Supprimer les pesticides dans les cimetières

Développement durable

Les cimetières sont des lieux très fréquentés, dans lesquels il est indispensable de limiter l’utilisation des pesticides. Il faut notamment appliquer de nouvelles méthodes de désherbage et prévenir les familles.

Lieux de culte et de recueillement, les cimetières sont aussi des espaces de promenade et de méditation, comme le montre une étude, réalisée par l’Agence parisienne d’urbanisme (Apur) pour le Syndicat intercommunal funéraire de la région parisienne (Sifurep). C’est pourquoi, il convient de réhabiliter les espaces verts de ces sites et d’y limiter au maximum l’apport de produits phytosanitaires.

De nombreuses communes, désormais engagées dans une démarche « zéro phyto », l’appliquent aussi à leurs cimetières. Ces pesticides ont des effets très dangereux sur l’homme (cancers, problèmes immunitaires…), ainsi que des conséquences sur l’environnement (infiltrations dans les sols, pollution des nappes phréatiques et de l’air…) et la biodiversité (ils affectent les insectes pollinisateurs, les rapaces…). En outre, ils coûtent cher et ont un impact économique induit, lié à la dépollution.

Accepter les mauvaises herbes

Deux arrêtés* régissent l’utilisation de pesticides dans les lieux publics, a-t-il été rappelé lors du colloque organisé par le Sifurep à Paris, le 9 octobre.

L’un interdit l’accès, au public et au personnel, pendant un délai déterminé (le « délai de rentrée ») : entre 6 et 48 heures après le traitement de l’espace. Le second interdit l’usage de certains produits dans les zones qui accueillent des publics sensibles, les jardins, les aires de jeu… Pour les substances autorisées, il convient de baliser et fermer l’espace pendant l’épandage, et de prévoir un affichage 24 h à l’avance.

La gestion écologique des cimetières peut prendre diverses formes : appliquer la tonte et la fauche différenciées, « accepter » la flore spontanée (mauvaises herbes), créer des massifs de mélanges fleuris, pailler les pieds d’arbres…

La suppression des produits chimiques nécessite d’adopter, au préalable, un plan de désherbage. Il sert à classer les espaces et à établir une cartographie, en se rendant sur le terrain, afin de prévoir des techniques alternatives. Elles peuvent être différentes selon la surface à traiter : désherbage manuel ou mécanique (cher), à vapeur (lent), à mousse chaude, brossage et balayage mécanique des allées…

Sensibiliser les agents et les familles

Le succès d’une démarche de suppression des pesticides est lié à la communication auprès des agents, qui doivent adopter de nouvelles méthodes de travail et transmettre les informations.

Divers outils doivent être élaborés pour les usagers, toujours déroutés face à ces nouvelles conditions d’entretien : panneaux explicatifs de la démarche, dépliants, communication sur l’entretien des tombes… Les gardiens de cimetière doivent aussi être sensibilisés, de même que les entreprises qui interviennent : marbriers…

Martine Courgnaud – Del Ry

 

Niort (Deux-Sèvres, 59 000 habitants), désignée capitale française de la biodiversité par Natureparif, a élaboré une charte d’engagement pour son futur « cimetière naturel ». Les personnes qui souhaitent y être enterrées devront : utiliser du bois non traité pour les cercueils, limiter les soins de thanatopraxie, réaliser des pupitres en pierre calcaire locale, inhumer en pleine terre… La commune leur fournira un arbuste à planter sur la tombe.

Le cimetière intercommunal des Joncherolles (Seine-Saint-Denis), engagé dans un programme de réhabilitation de ses dix-sept hectares d’espaces verts (plus de 3 900 arbres), réduit l’utilisation des produits chimiques. Il a également créé une déchetterie à tri sélectif et accueillera des ruches, afin de maintenir la biodiversité.

MC

 

* Textes de référence :

Arrêté du 12 septembre 2006 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits visés à l’article L. 253-1 du Code rural et de la pêche maritime

Arrêté du 27 juin 2011 relatif à l’interdiction d’utilisation de certains produits mentionnés à l’article L. 253-1 du Code rural et de la pêche maritime dans des lieux fréquentés par le grand public ou des groupes de personnes vulnérables

* Colloque « services funéraires : droit des usagers et valorisation des cimetières », 9 octobre 2013

– Liste des produits interdits sur www.agriculture.gouv.fr

– « Objectif zéro phyto » : www.plante-et-cite.fr

– « Gestion différenciée des espaces verts et cahier des charges »

– « Pesticides, vers le risque zéro », rapport d’information sénatorial

– Référentiel du label « Écojardin »

Posté le par Martine Courgnaud – Del Ry

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