Ebola : le dispositif est opérationnel selon le ministère de la Santé

Santé

D’après l’OMS, le virus de la fièvre hémorragique Ebola a déjà tué plus de 4 000 personnes sur près de 8 000 cas recensés, principalement dans les pays à risque, en Afrique de l’Ouest. Si on ne parle pas de pandémie, le risque mortel lié à cette maladie est bien réel et les moyens doivent être adaptés.

Qu’est-ce qu’Ebola ?

Ebola est un virus pathogène hautement contagieux. Il a été nommé ainsi en référence à une rivière L’Ebola ou la Legbala (« l’Eau blanche ») traversant le Nord de la République du Congo (anciennement Zaïre).

Le 1er cas de fièvre hémorragique Ebola fut identifié dans l’hôpital de Yabuku, en septembre 1976, par le médecin belge Peter Piot de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Ce virus déclencha une première épidémie touchant 318 personnes dont 280 sont décédées. Des chauves-souris semblent être le porteur initial de ce virus à l’homme et à d’autres mammifères. La transmission entre les hommes s’effectue par trois vecteurs :

  • contact direct avec les liquides organiques (sang, sperme, cyprine, excrétions, salive) d’une personne infectée, vivante ou décédée. La sueur, la toux et les éternuements ne sont pas des vecteurs de transmission ;
  • consommation de viande infectée (chauves-souris, antilopes, primates) ;
  • contact avec des objets contaminés.

La période d’incubation varie de 2 à 21 jours selon les sujets. Les premiers symtômes sont ceux d’une infection : une fièvre supérieure à 38,6 °C, une irritation de la gorge, des douleurs musculaires puis viennent des vomissements, des diarrhées, des éruptions cutanées, des atteintes rénales et hépatiques, et, dans près de 50 % des cas, des hémorragies internes et externes.

La particularité de cette maladie est la brutalité et la rapidité de son évolution : une semaine après le début des symptômes, les organes vitaux, en particulier les reins et le foie, sont gravement atteints. De petits caillots de sang se forment et deviennent si nombreux qu’ils bloquent l’arrivée sanguine dans les divers organes du corps. Le cerveau, le foie, les reins, les poumons, les testicules, la peau et les intestins se nécrosent pour partie alors, car ils souffrent d’un manque de sang oxygéné. Un choc cardio-respiratoire entraîne le plus souvent le décès. Le taux de létalité est de 60 à 90 % en Afrique, de 20 à 30 % dans les pays européens.

Ce virus hautement pathogène ne doit être manipulé qu’au sein de de laboratoires « P4 ou BSL-4 (Bio Safety Laboratory, le niveau 4 étant le plus élevé). Une trentaine de laboratoires de ce type existent de part le monde, dont deux en France (Lyon Jean Merieux-Inserm et celui de la Direction Générale de l’Armement). C’est le laboratoire de Lyon qui est chargé des analyses Ebola pour la France. Les résultats d’une analyse sont connus douze heures après la transmission des prélèvements sanguins.

Que faire face à un malade suspecté de porter le virus ?

La maladie étant essentiellement localisée dans les pays d’Afrique de l’ouest – Guinée, Sierra Leone, Libéria et la province de l’Equateur de la République démocratique du Congo -, toute fièvre d’une personne ayant vécu, transité dans ces pays ou en contact avec un ressortissant de ces pays doit être traitée comme pouvant être une fièvre Ebola.

La fièvre est le premier facteur d’alerte. Une personne qui ne présente aucun des symptômes de la maladie n’est pas contagieuse. Devant la psychose naissante, le gouvernement français a mis en place à Roissy, sur les vols en provenance directe des pays les plus à risque, des mesures spécifiques de contrôle sanitaire : questionnaire et thermomètres digitaux.

Les consignes définies par l’Institut de veille sanitaire (InVS) sont claires en cas de suspission : alerter le 15 ou le Samu et isoler le malade. Il est déconseillé de consulter son médecin traitant ou de se diriger vers les urgences et d’entrer ainsi en contat avec d’autres personnes. Un patient suspecté d’Ebola sera évacué vers une unité sécurisée d’un CHU habilité Ebola.

Quel traitement ?

Aucun traitement disponible n’a pour l’instant fait ses preuves. Quatre traitements expérimentaux sont néanmoins utilisés : le TKM, le Zmabs, le Zmapp et le Favipiravir. Le ZMapp est le traitement qui a été adminsitré avec succès aux deux Américains infectés au Liberia. Il n’avait été jusqu’à présent testé que sur des macaques. Seul le Favipiravir, qui vient du Japon, est relativement accessible, les trois autres étant indisponibles au niveau mondial.

Pour l’instant, la France dispose d’une quantité de Favipiravir juste suffisante pour traiter une dizaine de malades. 7 000 comprimés devraient être présents dans les prochains jours, ce qui correspond à la dose nécessaire pour environ 60 patients.

La prise en charge des malades dans certains CHU référencés

12 CHU ont été qualifiés ou labellisés pour pouvoir traiter Ebola : l’hôpital des armées Bégin à Saint-Mandé, l’AP-HP (Necker et Bichat), l’AP-HM (Hôpital Nord de Marseille), les CHU de Bordeaux, Lille, Lyon, Nancy, Rennes, Rouen, Strasbourg, ainsi que celui de Saint-Denis de la Réunion. Ce sont des hôpitaux centraux des régions militaires ou des hôpitaux dans des zones à fort risque (ports, aéroports). Ils doivent être pourvus d’aires pour hélicoptères, de laboratoires d’un niveau de confinement « P3 » et de chambres spécialement prévues.

23 chambres sont réservées dans ces 12 CHU pour accueillir des malades. Ces chambres sont à isolement total, à pression négative (l’air ne peut s’y échapper et aucun agent pathogène ne peut en sortir), comportant un double sas. Les agents habilités à y travailler doivent porter des combinaisons spéciales dites à risque NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) à plusieurs épaisseurs, avec gants renforcés, lunettes, bottes… L’habillage est une opération d’une vingtaine de minutes et le déshabillage est l’opération la plus risquée car porteuse de contamination. Cette opération est donc supervisée par un autre soignant. Chacune de ces combinaisons est à usage unique, d’un coût unitaire d’environ 50 euros, et 50 sont nécessaires par jour et par patient pris en charge. La difficulté de travailler avec cet équipement complexe est telle que les personnels ne peuvent rester plus de deux heures dans cette enveloppe, sous peine de déshydratation.

La prévention du personnel

C’est le personnel soignant – notamment infirmier – qui a déjà payé le plus lourd tribut à cette maladie. 416 soignants ont été contaminés et 233 sont décédés, selon les chiffres connus début octobre. Le ministère a mis en ligne de nombreuses informations sur la maladie et les précautions à prendre. Les personnels habilités à traiter cette maladie ont été formés. Les hôpitaux, les associations d’infirmiers, de médecins relaient ces informations. L’assurance maladie communique également sur ce sujet auprès des médecins libéraux.

Une situation qui semble maîtrisée dans les pays occidentaux

Si le rique de cette maladie a été sous-estimé au départ, les mesures semblent être prises aujourd’hui pour soigner les cas rencontrés dans les pays occidentaux. Bruce Aylward, adjoint au Directeur général de l’OMS, annonçait le 14 octobre : « Ebola pourrait provoquer en décembre 5 000 à 10 000 nouveaux cas par semaine en Afrique de l’Ouest. » Cette position est relayée par la ministre de la Santé Marisol Touraine : « C’est en Afrique que nous devons nous battre. Il est de notre responsabilité d’aider ces pays … », en annonçant l’envoi d’une unité de 50 lits à Macenta en Guinée, en pleine zone forestière. Cela est un premier pas mais semble bien dérisoire face à la menace.

Pour rappel : la peste noire au 14e siècle avec 100 millions de morts, la grippe espagnole a fait 30 millions de victimes en 1918, le VIH plus de 36 millions, H1N1 20 000 morts en 2009, le paludisme tue près de 600 000 morts chaque année dans le seul continent africain…
Ebola a causé la mort de 4 447 morts en 2014. C’est l’apparition de la maladie dans les pays occidentaux et la peur qu’elle suscite qui entraîne cette mobilisation dans nos pays. Et pour l’Afrique ?

DT.

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