Grand débat : le gouvernement mobilise les maires

Élus

À peine le grand débat sur les rails, le gouvernement tire les enseignements des premières rencontres et veut plus que jamais mobiliser les maires, indispensables à la réussite de l’opération.

« Il faut s’emparer des choses ! » Sébastien Lecornu, coanimateur du grand débat national pour le gouvernement, incite les élus à s’impliquer pour que tous les Français puissent s’exprimer. Le ministre chargé des Collectivités territoriales veut réunir chaque semaine une vingtaine de maires pour « avoir un retour en permanence » sur les débats. Plus de 1 600 événements ont été enregistrés sur le site granddebat.fr, 400 ont déjà eu lieu, et les débats doivent se poursuivre jusqu’à mi-mars 2019.

Globalement, les élus rassemblés vendredi 25 janvier 2019 au ministère soulignent la volonté des Français de dialoguer. Certains sont proches de La République en Marche, d’autres non. « Il y a une appétence pour le débat », affirme Arnaud Péricard, maire de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). À Bandol (Var), un premier débat a réuni 59 personnes et le maire Jean-Paul Joseph s’inquiète de la très faible participation des jeunes. « Ça revient de partout, le fait qu’on n’en a pas beaucoup dans les réunions », reprend Sébastien Lecornu.

La question de la mobilité, qui a déclenché le mouvement des « gilets jaunes », attise les crispations. « Quand on touchait à la voiture, c’était le sujet le plus explosif », raconte le maire d’Escœuilles (Pas-de-Calais), 475 habitants. La grande inquiétude, « c’est quand même la mobilité. Il faudra des réponses sur ce sujet » confirme son collègue de Massy (Essonne), Nicolas Samsoen. Également au cœur des préoccupations des Français : le pouvoir d’achat, la transition écologique, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ou la corruption des politiques. « Ils tapent sur les élus comme des malades », s’inquiète Jean-Michel Catelinois, maire de Saint-Paul-les-trois-châteaux (Drôme).

Retour à l’instruction civique

Concrètement, les élus mettent des salles à disposition, introduisent les débats, mais s’interrogent sur le rôle qu’ils doivent tenir à 14 mois des élections municipales. « Est-ce que l’élu local doit participer ? Ça, j’ai pas la réponse », constate Arnaud Péricard. Bertrand Pécot, un élu de l’Eure, propose une solution à ses collègues maires pour ne pas être accusés de partialité : « Pourquoi je n’irais pas animer le débat chez eux et eux chez moi ? » Le maire de Bandol a juste écarté les « attaques inutiles ». Quelqu’un avait suggéré de commencer par « une expertise psychiatrique du président de la République ». « J’ai dit non. Ça, on débat pas ! »

Les conditions diffèrent en ville et en milieu rural. « C’est pas compliqué à organiser, on connaît sa population, les gens vous respectent », avance Philippe Antoine, élu d’une petite commune du Jura. « Les Parisiens ont très mal vécu l’explosion de haine d’une partie de la France envers eux », relève pour sa part Frédérique Calandra, maire du XXe arrondissement de Paris. Tous s’inquiètent de la méconnaissance qu’ont les Français du fonctionnement des institutions. « Il faut retourner à l’instruction civique, pour tous et à tous les âges », assène l’élue de Paris. Le débat peut aussi permettre une remise à niveau générale. Ses collègues de banlieue constatent le désintérêt de leurs administrés pour le mouvement des « gilets jaunes ». « Il faut se donner les moyens de faire parler les quartiers populaires », martèle le maire de Clichy-sous-bois, Olivier Klein.

Réponse de Sébastien Lecornu : Emmanuel Macron a consacré beaucoup de temps aux maires ruraux, « mais il est évident qu’il y aura un temps pour la banlieue… Tout ça est clairement présent ». « Certains maires ont sous-estimé l’envie de débattre et s’en rendent compte en ce moment », assure-t-il. D’autres s’inquiètent d’entendre que le chef de l’État aurait marqué des points lors de ses rencontres avec les élus. « Surtout, gardez une ligne de modestie, sinon ça va repartir en vrille », avertit le maire de Massy.

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