Les grandes villes ne veulent pas être les oubliées du Grand débat

Élus

Les maires des grandes villes redoutent que les orientations qui seront prises par l’exécutif à l’issue du Grand débat « ignorent le monde urbain » au profit des zones rurales et réclament une relance de la décentralisation pour sortir de la crise.

« On a beaucoup dit que les gilets jaunes étaient ceux qui n’appartenaient pas à la France qui gagne, que beaucoup fantasment comme la France des villes », a affirmé vendredi 29 mars 2019 à Toulouse le président de France Urbaine, Jean-Luc Moudenc (LR).

« Si cette crise devait déboucher sur une accentuation du fossé entre urbain et rural, au détriment du monde urbain, bien sûr, ce serait une grave régression pour le pays », a-t-il mis en garde devant les élus réunis pour les journées nationales de l’association qui regroupe les grandes villes et métropoles.

Les maires et présidents d’agglomérations veulent sortir de l’opposition entre grandes villes et territoires ruraux, métropoles et zones périphériques, souvent mise en avant lors du Grand débat.

Les grandes villes sont « en première ligne en particulier pour subir les conséquences des violences qui ont dénaturé ce mouvement », a déploré Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, rappelant les dégradations à l’occasion des manifestations des « gilets jaunes ».

« Nous sommes en train de perdre la bataille de l’opinion », a mis en garde pour sa part le maire de Dijon, François Rebsamen (PS), rappelant que « c’est dans les villes qu’il y a aujourd’hui le plus de pauvres ». Selon l’association, 20 % des ménages urbains ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.

Des territoires viendront, « non pas toutes les solutions, mais des solutions pour sortir de la crise », ont martelé les élus.

Dans une contribution au Grand débat diffusée en clôture des rencontres, ils appellent à « achever le processus de décentralisation », à donner « plus de responsabilités au local ».

« Agir sans entraves »

Ils veulent « pouvoir agir sans entraves pour  mettre en œuvre, au plus près des habitants, des politiques publiques qui ne justifient plus d’intervention de l’État ».

Les propositions de France Urbaine doivent être remises à Emmanuel Macron le 9 avril à l’Élysée, a indiqué Jean-Luc Moudenc.

L’association plaide notamment pour l’inscription dans la constitution de « l’autonomie fiscale et non financière des collectivités territoriales dotées de la clause de compétence générale ».

Le principe de « différenciation » doit, selon elle, également être inscrit dans la loi fondamentale, pour que les territoires puissent agir différemment en fonction des conditions locales.

Au moment où le gouvernement a entrepris de supprimer la taxe d’habitation, les élus veulent « renforcer le lien fiscal avec les citoyens » en conservant « une contribution, même minime, de chaque résident ».

France Urbaine réclame par ailleurs qu’« une partie de la contribution climat énergie » soit affectée aux établissements publics de coopération intercommnunale (EPCI) et aux régions, les deux échelons chargés de mettre en œuvre les actions en matière de transition écologique. « C’est dans les grandes villes que se joue en grande partie le défi climatique », fait-elle valoir.

Une « alliance des territoires », renforçant la coopération entre zones urbaines et rurales, sera selon les élus « une bonne réponse à la différence, incontestable, de développement entre centres urbains et zones rurales et  périphériques ».

« Plus les métropoles montent en puissance, plus elles ont des devoirs vis-à-vis des zones périphériques et de la ruralité », fait valoir M. Moudenc. D’autres propositions portent sur le logement, la santé, l’éducation ou la sécurité.

France Urbaine, qui a misé sur le dialogue avec l’exécutif depuis le début du quinquennat, affiche sa déception et déplore de ne pas avoir été entendue sur un certains nombre de sujets majeurs : développement économique, mobilité, transition énergétique…

En matière de sécurité, « l’État n’a pas du tout développé son action », pour lutter notamment contre le trafic de stupéfiants qui gangrène les quartiers, a ainsi déploré le président de France Urbaine.

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