« La centralisation des achats va atteindre certaines limites »

Santé

HOSPIMEDIA – L’association des Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) organise ses 53es Journées d’études à Paris du 19 au 21 juin. Un lieu d’échanges pour la profession, inscrite dans une dynamique de changement en termes d’achats mais aussi dans l’optique du moratoire sur les normes, décidé par le Premier ministre.

Hospimedia : Ouverture et séance plénière de vos prochaines journées IHF, organisées du 19 au 21 juin à Paris, seront consacrées à l’ingénierie hospitalière et aux politiques d’achats. Pourquoi ?

Jacques Roos : L’achat est une thématique centrale de notre métier. Que l’on travaille sur la conception, la maintenance ou l’exploitation, nous sommes acheteurs : acheteur de prestations, acheteur de travaux, acheteur de fournitures et de services. Mais avec les politiques lancées depuis quelques années par le gouvernement dans lesquelles la politique d’achat s’inspire des techniques des grands groupes privés, le besoin de professionnaliser les acheteurs se ressent. Nous sommes donc dans une dynamique de changement sur ce segment important de notre activité. Ce changement est entraîné par diverses directives et circulaires du ministère ou des ARS mais il est vrai que sa mise en place s’inscrit directement au niveau des établissements. Ceux-ci organisent des sessions de formation des acheteurs de l’hôpital – pas uniquement les ingénieurs –, au cours desquelles les nouvelles méthodes et la standardisation des achats sont appréhendées.

Un autre aspect de l’évolution de la politique d’achat tient dans le développement des centrales d’achats. Elles ont d’abord touché les secteurs de fournitures et de produits pharmaceutiques mais s’étendent aujourd’hui vers d’autres, tels que l’énergie, les fournitures d’atelier, les prestations intellectuelles type contrôle technique… Cependant, je pense que l’on va atteindre certaines limites, parce que cela reste très lié au site et à ses particularités.

H. : Le programme PHARE bouscule-t-il la donne ?

J.R. : Non, le programme PHARE va dans le même sens en objectivant les résultats à obtenir. Certes il est important d’évaluer la qualité de nos politiques d’achat mais attention à l’effet pervers de certaines dispositions. À nous d’atteindre des objectifs d’économie sans remettre en cause la qualité et la sécurité ni déraper du côté « affichage ».

H. : Comment accueillez-vous l’annonce de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, de décider un moratoire général sur les normes ?

J.R. : Nous sommes concernés dans le sens où les normes sont extrêmement nombreuses et viennent parfois perturber des opérations. Cela peut parfois être lourd à porter. Qu’il y ait une réflexion sur les normes pour peut-être les limiter et mieux intégrer leur date de mise en application, on ne peut qu’y être favorable. Mais il ne faut pas rêver, les normes sont des outils importants. Elles sont en quelque sorte des « garde-fou » dans les achats et sont aussi des outils d’aide. Certes on a l’impression d’être submergé mais dans tous les pays développés, le caractère normatif est là pour protéger des valeurs et des objectifs de société. Donc, la politique n’est pas de supprimer les normes mais de mieux réfléchir et mieux mesurer les conséquences avant de les rendre obligatoires et cela ne peut être que positif.

H. : Ces normes ne sont-elles pas un frein à l’innovation ?

J. R. : La dualité entre innovation et norme est bien réelle. Il faut trouver un équilibre. Nous avons aussi eu des expériences où une innovation rapide présente des conséquences très négatives.

H. : De quels moyens disposez-vous pour innover justement ?

J. R. : À notre niveau, et c’est l’objectif principal de notre association, ce sont les échanges d’information et d’expériences entre tous les acteurs de l’ingénierie hospitalière qui font avancer. Je ne pense que nous devions tous innover dans notre coin. Par contre, quand une innovation se présente, quand un projet marque un point sur l’originalité, il faut le diffuser, le présenter, le commenter et le critiquer… Lors de nos prochaines journées IHF par exemple, nous évoquerons la récupération de calories sur les eaux grises d’une blanchisserie hospitalière aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Un consultant présentera un nouveau système de protection des hôpitaux contre la foudre. Une entreprise expliquera comment produire de l’oxygène médical par concentrateur d’oxygène…

Propos recueillis par Pia Hémery
 

L’association IHF

L’association des Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) regroupe plus de 350 membres, parmi lesquels 10 à 15 % ne sont pas des ingénieurs hospitaliers mais d’autres acteurs participant à l’ingénierie hospitalière, à savoir des entreprises, architectes, bureaux d’études ou consultants.

P.H


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