Gestion des risques : signe de découragement face à une machine qui s’emballe

Santé

HOSPIMEDIA – L’émergence des bactéries hautement résistantes aux antibiotiques inquiète les professionnels de l’hygiène hospitalière, dont la société savante vient de lancer une enquête. Au quotidien, l’équipe opérationnelle d’hygiène se décourage aussi face à la complexification de la gestion des risques.

HOSPIMEDIA  – « Le contexte actuel n’est pas favorable à la bonne application des mesures d’hygiène », a constaté Philippe Berthelot, président de la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H), lors d’un point presse organisé ce 7 juin à Lille à l’occasion du 23e congrès national de la société. Les pratiques ont néanmoins progressé de manière certaine ces dernières années dans les hôpitaux. C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, « il faut maintenir le niveau. Et intégrer la problématique des Bactéries multirésistantes et hautement résistantes aux antibiotiques (BMR et BHR) ». Les cas d’Entérocoques résistants à la vancomycine et aux glycopeptides ainsi que les Entérobactéries productrices de carbapénémases (ERV, ERG et EPC) émergent en effet en France. Et leur transmission rapide implique des mesures préventives et des plans d’actions.

Halte aux BHR !

La SF2H, avec le Haut conseil de la santé publique (HCSP), travaille en ce sens à l’actualisation des recommandations pour la prise en charge de patients porteurs ou infectés de BHR. Car l’accumulation de textes ces dernières années suscite quelques difficultés d’interprétation.

Elle vient dès lors de lancer une enquête auprès de chaque établissement concernant l’organisation mise en place pour prévenir les BHR et d’éventuels retours d’expériences sur la gestion de telles situations. Le HCSP devrait ensuite se saisir des résultats en vue d’établir des recommandations pour la fin de l’année 2012.

L’acquisition d’une culture

En dehors de cet appel à la vigilance sur les bactéries multirésistantes, les divers intervenants au 23e congrès de la SF2H ont rappelé que l’hygiène était une lutte de tous les instants. « Les mauvaises habitudes reviennent très vite. C’est un travail sans fin », a déclaré le président de la société savante. Preuves en sont les résultats de différentes études sur le nombre d’ouvertures des portes au bloc opératoire (40 par heure, soit 15 à 20 minutes de temps d’ouverture cumulé par intervention chirurgicale), signalé par Laurence Cauchy (CHRU de Lille), ou encore les posters toujours présents pour rappeler les objectifs zéro bijou et les précautions standards d’hygiène.

La culture de l’hygiène doit sans cesse être rappelée. Et le travail ministériel engagé pour la création d’un indicateur de culture de la sécurité chez les professionnels de santé s’inscrit dans cette logique. Faut-il pour autant un indicateur pour tout ?, s’est interrogé Bruno Grandbastien, président de la commission spécialisée sécurité des patients au HCSP, dans son intervention questionnant sur le maintien de la surveillance des infections du site opératoire. S’il estime important de maintenir cette surveillance, il juge également nécessaire de lui définir des objectifs clairs (intérêt local ou national), de l’inclure dans les réseaux (organismes catalyseurs et garants de la qualité des données et de l’implication des acteurs) ou encore de simplifier les démarches et d’introduire les Systèmes d’information hospitalier (SIH). Et ce ne sont pas les 1 200 auditeurs du congrès, tous convaincus de la nécessité d’une gestion des risques dans leurs structures, qui l’ont contredit. Toutefois, Joseph Hajjar, ancien président de la SF2H, a tout de même évoqué le découragement de la profession face à une gestion des risques « emballée », évoquant un tsunami de textes, un mille-feuille de circuits, une hécatombe d’enquêtes, d’audits… En somme, une organisation toujours plus complexe se référant à de nombreux outils et méthodes. Il est donc bien là le cœur du problème de la profession : simplifier l’organisation !
Pia Hémery

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