Après l’annonce du couvre-feu, Jean Castex resserre la vis partout en France

Sécurité

Commerces fermés de 21h00 à 6h00 dans neuf métropoles, attestations de déplacement et aides aux entreprises… Au lendemain de l’annonce choc d’un couvre-feu par Emmanuel Macron, son gouvernement a détaillé jeudi 15 octobre 2020 le tour de vis des nouvelles mesures prises pour lutter contre l’épidémie.

À Paris et dans sa grande couronne, ainsi que dans les huit métropoles en niveau d’alerte maximale (Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Étienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble), « à 21h00, chacun devra être chez soi », a indiqué Jean Castex lors d’une conférence de presse, entouré de quatre de ses ministres.

Ces métropoles, qui concentrent 20 millions d’habitants, sont les plus touchées par la reprise de l’épidémie depuis la rentrée. Le gouvernement prévoit d’y instaurer un couvre-feu à compter de samedi, 0h00, « pour une durée minimale de quatre semaines », voire « au-delà, si le Parlement le valide ».

« Nous traversons un moment inédit de notre histoire » qui est « appelé à durer encore plusieurs mois », a affirmé le Premier ministre, en soulignant la dégradation « nette et rapide » de la situation sanitaire ».

L’épidémie a fait plus de 100 morts et 193 personnes ont été admises en réanimation en 24 heures, selon les derniers chiffres. Le Covid-19 a déjà fait plus de 32 000 morts en France.

Parmi les mesures « plus strictes » promises par le chef de l’État, Jean Castex a souligné que « tous les lieux, commerces ou services recevant du public seront fermés » entre 21h00 et 6h00 dans les zones de couvre-feu – à l’exception des « établissements de santé, médico-sociaux » ou encore les restaurants pratiquant la livraison à domicile.

Autre tour de vis : « toutes les fêtes privées – comme les mariages ou les soirées étudiantes – qui se tiennent dans des salles des fêtes, dans des salles polyvalentes ou tout autre établissement recevant du public seront interdites », a-t-il décidé, alors que cette restriction s’appliquait jusqu’alors aux seules zones en alerte maximale. La mesure ne s’appliquera cependant pas ce week-end pour les mariages.

« Ce n’est pas quelque chose d’insupportable, c’est à notre portée », a affirmé M. Castex, en disant compter « sur le sens des responsabilités de chacune et chacun ».

Un système d’attestation, similaire à celui mis en place lors du confinement du printemps, sera à nouveau institué avec une amende de 135 euros en cas d’infraction, a précisé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Les personnes qui rentrent ou vont travailler, invoquent un impératif de santé, doivent rendre visite à un proche en situation de dépendance ou promener leur chien pourront circuler munies de cette attestation. Les billets de train ou d’avion après 21h00 vaudront aussi dérogation.

« Indemnité compensatrice »

Sur le plan économique, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a précisé que toutes les entreprises de moins de 50 salariés situées dans les zones de couvre-feu seront éligibles au fonds de solidarité, jusqu’à 1 500 euros si leur perte de chiffre d’affaires atteint 50 %.

Et pour les hôtels, cafés et restaurants, le fonds de solidarité jusqu’à 10 000 euros pourra être perçu en cas de perte de chiffre d’affaires d’au moins 50 %, et non plus 70 %.

Dès mercredi, le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, avait reconnu que se posera « très certainement la question du financement des mesures », en évoquant la possibilité d’amender le budget 2021 en cours d’examen au Parlement.

De leur côté, les entreprises ont été invitées à définir « un nombre minimal » de jours de télétravail par semaine, tandis que dans la fonction publique, les administrations devront mettre en place une organisation permettant deux à trois jours de télétravail hebdomadaire.

« L’objectif, c’est de pouvoir continuer à avoir une vie économique ; que les écoles, les lycées et les universités soient ouvertes, que nos concitoyens puissent travailler tout à fait normalement et qu’il puisse y avoir une vie sociale » même restreinte, avait justifié mercredi 14 octobre Emmanuel Macron.

À Paris, la maire PS Anne Hidalgo a indiqué qu’elle comptait engager des discussions avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, pour permettre aux « spectacles vivants » de se tenir et au public de circuler en dépit du couvre-feu. M. Castex n’a pas apporté de réponse sur ce point lors de la conférence de presse.

Sans surprise, les fédérations professionnelles du secteur hôtellerie-cafés-restauration (HCR) ont fustigé le couvre-feu, qui « équivaut à une refermeture des établissements ».

« On paralyse le pays parce qu’il manque de la place dans les hôpitaux », avait déploré mercredi le président de l’Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux.

« Pour soulager nos soignants et réduire le nombre de malades, la seule vraie stratégie possible, c’est le freinage de l’épidémie », a répliqué jeudi le chef du gouvernement, qui a annoncé que les personnels soignants renonçant à leurs congés annuels « dans les prochaines semaines », à commencer par les vacances de la Toussaint, recevront une « indemnité compensatrice » de 110 à 200 euros brut par jour.

Alors que la crise fait basculer dans la pauvreté des centaines de milliers de personnes supplémentaires, M. Castex a aussi indiqué qu’« une prime de 150 euros sera versée » à chaque personne bénéficiant du revenu de solidarité active (RSA) et de l’ASS (allocation solidarité spécifique), augmentée de 100 euros par enfant. Les bénéficiaires de l’aide personnalisée au logement (APL) toucheront uniquement les 100 euros par enfant, selon Matignon.

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