Une enquête scrute le parcours des jeunes maires

Élus

Selon une récente étude de l’INJEP, le mandat de maire fragilise les plus jeunes.

« Y-a-t-il un âge en politique ? » Selon les données du Répertoire national des élus, seuls 4,4 % des élus municipaux avaient moins de 30 ans au moment de leur élection en 2014 ! À la veille des élections municipales des 15 et 22 mars, deux chercheurs de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) ont donc publié une enquête sur les jeunes maires.

Au-delà des discours entendus sur la crise de vocation ou le vieillissement des élus, 518 maires âgés de 18 à 35 ans ont néanmoins franchi le pas en 2014 et se sont fait élire à la plus haute fonction municipale. Ce sont ces derniers que Isabelle Lacroix et Laurent Lardeux ont cherché à cerner et à mieux connaître.

Dans un contexte où un certain nombre d’obstacles, personnels et structurels, viendraient freiner l’investissement municipal des plus jeunes, les deux chercheurs ont exploré les origines de leur engagement. En retraçant les parcours biographiques de ces jeunes maires, de leur socialisation politique dans la sphère familiale et scolaire au cours de leur enfance à l’exercice de leur mandature et leur réflexion sur leur projet futur, leur enquête vise à rendre compte de la diversité des trajectoires rencontrées.

Quels sont les évènements déclencheurs, les ressources mobilisées, les dispositions intervenant dans l’accès à un mandat municipal ? Existe-t-il une spécificité de la jeunesse dans la manière d’exercer la fonction de maire et dans quelle mesure l’âge induit-il un rapport différent avec les administrés ? Pour répondre à ces différentes questions, le rapport d’Isabelle Lacroix et Laurent Lardeux articule trois temps différents.

Sur le chemin de la mairie

Sans surprise, l’enquête montre combien les socialisations familiales, scolaires et extrascolaires impactent et clivent fortement les trajectoires des jeunes élus, en particulier celles des maires. L’exercice des mandats locaux, notamment au plus haut échelon municipal, avantage clairement ceux qui ont le plus accumulé de ressources directement transposables dans les fonctions municipales, ont constaté les deux chercheurs. Ainsi, fort logiquement, une imprégnation familiale forte au politique, des fonctions de représentation au collège et au lycée, un engagement associatif important avec des responsabilités précoces en leur sein, des cadres de socialisation dans les partis politiques et dans les fonctions de conseiller municipal ou d’adjoint au maire permettent de consolider des parcours politiques et de faciliter l’accès vers la mairie.

« C’est ainsi que pour les jeunes élus ne pouvant pas, par définition, faire valoir une longue expérience militante, force est de constater que la puissance des paramètres professionnels, scolaires et politiques se trouve renforcée pour combler leur déficit d’expérience militante, de notoriété ou d’identité locale. Il en résulte des logiques de sursélection des jeunes élus constatées au cours de l’enquête », note le rapport publié par l’INJEP.

De la campagne aux premiers pas de maire

La seconde partie de l’enquête porte sur la campagne municipale, la prise de fonction et les premières années de mandat, durant lesquelles l’élu « doit faire ses preuves ».

La légitimité pour les jeunes édiles est, à la fois, à conquérir et à maintenir. À conquérir d’abord, le temps d’une campagne municipale où l’attribut de la jeunesse peut constituer pour les adversaires politiques un élément de fragilité susceptible d’être attaqué. À maintenir ensuite, lorsque le jeune maire, une fois élu, se trouve davantage scruté par les administrés en attente de ses premiers faits d’armes.

Investir le mandat

Le troisième temps, celui du travail quotidien du maire et des éléments plus projectifs, révèle une forte hétérogénéité de pratiques et d’incarnation de la fonction, qui varie fortement selon des variables liées aux caractéristiques de la commune – rurale ou urbaine, politisée ou non… -, mais aussi selon les profils sociologiques et les caractéristiques personnelles des maires : homme ou femme ; « néophyte » ou « hypersocialisé politiquement » ; « encarté » ou non ; professionnel de la politique ou salarié exerçant hors de la politique… « Ces expériences différenciées agissent en retour sur le souhait affirmé ou non pour ces jeunes maires de se représenter aux prochaines élections municipales de 2020 », expliquent les deux auteurs de l’enquête.

De nombreux travaux ont régulièrement souligné le déficit de représentativité sociale des élus locaux, avec un accès au pouvoir fortement sélectif, qui tend à privilégier les citoyens les plus dotés socialement, scolairement et professionnellement, alors même que le pouvoir local fonde sa légitimité sur la proximité des citoyens et des réalités locales. S’agissant des plus jeunes amenés à exercer un mandat, l’enquête qualitative et quantitative de l’INJEP permet de constater qu’ils constituent « une figure paroxystique des inégalités en cours, un miroir grossissant accentuant les clivages déjà observés, un effet de loupe qui accroit non seulement les processus de sélection à l’œuvre dans l’accès des citoyens au mandat municipal, mais qui accentue aussi la fragilisation des nouveaux entrants éloignés de la sphère politique ».

Pour Isabelle Lacroix et Laurent Lardeux, ces difficultés d’accès s’articulent autour de quatre types de clivage : clivages sociaux, clivages professionnels, clivages territoriaux et clivages de genre. Ces quatre registres d’inégalités, que l’on observe pour l’ensemble des catégories d’âge, sont encore accentués chez les nouvelles générations. Conclusion des deux chercheurs : le mandat de maire est « un mandat qui fragilise les plus jeunes ».

 

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