Consommation de crack et santé mentale : l’urgence d’un suivi différencié pour les femmes

Publié le 7 janvier 2026 à 8h10 - par

Bien que fréquemment atteints de troubles psychiatriques, les usagers de crack sont peu suivis pour ces pathologies, en particulier lorsqu’il s’agit de femmes au parcours souvent émaillé de traumatismes, qui nécessiteraient une prise en charge différenciée, montre une étude française publiée mardi 6 janvier 2026.

Consommation de crack et santé mentale : l'urgence d'un suivi différencié pour les femmes
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Associant des équipes de l’Inserm et d’universités (Paris-Saclay, Versailles, Montpellier), cette étude menée d’octobre 2023 à janvier 2024, publiée par Santé publique France, avait pour but d’estimer la prévalence des troubles psychiatriques chez les consommateurs de crack – un usage synonyme de paupérisation sociale rapide et de dégradation de la santé mentale – à Paris.

Parmi 485 personnes incluses dans l’analyse (sur 1 202 participants), 34 % des hommes présentaient au moins un trouble psychiatrique (troubles dépressifs et anxieux, manifestations psychotiques, stress post-traumatique…) et 62 % des femmes, soit près du double, une prévalence « alarmante » et « probablement sous-estimée », estiment les auteurs. Un tiers d’entre elles présentaient plusieurs troubles psychiatriques.

Or seuls 12 % des participants à l’étude ont déclaré être suivis pour un trouble psychiatrique et 11 % prendre un traitement (antidépresseur, antipsychotique, anxiolytique…).

Si les femmes ne représentaient qu’un usager de crack sur dix dans l’échantillon, leur santé mentale s’est avérée « nettement plus dégradée » que celle des hommes, malgré une situation sociale (logement, couverture médicale…) moins précaire.

D’autres travaux ont montré « la grande fréquence d’éléments traumatiques », antérieurs à la consommation de substances et répétés dans ce contexte, touchant « jusqu’à 50 % des femmes consommatrices de crack » : un aspect non exploré par l’étude.

« Au regard de la fréquence des troubles anxieux, dépressifs et d’antécédents suicidaires, on peut cependant supposer qu’ils sont extrêmement fréquents », disent ses auteurs.

Malgré ce besoin de soins « nettement supérieur à celui de la population masculine », très peu de femmes ont accepté les soins gratuits proposés pendant l’étude, en raison probablement d’une « réticence à revenir consulter dans un lieu dans lequel elles sont confrontées à une population d’usagers essentiellement masculine », « dans un contexte fréquent de violences et d’exploitation de genre », estiment les chercheurs.

Pour garantir aux femmes un meilleur accès aux soins, ils prônent un suivi dédié et innovant, incluant la prise en charge d’« éléments traumatiques répétés ».

Alors que la santé mentale est Grande cause nationale en 2025 et 2026, nombre de structures addictologiques (CSAPA, Caarud) sont actuellement dépourvues d’intervenants spécialisés en psychiatrie, déplorent ses auteurs.

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