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Le Covid-19 a montré les difficultés du système sanitaire… sans les régler !

Publié le 25 mai 2022 à 8h00 - par

La Communauté d’agglomération du Beauvaisis (Hauts-de-France) organisait le 18 mai 2022, à la Maladrerie, un débat autour de l’organisation de la santé sur son territoire, dans le but de tirer les enseignements de la crise sanitaire. L’occasion de mesurer à la fois la capacité de résilience des acteurs de la santé mais aussi leur lassitude face aux difficultés persistantes.

Le Covid-19 a montré les difficultés du système sanitaire... sans les régler !

L’expression est taboue. « Mais il faut quand même se le dire. Le Beauvaisis, comme de nombreux autres territoires, est un désert médical », confie Judicaël Feigueux, infirmier libéral et président de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), dont l’objet est de réunir les professionnels de santé désireux de travailler ensemble sur un territoire donné. On a fait et refait toutes les analyses possibles sur le Covid-19 en matière de prise en charge territoriale. Face à l’émergence proprement sidérante du virus, notamment sur ce territoire du Beauvaisis, un des premiers touchés, dans l’état d’impréparation dans laquelle le secteur de la santé français se trouvait alors, comment les réponses ont-elles vu le jour de façon empirique ? Que reste-t-il aujourd’hui de cette adaptation dans l’urgence à cette crise ? « L’une des missions du CPTS est de suivre, entre autres, 800 personnes recensées sur le territoire et porteuses de pathologies longue durée sans pour autant être affectées à un médecin traitant, parce qu’elles n’arrivent pas à en trouver ! », poursuit l’infirmier. Le chiffre fait froid dans le dos et pose le contexte.

« On vit au jour le jour »

Thierry Ramaherison, directeur du Samu de l’Oise et président de la Commission médicale d’établissement de Beauvais, la CME de l’hôpital de Beauvais, se réjouit de la mobilisation exceptionnelle de l’ensemble des professionnels. « Mais aujourd’hui, il y a de la fatigue, de la lassitude. Le Ségur de la santé a apporté certaines réponses d’urgence, notamment sur la valorisation salariale, mais le personnel veut savoir dans quelle direction on va ».

Dans un tel contexte, la santé au travail, portée par la QVT, est tout simplement difficile à conceptualiser. « On vit au jour le jour. On ferme certains services d’urgence pour pouvoir faire face et souffler un peu », concède-t-il. L’ouverture prochaine de SOS Médecin, en novembre 2022, sur le Beauvaisis, permettra d’alléger la charge de travail . « Nous ne sommes qu’un recours à l’urgence ambulatoire », reconnaît cependant Zoé Bodoulé Sosso, un des jeunes médecins qui gérera la structure.

La QVT ? Une incantation !

Éric Guyader, directeur du centre hospitalier de Beauvais, a tenu d’abord à saluer « les ressources du système hospitalier français. N’ayons pas peur de dire que nous nous en  sommes largement mieux sortis qu’ailleurs ». Avant d’établir un constat glaçant sur la situation de l’hôpital, sur le territoire comme ailleurs, avec une précision… chirurgicale : « Oui, il y aura un avant et un après Covid. Mais la situation que nous vivons aujourd’hui ramène toujours au financement du système hospitalier. La fragilisation de l’offre médicale est telle qu’elle se répercute sur l’hôpital. Ce n’est pas qu’une question de financement. Le problème est aussi d’ordre managérial. Les jeunes médecins ne veulent plus travailler des heures comme avant. C’est une question de nature sociologique et il faut la prendre en compte. La qualité de vie au travail repose d’abord sur le fait que cette nouvelle génération veut avoir une vie de famille, des loisirs, etc. Et donc, quand on fait des plannings, ce sont souvent les anciens médecins qui comblent les trous », explique-t-il.

Dans cette perspective, la QVT relève de l’incantation. « Parce que les paramètres font défaut. D’abord, les ressources. Quand on veut recruter des médecins ou des infirmières, on n’en trouve pas ! Bien sûr, la présence de SOS Médecins, la création du CPTS sont en mesure de désengorger le goulot d’étranglement que représente les urgences à l’hôpital. Il faut aussi diversifier le nombre d’intervenants à l’hôpital, en les confiant à d’autres acteurs, pour laisser aux médecins le soin de faire uniquement de… la médecine ! », conclut-il. Le débat est lancé, il est loin d’être refermé.

Stéphane Menu