Mort subite du nourrisson : des progrès à confirmer

Santé

Une enquête de l’Institut de veille sanitaire (InVS) justifie le besoin de renouveler les campagnes sur le couchage sur le dos des nourrissons pour prévenir la survenue de morts subites.

Si le nombre de morts subites du nourrisson a considérablement baissé en France depuis les campagnes en faveur du couchage sur le dos des nourrissons, les statistiques de décès enregistrent, chaque année, de nouveaux cas, parfois en l’absence de toute investigation pour affirmer ce diagnostic. Aussi, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a réalisé, d’octobre 2007 à octobre 2009, une enquête sur toutes les morts inattendues (MIN) d’enfant âgé de moins de 2 ans survenues dans 17 départements. Objectif : connaître le nombre et les caractéristiques des morts inattendues d’enfant de moins de 2 ans en France, la part réelle de la mort subite du nourrisson, des décès expliqués et de la maltraitance. Les 17 départements volontaires pour participer à l’enquête représentent 38,5 % des naissances en France.

L’InVS vient de rendre public son rapport en ce mois de mars 2011. Sur la période de l’enquête, 256 morts inattendues ont été étudiées : 220 de nourrissons de moins de 1 an et 36 de plus de 1 an.
Le taux de MIN de moins de 1 an était, en moyenne, sur l’ensemble des départements, de 40,1/100 000 naissances, avec un maximum de 82,9 dans le département du Nord. Les départements d’Île-de-France, en dehors de la Seine-Saint-Denis, présentaient les taux les plus bas (entre 18,6 et 29,4).
Concernant les morts inattendues de nourrissons âgés de moins de 1 an, 84 % des enfants avaient moins de 6 mois (âge médian de 3 mois). On retrouve les facteurs de risque connus que sont la prématurité (17 % des enfants étaient nés avant 37 semaines, contre 6 % en population générale) et l’hypotrophie (19 % avaient un petit poids de naissance, contre 7,2 % en population générale). Les deux tiers des décès sont survenus au domicile. Plus d’un tiers des enfants de moins de 6 mois décédés de MIN dormaient dans un environnement non sécurisé, attesté par la présence d’au moins un des facteurs de risque suivants : couchage sur le ventre ou le côté, couverture, couette ou oreiller dans le lit, lit adulte ou canapé, partagé ou non, matelas mou ou pièce trop chaude.
Parmi les 72 décès expliqués, un quart était dû à une asphyxie liée au couchage et/ou à la literie et aurait donc pu être évité : enfants coincés entre le matelas trop petit pour le lit et le bord du lit en toile (souvent un lit d’appoint), enfants asphyxiés le nez dans le matelas, en couchage ventral sur support mou (couverture, oreillers, matelas d’adulte) ou enfouis sous une couverture ou une couette. Les maladies infectieuses, respiratoires, digestives ou autres comptaient pour 44,5 % des décès expliqués, les maladies métaboliques pour 12,5 %.

Environ 60 % des décès classés pouvaient être considérés comme des morts subites du nourrisson, soit un taux de 24/100 000 naissances vivantes.

Pour les MIN d’enfants de plus de 1 an, deux tiers des décès étaient expliqués, essentiellement par des pathologies infectieuses.

« La découverte d’une explication au décès facilite le travail de deuil des parents et peut, dans le cas de maladie génétique, éviter un décès dans la fratrie à venir, expliquent les auteurs de l’enquête. Le fait qu’un tiers des décès de moins de 1 an et deux tiers des plus de 1 an soient expliqués après investigation plaide, s’il en était besoin, en faveur d’un renforcement des missions et des moyens des Centres de référence et de l’obligation que les cas de MIN y soient transportés pour une investigation comprenant dans la mesure du possible une autopsie et, obligatoirement, une imagerie complète en cas de refus d’autopsie. »

Enfin, cette enquête montre qu’un nombre important de décès pourrait être évité, chaque année, si les nourrissons étaient couchés dans un environnement adapté. Il est donc « urgent de renouveler les campagnes en faveur d’un couchage sécurisé des enfants, pour tous les sommeils et jusqu’à l’âge de 6 mois, car elles n’ont pas été renouvelées depuis les années 1990, plaide l’InVS. Les recommandations devraient être accessibles sur les sites internet des autorités de santé, d’autant qu’elles s’adressent à un public de jeunes parents, utilisateurs de ce média. »

Pour en savoir plus :

Les morts inattendues des nourrissons de moins de 2 ans – Enquête nationale 2007-2009, rapport de l’Institut de veille sanitaire, mars 2011.

Posté le par Rédaction Weka

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