Un nom de lieu, ou toponyme, est un nom attribué à un lieu par une communauté au cours de son histoire, dans une langue donnée. La toponymie est la science de ces noms. Au lendemain des élections municipales, le ministère de la Culture a réédité un guide pratique à l’usage des élus intitulé « Décider du nom d’un lieu ». Cette brochure vise à les accompagner dans le processus de dénomination (choix du nom, règles d’écriture…) des communes ou d’autres lieux.
La Commission nationale du toponymie, qui a supervisé la rédaction du guide, donne trois types de conseils pour le choix d’un nom.
Choisir un nom significatif
Qu’il s’agisse de créer ou de modifier un nom de lieu, on peut s’inspirer de sources significatives à divers titres pour les habitants eux-mêmes : soit conserver un ou plusieurs noms anciens, soit développer un nom nouveau conforme aux usages de la toponymie, suggère le guide.
La reprise d’un ou plusieurs noms propres préexistants
Il est recommandé de reprendre un nom de lieu préexistant, notamment en cas de fusion de plusieurs communes en une agglomération, qui reste fréquemment dénommée du nom de la commune principale, à l’image de Paris ou Lyon.
Un nom assorti d’un déterminant peut désigner le résultat de la fusion de plusieurs lieux. Exemple : Les Andelys (Eure), commune née de la fusion de Le Grand-Andely et Andely-le-Petit.
Le nom peut aussi être repris d’une autre entité, de nature différente (exemple : une forêt proche pour la commune Sénart-Villeneuve, en Seine-et-Marne), ou provenir d’un nom de personne, comme celui d’un saint protecteur (Saint-Vincent-de-Paul, dans les Landes), parfois réduit au seul nom de famille (Schœlcher, en Martinique ; Descartes, en Indre-et-Loire), voire à titre de complément, un nom fictif créé dans la littérature pour désigner un lieu ou une personne, comme Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) d’après le personnage titre de Robinson Crusoé de Defoe.
Une combinaison de noms ou de parties de noms préexistants
Dans le cas de fusion de communes d’importance comparable, l’attachement aux anciennes communes peut se traduire par la réutilisation de tout ou partie de leurs noms respectifs dans des compositions qui peuvent prendre plusieurs formes. Exemple : Clermont-Ferrand, né de la contraction de Clermont et Montferrand.
Une description physique ou une référence historique
Beaucoup de noms de lieux ont une origine tout simplement descriptive, souvent très ancienne. Les exemples sont nombreux : Les Hautes-Rivières (Ardennes), Hautesvignes (Lot-et-Garonne), L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne)…
Choisir un nom distinctif
Tout nom doit être distinctif, et un nom propre doit l’être d’autant plus qu’il désigne une entité unique et non une catégorie générale, insistent les rédacteurs du guide. En pratique, une homonymie risque de provoquer des difficultés, en particulier dans l’acheminement du courrier. Il convient donc de limiter les risques de confusion par homonymie ou paronymie. Exemples : Valence-d’Albigeois (Tarn), Valence-en-Brie (Seine-et-Marne) et Valence-sur-Baïse (Gers), ou encore Saint-Martin-sous-Montaigu (Saône-et-Loire) et Saint-Martin-sous-Vigouroux (Cantal).
De même, ils préconisent une caractérisation suffisamment précise du territoire dénommé. Un nom de lieu doit aussi caractériser le territoire visé de façon suffisamment précise. Cette précaution doit notamment inciter à ne pas reprendre comme base du nom celui d’une entité débordant trop largement le territoire à dénommer, du moins sans l’adjonction d’un déterminant.
Choisir un nom éprouvé au regard de l’usage
Le guide donne deux derniers conseils aux élus : un nom est fait pour être employé à l’oral aussi bien qu’à l’écrit et exige une bonne insertion dans la syntaxe courante. Un nom doit pouvoir être inscrit seul dans des listes ou sur des panneaux, aussi bien qu’employé dans des phrases sans troubler l’utilisateur. Ainsi, un nom commençant par un article défini, comme Le Touquet ou Le Mans, peut être contracté dans une phrase : La municipalité du Touquet ; aller au Mans.
Par ailleurs, le guide plaide pour la simplicité du choix, son caractère consensuel et une promotion active. Le nom touche en effet à l’identité et son changement doit ménager l’attachement des personnes concernées aux noms antérieurs, souligne ses rédacteurs. Enfin, ils recommandent d’associer les habitants à la décision. Par exemple, en les invitant en début de processus à proposer des noms, et en les consultant en phase finale sur un très petit nombre de propositions sélectionnées au terme d’un travail plus restreint entre élus et personnes qualifiées, avant le vote de l’assemblée délibérante.
