Alerte des populations en cas de crise : un rapport sénatorial demande une remise à plat du SAIP

Sécurité

Le système d’alerte et d’information des populations (SAIP), qui privilégie les sirènes, est inadapté à la diffusion d’une alerte de masse en cas de crise. Un rapport de la commission des finances du Sénat demande notamment la refonte de l’application mobile.

« Choix stratégiques contestables », retards de livraison, application mobile conçue dans l’urgence : dans un rapport d’information* fait au nom de la commission des finances, le sénateur de la Sarthe Jean-Pierre Vogel critique vivement le système d’alerte et d’information des populations (SAIP).

Destiné à remplacer l’ancien dispositif pour l’adapter aux risques contemporains – prise d’otages, attaque terroriste, nuage toxique… -, le SAIP a été lancé dans l’urgence pour l’Euro de football 2016. Il permet, en une seule opération, d’alerter la population d’une zone géographique de différentes façons : sirènes, téléphone portable, messages sur les stations de Radio France et France Télévisions, panneaux des gestionnaires d’infrastructures et des collectivités.

Il est déclenché par l’État, en complément des dispositifs communaux. En effet, le maire, qui exerce des missions de sécurité civile dans le cadre de ses pouvoirs de police administrative générale, doit préparer les situations de crise susceptibles de se présenter sur son territoire, et mettre en œuvre notamment les mesures d’alerte et d’information des populations.

Comme dans le précédent dispositif, le réseau national d’alerte (RNA), les sirènes ont été conservées comme principal moyen d’alerte, et elles sont aujourd’hui le seul mode de diffusion connecté au SAIP. Ce qui est inadapté aux risques et aux possibilités actuelles, estime le rapporteur. La pertinence des sirènes n’a pas été réellement évaluée, alors que, désormais, le téléphone mobile permet de toucher davantage de citoyens. En outre, le logiciel central de commande des sirènes à distance a été livré avec trente-sept mois de retard, ce qui aurait pu être évité si le besoin avait été mieux spécifié dans le cahier des charges.

L’application mobile du SAIP devait utiliser la technologie SMS Cell Broadcast, qui permet aux opérateurs d’envoyer des messages facilement identifiables, ce quelle que soit la charge du réseau.

Pour des raisons financières et devant « un manque de volonté des opérateurs », c’est finalement une application smartphone qui a été créée. Mais elle ne fonctionne que sous IOS et Androïd. Il est nécessaire de la télécharger et d’activer notifications et géolocalisation, ce qui en limite l’impact. Les utilisateurs d’iPhone doivent en outre la conserver en tâche de fond. La transmission des données passant par internet, il existe un risque important de saturation du réseau en cas de crise. De plus, l’application entre en concurrence avec d’autres (cartographie dynamique notamment) ainsi qu’avec les médias sociaux ou traditionnels. Seules 900 000 personnes l’avaient téléchargée mi-2017. L’application a été conçue dans un trop court délai compte tenu de sa complexité, bien que la téléphonie mobile ait été envisagée dès 2011 pour diffuser l’alerte.

Jean-Pierre Vogel demande une évaluation indépendante de l’application avant fin 2019. Il recommande de ne plus considérer les sirènes comme principal moyen d’alerte, et de renforcer le financement du volet mobile, doté pour le moment de seulement 11 % des  crédits. Ce qui permettrait de créer une application smartphone « pleinement efficace », avec pour objectif d’atteindre cinq millions de téléchargements fin 2020, ou de recourir au Cell Broadcast.

Rappelons que chaque commune est libre de choisir d’autres moyens d’alerte et d’information en complément du SAIP : sirènes communales, raccordées ou non au SAIP, panneaux à messages variables, mégaphones…

Marie Gasnier

* Source : Le système d’alerte et d’information des populations : un dispositif indispensable fragilisé par un manque d’ambition, Rapport d’information n° 595, 28 juin 2017

Posté le par Marie Gasnier

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