Les enseignants ont un niveau de vie inférieur à celui des autres cadres de la FPE

Publié aujourd'hui à 11h40 - par

Les enseignants ont des rémunérations plus homogènes, mais un niveau de vie inférieur aux autres cadres de la fonction publique d’État, selon une récente étude du ministère de l’Éducation nationale.

Les enseignants ont un niveau de vie inférieur à celui des autres cadres de la FPE
© Par EFStock - stock.adobe.com

Alors qu’une intersyndicale de l’Éducation nationale – FSU, Unsa, CFDT, CGT et SUD – appelle à une journée nationale de grève mardi 31 mars 2026, dans le cadre d’une semaine d’actions du 30 mars au 3 avril pour dénoncer les 4 000 suppressions de postes d’enseignants prévues pour la rentrée 2026, le ministère de l’Éducation nationale vient de publier une étude sur « Les conditions de vie familiale des enseignantes et des enseignants ». Cette note d’information rédigée en février 2026 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) ne va guère leur remonter le moral.

« Les parcours familiaux et professionnels des personnes sont interdépendants et dessinent ensemble les inégalités salariales, de niveau de vie et de retraite. Les femmes sont particulièrement concernées, avec notamment un recours plus fréquent au temps partiel, du fait d’une répartition inégale des tâches familiales », expliquent les trois auteures de la note.

Au printemps 2023, les enseignants se déclaraient plus fréquemment en couple que les autres cadres de la fonction publique d’État (FPE) : 77 % contre 72 %. Ils avaient aussi plus souvent des enfants à charge : deux tiers (64 %) des enseignants avaient au moins un enfant à charge, contre la moitié (51 %) des autres cadres de la FPE. Les enseignants ayant plus souvent des enfants et vivant plus fréquemment en couple que les autres cadres de la fonction publique d’État, ils mentionnaient, de ce fait, davantage d’interruption de carrière pour s’occuper des enfants ou de prise de temps partiel.

Des rémunérations plus homogènes chez les enseignants

Les enseignants ont un salaire en moyenne moins élevé que celui des autres catégories A, indique la DEPP. Ils ont des salaires peu dispersés : quatre sur dix perçoivent entre 25 000 et 34 000 euros net annuels, contre deux sur dix des autres cadres de la FPE. Parmi ces derniers, la moitié touche plus de 34 000 euros contre un tiers des enseignants. « Les autres cadres de la FPE sont en effet plus âgés et donc sans doute plus avancés dans leur carrière. Néanmoins, à autres caractéristiques identiques, notamment la tranche d’âge, ce résultat sur les salaires demeure », commentent les auteures de l’étude.

Les enseignants vivent dans des ménages dont le niveau de vie s’avère globalement inférieur à celui des autres cadres de la FPE, ajoute la DEPP. La moitié ont un niveau de vie inférieur à 29 640 euros par an, contre un tiers des autres cadres. Le concept de niveau de vie permet de comparer les ressources des personnes vivant dans des ménages de taille ou de composition différentes en tenant compte des économies d’échelle que permet la vie commune. Il prend en compte le salaire de l’agent, mais également celui du conjoint, le cas échéant, ainsi que tous les autres revenus du ménage (patrimoine ou prestations sociales, par exemple) net des impôts directs, précise la DEPP.

La structure familiale influe sur le niveau de vie des enseignants

La structure familiale des enseignants, en particulier la présence d’enfants, éclaire les différences en matière de situation professionnelle ou de niveau de vie avec les autres cadres de la FPE, poursuivent les trois auteures de la note d’information. Elle se révèle aussi importante pour analyser ces mêmes différences au sein de la population enseignante.

À ce titre, deux groupes se distinguent particulièrement de l’ensemble des enseignants : ceux n’ayant pas d’enfant à charge et les parents de famille nombreuse. Les enseignants sans enfant à charge, qui représentent un tiers des effectifs, sont plus fréquemment des hommes (34 % contre 29 % de l’ensemble des enseignants). Ceux âgés de moins de 35 ans y sont surreprésentés (31 % contre 17 % dans l’ensemble de la population enseignante), tout comme ceux de plus de 55 ans (34 % contre 19 %). Ces deux tranches d’âge recouvrent des situations familiales différentes : les premiers n’ont majoritairement jamais eu d’enfant, tandis que les seconds ont pu avoir des enfants à charge par le passé. Ainsi, les interruptions de carrière pour s’occuper d’enfants demeurent marginales chez les moins de 35 ans : 1 % contre 19 % de leurs collègues du même âge ayant des enfants à charge. En revanche, 12 % des enseignants de plus de 55 ans sans enfant à charge ont interrompu leur carrière pour s’occuper d’enfants, les rapprochant de ceux ayant des enfants à charge (17 %). Le constat est le même pour le temps partiel choisi durant la carrière.

Les enseignants sans enfant exercent plus souvent dans le secondaire, quel que soit leur genre. Ils habitent plus fréquemment dans des communes urbaines : 44 % résident dans une commune urbaine très dense, contre 37 % pour l’ensemble des enseignants. Ce sont davantage de jeunes enseignants en début de carrière. De ce fait, ils ont plus souvent des missions de remplacement que les enseignants avec enfants (respectivement 15 % contre 9 %) et sont plus fréquemment multi-affectés (10 % contre 7 %). Ils sont également plus souvent contractuels (13 % contre 9 %), ce mode de recrutement ayant augmenté ces dernières années.

À tranche d’âge donnée, les différences entre les enseignants avec et sans enfant(s) sont limitées, mais persistent pour les moins de 35 ans. Ceux de moins de 35 ans sans enfant restent plus souvent concernés par la multi-activité, les remplacements et vivent davantage dans les territoires urbains très denses que leurs homologues avec enfant(s).

Pour ce qui est du niveau de vie, les enseignants sans enfant sont surreprésentés dans la tranche de niveau de vie supérieure (supérieur à 36 180 euros par an) : 35 % contre 24 % de l’ensemble des enseignants. Les situations sont toutefois contrastées, avec des écarts d’autant plus importants que l’âge augmente.