Vos fonctions couvrent un périmètre très large. Quelles sont vos principales missions ?
Mes fonctions de coordinatrice générale des soins, pédagogique et de la qualité concernent trois grands champs. Il y a d’abord la coordination des soins des quatre sites, la direction des trois instituts de formation du GHEF – infirmiers, aides-soignants et auxiliaires de puériculture – et enfin la direction de la qualité. Sur ce dernier volet, notre mission consiste notamment à conduire l’établissement vers la certification et à inscrire cette démarche dans la durée. Nous mettons également en œuvre la politique qualité arrêtée par la direction et le président de la commission médicale d’établissement.
C’est un travail extrêmement collaboratif entre tous les professionnels du GHEF (soins, administratifs, logistiques, techniques…). Il faut développer la culture du signalement, promouvoir une approche positive de l’erreur, piloter les démarches de certification et d’accréditation, mais aussi coordonner les audits et les évaluations de pratiques professionnelles.
Le GHEF étant réparti sur plusieurs sites, comment pilote-t-on une telle organisation sans perdre en proximité ?
Être sur plusieurs sites ne complique pas nécessairement les choses, à condition d’avoir une très bonne équipe et une organisation solide. Le GHEF étant grand, il y a une directrice des soins référente par site (Meaux, Jossigny et Coulommiers – Jouarre). Nous travaillons en proximité avec les cadres de pôle qui sont multi-sites et qui encadrent les cadres de santé de proximité. Pour les instituts de formation, une coordinatrice générale pédagogique supervise les coordinateurs pédagogiques de chaque site. Pour la qualité, une responsable qualité supervise les animatrices qualités qui sont sur les différents sites.
Nous veillons aussi à ne pas concentrer la vie institutionnelle sur un seul lieu. Pour cela, les réunions institutionnelles cadres, cadres de pôles ou qualité tournent d’un site à l’autre.
Cette organisation à distance doit-elle s’appuyer sur la confiance ?
Absolument. La confiance est indispensable, précisément parce que nous ne sommes pas en permanence les uns à côté des autres. Mais elle va de pair avec un autre élément essentiel : la communication. Il est indispensable d’avoir l’ensemble des informations pour prendre les bonnes décisions. Avec l’équipe des directrices des soins, nous faisons chaque matin une visioconférence d’un quart d’heure pour revenir sur les événements de la veille. Une fois par semaine, nous nous retrouvons en présentiel pour passer en revue les différents sujets.
Avec les cadres de pôles, nous avons également des réunions tous les 15 jours en présentiel. Et bien sûr, il y a énormément d’échanges par téléphone et par mail. L’essentiel est de rester disponible : on ne laisse pas un cadre ou un professionnel sans réponse.
Que va changer concrètement la convention d’universitarisation, signée récemment par le GHEF ?
Elle représente d’abord un véritable levier d’attractivité. Nous sommes géographiquement proches de l’AP-HP et nous constatons que certains étudiants, à leur sortie de formation, choisissent de rejoindre ces établissements en pensant qu’ils y trouveront davantage d’innovations, de techniques ou de moyens. L’universitarisation va nous permettre de renforcer la présence de professionnels universitaires au sein même du GHEF. Pour nos équipes paramédicales, c’est une occasion de découvrir de nouvelles organisations, de nouvelles pratiques et de monter encore en compétences.
Mais il ne faut pas imaginer une relation à sens unique : nous avons également beaucoup à apporter. Le GHEF dispose de professionnels expérimentés et de savoir-faire qui peuvent nourrir cette dynamique universitaire.
Cette dynamique concerne-t-elle aussi les infirmiers en pratique avancée ?
Tout à fait. Nous avons beaucoup investi dans le développement des infirmiers en pratique avancée, les IPA. Nous en comptons actuellement 16 et nous atteindrons 21 IPA, toutes spécialités confondues, d’ici 2028. C’est un effectif important. Les IPA disposent notamment de temps consacré à la recherche. L’universitarisation va donc nous permettre de les associer davantage à des projets de recherche et de créer de nouvelles synergies.
Au-delà des professionnels, l’universitarisation peut-elle aussi renforcer l’attractivité du GHEF auprès des patients ?
Oui, clairement. Certains patients ont encore le réflexe de se tourner vers l’AP-HP pour certaines spécialités, parce qu’ils les associent à l’excellence ou à l’innovation. Le fait d’accueillir des professionnels universitaires au sein du GHEF peut contribuer à faire évoluer cette perception. La signature même d’une convention d’universitarisation est déjà une forme de reconnaissance : elle montre que l’établissement dispose du niveau et des compétences nécessaires pour s’inscrire dans cette dynamique.
Pour ouvrir davantage l’hôpital sur son territoire, quelle forme doit prendre la coopération ?
Un hôpital ne peut pas prendre en charge seul l’ensemble du parcours d’un patient. Nous pouvons intervenir à un moment donné de sa maladie ou de sa pathologie, mais si nous voulons assurer une prise en charge globale et dans la durée, nous avons besoin de partenaires extérieurs.
Cela concerne aussi bien les professionnels de ville que l’hospitalisation à domicile, les cliniques, les Ehpad ou les autres acteurs du territoire. Ces coopérations permettent de trouver des relais et des solutions d’aval pour les patients.
Nous avons déjà beaucoup de partenariats. Il reste naturellement des choses à améliorer, mais un vrai chemin a été parcouru.
Cette coopération territoriale produit-elle déjà des effets dans les services ?
Oui. Prenons le cas des urgences. Le nombre de passages augmente dans un contexte de désertification médicale et nous manquons de lits d’aval. Dans les trois services d’urgences du GHEF, nous avons mis en place, en lien avec l’ARS, une coordinatrice de parcours qui travaille spécifiquement avec les partenaires extérieurs. Cela permet parfois d’organiser directement le transfert d’un patient depuis les urgences vers une structure adaptée. Sans ces partenariats et ces conventions, certains patients resteraient beaucoup plus longtemps aux urgences faute de solution.
Des professionnels de LNA Santé [groupe privé spécialisé dans la prise en charge sanitaire et médico-sociale] et de la CPTS [communauté professionnelle territoriale de santé] assurent des permanences au sein du GHEF afin de faciliter les sorties. Pour les professionnels, cela apporte aussi de la satisfaction : ils voient que des réponses concrètes peuvent être trouvées pour leurs patients.
Cherchez-vous à éviter certains passages aux urgences, notamment pour les personnes âgées ?
C’est un axe important. Un passage aux urgences peut être particulièrement déstabilisant, en particulier pour les personnes âgées. Des travaux ont été engagés par le pôle de gériatrie avec les Ehpad et les acteurs du territoire, afin de formaliser des parcours permettant, lorsque cela est possible, des admissions directes dans les services de gériatrie.
Nous travaillons aussi sur l’anticipation de la sortie dès le début de l’hospitalisation. L’objectif est d’identifier très tôt les besoins du patient et les moyens qui devront être mis en place à son retour. Nous disposons par ailleurs de 2 équipes mobile de gériatrie et nous souhaitons aujourd’hui les développer davantage car elles fonctionnent très bien.
Le fil rouge de toutes ces transformations est-il la capacité à travailler ensemble ?
Oui. Qu’il s’agisse du fonctionnement interne entre nos différents sites, de l’universitarisation ou de nos relations avec les acteurs du territoire, tout repose en effet sur le fait de parvenir à travailler ensemble. À l’hôpital, on ne peut pas travailler seul. C’est impossible. Et plus nous parvenons à construire des liens solides entre les professionnels et les structures, plus nous sommes en mesure d’apporter une réponse adaptée au patient, tout au long de son parcours
Propos recueillis par Philippe Pottiée-Sperry
