateforme ? Le Think Tank Matières Grises a présenté, début juin 2021, son étude intitulée « L’Ehpad du futur commence aujourd’hui ». Ses auteurs, Luc Broussy, Jérôme Guedj et Anna Kuhn-Lafont, y formulent des propositions « pour un changement radical de modèle ».

« Il n’y a pas, sur le long terme, d’alternative à l’Ehpad. Telle est notre conviction profonde », posent-ils, en préambule. La très forte progression du nombre de personnes âgées dépendantes à partir de 2030 n’autorise aucun doute : « Les Ehpad continueront de constituer l’offre centrale dans la prise en charge des personnes les plus touchées par la perte d’autonomie notamment psychique », martèlent les auteurs de l’étude. La question n’est pas de savoir s’il convient de remplacer les Ehpad, mais consiste à trouver les moyens pour que ces 7 500 établissements, présents sur l’ensemble du territoire, puissent évoluer et s’adapter afin de répondre aux nouveaux besoins des personnes âgées de demain, notamment à l’exigence « domiciliaire », qui doit permettre de se sentir « à domicile » en établissement. Il est temps « d’entamer une 3e révolution, celle qui préfigurera l’Ehpad de 2030, l’Ehpad du « super mamie boom » des années 2030-40 », sont convaincus Luc Broussy, Jérôme Guedj et Anna Kuhn-Lafont.

Le rapport du Think Tank Matières grises préconise d’engager trois chantiers et avance une trentaine d’orientations ou propositions.

Du « bienvenue chez nous » au « bienvenue chez vous »

Au programme, 16 orientations et/ou propositions :

  • « Jusqu’ici on vous accueillait chez nous. Désormais, vous êtes ici chez vous » : tel pourrait être le slogan de l’Ehpad de 2030.
  • Faire du « résident » un « habitant ». Pour « habiter » un espace, il faut l’investir, le transformer, le rendre familier.
  • Que l’organisation s’adapte aux désirs des résidents et non l’inverse.
  • Se sentir bien chez soi passe par la possibilité de décider de son propre rythme de vie (heures de repas notamment).
  • Les boomers voudront manger une alimentation plus saine et plus responsable.
  • En 2030, nous faisons le pari que l’Ehpad renversera la priorité : viser la conciliation d’une indispensable liberté avec une nécessaire sécurité plutôt que l’inverse.
  • L’Ehpad sera un lieu de vie avant d’être un lieu de soin. Mais il sera aussi un lieu de vie avant d’être un lieu de travail.
  • Il faudra s’assurer que le résident puisse communiquer librement sa préférence, son consentement ou son refus.
  • Utiliser une tablette pour choisir son menu, voter pour le film du mercredi soir ou que le résident alerte l’équipe lorsqu’il est levé : le numérique sera au service de la liberté.
  • Les salariés devront plus que jamais être formés à la capacité d’écoute, à la compréhension des attentes des personnes, et au recueil de leur libre choix.
  • Pour construire une participation démocratique, les Ehpad n’auront d’autres choix que de faire preuve d’inventivité : sondages, référendums, ateliers participatifs, groupes de parole en ligne…
  • Il faudra refondre le conseil de la vie sociale (CVS) : augmentation de leur fréquence à un ou deux par bimestre au lieu de trois par an ; organisation d’un sondage avant chaque CVS ; séance par visioconférence pour permettre aux familles et aux élus d’y participer le plus souvent possible ; création de « conseils de maison », structure de concertation propre à chaque unité de vie…
  • Construire de nouveaux outils d’évaluation multidimensionnelle de la personne car, si Aggir et Pathos ont révolutionné le secteur il y a 20 ans et seront toujours utiles demain, ils ne suffiront pas pour passer d’une logique déficitaire à une logique capacitaire.
  • Demain, nul ne pourra retirer à une famille son droit de visite. Demain, familles et résidents se verront quand elles le voudront.
  • Création d’une instance nationale de représentation des familles, une organisation neutre, composée d’experts des questions éthiques et juridiques, que les familles pourraient contacter en cas de litiges.
  • Pour chaque Ehpad, établir une relation avec une école primaire ou un collège ; organiser un jumelage avec un club sportif local ; des lieux d’accueil de la vie associative et de diffusion culturelle.

Repenser l’architecture et les espaces

Au programme, 14 orientations et/ou propositions :

  • Déterminer un nouveau Cahier des charges (comme en 1999) permettant de définir avec plus de précision et d’exigence les pourtours de l’Ehpad de 2030 et, surtout, permettant de conditionner l’usage du 1,5 milliard d’euros du plan de relance.
  • Demain, le « résident » devenant un « habitant », la « chambre » devra devenir un « logement ».
  • Demain, le lit ne doit plus être visible au premier coup d’œil quand on entre dans la chambre. Qu’il ne remplisse pas à ce point l’espace comme c’est le cas aujourd’hui.
  • Pallier à la très faible « meublabilité » des espaces, l’aménagement n’arrivant aujourd’hui qu’en bout de chaîne une fois toutes les contraintes prises en compte (place du lit, surface, prises, chauffage…).
  • Permettre la location de logements entièrement vides pour laisser la possibilité à chaque personne d’arriver avec plus qu’un simple « trousseau de linge » dans une valise.
  • Les logements pourront avoir des tailles, des formes et donc des tarifs différents.
  • Tout concourt à augmenter progressivement les surfaces privatives pour parvenir à une surface minimale de 26 m2, avec un objectif de parvenir à 30 m2.
  • Passer d’une chambre de 22 m2 à un logement de 26 m2 minimum impactera nécessairement le tarif hébergement de l’Ehpad, ce qui posera avec plus d’acuité encore qu’aujourd’hui la question de la couverture publique de ce tarif.
  • Mener le débat entre utilité et esthétique, alors qu’aujourd’hui l’aménagement de l’espace et le choix du mobilier sont complètement laissés de côté lors de la conception architecturale.
  • Privilégier les parois amovibles (pour garder la possibilité d’organiser quelques grands rassemblements) permettant de privilégier le semi collectif, essentiel demain pour que la vie en «  grande » collectivité ne s’impose pas en continu à tout le monde.
  • Pour sortir de la dynamique institutionnelle de l’unité, seront créés des quartiers, pouvant fonctionner de façon autonome sur toutes les dimensions de l’accompagnement.
  • Pour distinguer clairement lieu de vie et lieu de soins, c’est une véritable dissociation physique de la partie habitation et de la partie services qu’il faut imaginer pour demain.
  • Déterminer avec précision la destination et l’utilisation des 600 millions d’euros du plan numérique en direction des Ehpad.
  • En créant un plan national « ESMS Écologie 2030 », le secteur sera en mesure d’accompagner les opérateurs dans la transition écologique en les transformant en véritables acteurs de cette révolution.

Rendre possible l’Ehpad plateforme

Au menu, trois orientations et/ou propositions :

  • Amender, dès le projet de loi Grand Âge ou le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2022, l’article L. 312-1-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF) pour rendre possible l’Ehpad plateforme. Cet amendement permettrait qu’un Ehpad plateforme soit soumis à une seule autorisation et non pas, comme aujourd’hui, à autant d’autorisations que de types de service.
  • Supprimer les appels à projets pour les projets d’Ehpad plateforme. L’appel à projet est incompatible avec l’Ehpad plateforme, puisque, dans un tel scénario, le périmètre d’action est déterminé par l’opérateur et non par la puissance publique.
  • Réformer le système de tarification pour rendre effectif l’Ehpad plateforme. Un tel système ne peut évidemment être financé dans le cadre des règles actuelles (tarification horaire pour les SAAD, tarification ternaire pour la partie Ehpad, tarification à l’acte pour les consultations gériatriques vers l’extérieur…). Il faut donc mettre en place une tarification globale, via un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM), qui prenne en compte l’ensemble des activités proposées par l’Ehpad plateforme.

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