À Amiens, une université ouverte sur la ville a pris place dans l’ancienne citadelle

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Longtemps « verrou » entre le centre et les quartiers nord, la citadelle d’Amiens du XVIe accueille depuis septembre 2018 5 000 étudiants après avoir été transfigurée par le « starchitecte » Renzo Piano, qui en a fait un lieu ouvert, mélange d’architecture ancienne et contemporaine.

Dans la capitale picarde, l’université, créée après mai 1968, a longtemps été reléguée en périphérie « car on avait peur des étudiants », rappelle la maire Brigitte Fouré (UDI). Puis, progressivement, les différentes facultés ont migré vers le centre-ville, sauf celle des sciences humaines.

« On a eu l’idée de réutiliser un patrimoine qui était abandonné depuis vingt ans par l’armée et d’en faire un site magnifique pour les étudiants qui étaient jusqu’à présent dans des locaux tels qu’on les concevait dans les années 1970 », résume le président de la métropole Alain Gest (LR). Après un concours d’architecte auquel a participé Jean Nouvel, c’est finalement Renzo Piano (Beaubourg, New York Times…) qui a eu la tâche de transformer la citadelle bâtie sous le règne d’Henri IV pour protéger la frontière nord du royaume de France en une université de 30 000 m2.

Autour de l’ancienne place d’armes devenue agora, qui fait le bonheur des étudiants lors des pauses déjeuners, l’architecte a bâti une « tour signal » d’une trentaine de mètres coiffée de rouge. Essentiellement dans les anciens bâtiments de briques et de pierre, une centaine de salles de cours, dix laboratoires de langues, cinq amphithéâtres et une bibliothèque ont été réalisés, comportant souvent de grandes espaces vitrés typiques de l’architecture du Génois. Des jeux de mélange entre architecture ancienne et moderne rappellent ce qui été réalisé au Louvre par Pei et sa pyramide.

Dérapage budgétaire

La particularité du lieu est de ne pas être réservé aux seuls étudiants et enseignants : il peut aussi servir de lieu de promenade aux Amiénois et aux touristes, plus habitués à visiter la cathédrale et les hortillonnages. D’autant que des surfaces commerciales ont été créées « afin de donner plus de vie », explique Paul Vincent, responsable du projet pour Renzo Piano Building Workshop (RPBW).

« Les nouveaux quartiers dans les villes sont de plus en plus fermés sur eux-mêmes, l’urbanisme se bâtit avec un manque de porosité et d’ouverture vers les autres, sans mixité sociale, on créée des mini-ghettos… Si on continue, on finira avec des rues fermées avec les portails ! », déplore-t-il. Cette philosophie a aussi conduit à prôner la « mixité des usages » : l’amphithéâtre, doté d’une régie, peut servir de salle de spectacles et le gymnase peut se muer en salle d’examen, une mezzanine ayant été installée pour vérifier que les étudiants ne trichent pas…

Reste que ce programme, qui a nécessité six années de travaux au lieu de quatre, a fait grincer des dents en raison de son coût. Les 102 millions d’euros de budget ont grimpé à 118 (53 de la métropole, 34 de la région, 26 de l’État et cinq du département).

« Avec un peu plus de sérieux de tous les acteurs, de la part des entreprises et de la maîtrise d’œuvre, on aurait pu éviter les débordements financiers qu’on a constatés », tance Alain Gest. Si certains étudiants se plaignent de salles de cours trop petites, la majorité apprécient ce nouvel écrin, qui pourrait être inauguré en mars 2019 par le président Emmanuel Macron, natif d’Amiens. « C’est plutôt grand, la BU (bibliothèque universitaire) est spacieuse, il y a plein d’espaces pour travailler ensemble et on est bien situé ! », s’enthousiasme Léa, 18 ans, étudiante en lettres.

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