Vœux des maires ou comment remonter le moral aux habitants sans prendre de risque juridique

Publié le 13 janvier 2026 à 10h00 - par

En cette année électorale, lors des vœux, les maires avancent sur un fil de fer oratoire : il leur faut de la prudence juridique (ne pas s’autoglorifier de son bilan de mandat en profitant de sa position de maire) et de la pugnacité pour redonner le moral à leurs administrés dans un contexte national et international plombés et anxiogènes. Petit tour de France de vœux particuliers.

Vœux des maires ou comment remonter le moral aux habitants sans prendre de risque juridique
© Par Anthony PELLIEUX - stock.adobe.com

Jacky Goulet, maire de Saumur, a le sens de la mise en scène. En 2025, il avait rejoint le lieu des vœux par la Loire qui borde cette jolie commune de Maine-et-Loire. Cette année, il est arrivé à cheval, en hommage aux écuyers du Cadre noir de Saumur, qui forment et perfectionnent les cadres supérieurs de l’équitation du pays. Les traditionnels vœux de début d’année sont l’occasion, pour les maires, d’appuyer sur les symboles de leur commune. « Le cheval n’est pas seulement ici un décor, un folklore, un passe-temps : il est bien plus, il est une culture, une économie, un loisir, une passion, un savoir-faire, une fierté ! », s’enthousiasme-t-il. Il existe au moins 34 875 manières (nombre de communes en France au 1er janvier 2025) d’adresser ses vœux aux habitants pour les maires.

Neutres mais enthousiastes

Les vœux 2026 réclament la même dextérité verbale que celle qui prévaut en matière équine. Les maires doivent conserver une certaine neutralité, campagne municipale oblige. Il s’agit de battre le rappel, bien sûr, de mobiliser les administrés dans un contexte morose, tout en faisant très attention à ne pas trop en faire, selon la fameuse donne difficilement tenable où le maire sortant doit être devant la loi un candidat comme les autres, surtout quand il s’adresse à la population du haut du balcon municipal. « C’est frustrant », nous confie un maire en off. « On a envie de défendre son bilan. Mais c’est juste déontologiquement : si les vœux entrent dans le cadre des cérémonies régulièrement organisées, ils ne peuvent offrir une tribune aux sortants payée par les contribuables ».

« Ne pas mettre en avant ce que l’on a réalisé »

Pour ceux qui ne se représentent pas, comme la maire de Paris, Anne Hidalgo, la pression est moins grande… sauf si elle affiche un soutien affirmé à tel ou tel candidat. Georges Mothron, maire LR d’Argenteuil (Val-d’Oise), s’est contenté de lancer un « appel à l’unité et à l’apaisement », louant une « ville vivante, créative et tournée vers l’avenir ». Discours politique impersonnalisé ; aux électeurs de se faire une idée sur celle ou celui qui a joué un rôle majeur dans la formation de cette « ville vivante ». Sur France 3 Île-de-France, Jean-François Vigier, maire de Bures-sur-Yvette (Essonne) et vice-président de l’Association des Maires de France (AMF), rappelle quelques principes essentiels. « La règle, de façon générale, c’est de ne pas mettre en avant ce qu’on a réalisé pendant son mandat, et évidemment de ne pas mentionner ce que l’on veut faire dans les années qui viennent, d’annoncer son programme, son projet ».

« Observer le chaos à une certaine distance »

Le Bien public relate comment Alain Suguenot, maire de Beaune (Côte-d’Or) depuis 31 ans, a géré ce qui ressemble à ces derniers vœux, entouré qu’il était de quelques dissidents. Après avoir étrillé la politique nationale et son « triste spectacle » – un grand classique actuellement -, il en a profité pour saluer les maires de l’agglomération Beaune Côte et Sud : « Nous n’avons pas de cabinet ministériel, pas de chauffeur, pas de communicant de crise. On a des écoles à ouvrir le matin, des routes à entretenir, des associations à accompagner, des habitants à écouter et des solutions à trouver quotidiennement face aux complexités administratives. Ici, nous assurons le quotidien, nous votons nos budgets en équilibre, et nous essayons d’avoir la modération fiscale, comme ici à Beaune où les impôts n’ont pas augmenté depuis 31 ans. Ici à Beaune ou dans notre agglomération, nous observons le chaos à une certaine distance, on n’attend pas que tout soit parfait pour agir ». Les dissidents ont écouté, sagement.

À Arras, Leturque veille à ce que « chacun soit considéré »

Pour autant, certains maires, comme celui d’Arras, Frédéric Leturque, n’hésite pas à appeler un rat (symbole de la ville)… un rat. « Vous le savez, nous mobilisons toute notre énergie chaque jour pour vous servir au mieux, en gérant le présent tout en préparant l’avenir. Nous avons parfaitement conscience des enjeux, des défis et des obstacles qui se présentent parfois à nous. Nous connaissons la diversité des attendus de la population, de vos attentes, et nous veillons à ce  que chacun soit considéré, quel que soit sa situation personnelle, sociale ou familiale. Nous savons combien le pouvoir d’achat est un sujet pour le plus grand nombre et c’est la raison pour laquelle nous nous battons toujours pour n’augmenter ni les impôts, ni les tarifs. C’est un combat de chaque instant. Et, vous le savez, nous conduisons les affaires municipales avec beaucoup de rigueur ». Rappelant que l’année 2026 sera une année électorale, le maire souhaite qu’elle soit marquée par l’engagement et le civisme : « Deux mots forts, profondément liés à l’ADN de notre territoire. Ils parlent de l’engagement des habitants dans la vie de la cité, de celui des acteurs associatifs, économiques, des chefs d’entreprises, des artisans, des commerçants, des professions libérales ».

Allonnes (Sarthe), du Sénégal à la Palestine…

Maire d’Allonnes (Sarthe) et président de Ville et Banlieue, Gilles Leproust a souhaité faire passer un message à sa population : « Comme vous avez pu le constater en recevant la carte de vœux de la municipalité, le thème de la paix a été retenu. Il nous est apparu rapidement comme une évidence, et cela pour plusieurs raisons », assure-t-il, citant les conflits en Palestine et en Ukraine, soulignant que l’on recense « 61 conflits enregistrés entre 36 pays ». En 2024, 230 000 ont trouvé la mort dans ces conflits. Allonnes est engagé « dans le mouvement Mayors for Peace. Le réseau compte 8 247 villes dans 166 pays et régions ». La ville défend le principe de la coopération décentralisée avec deux villes sœurs, « Sangha au Mali, et le camp de New Askar en Palestine. Les habitants de ces deux communes vivent des choses horribles, et nous sommes fiers de contribuer à y mener des actions concrètes utiles à la population ». Une autre manière de prendre un peu de hauteur en valorisant l’agir et non le défaitisme.

Stéphane Menu

Cérémonies et cartes de vœux, sécurisez vos pratiques en période électorale !

L’organisation des vœux de la collectivité revêt en année électorale une tonalité particulière. La cérémonie se doit en effet de prendre en compte les principes de la communication en période électorale. Un certain nombre de précautions doivent ainsi être prises pour réussir la dernière cérémonie du mandat avant les élections municipales de mars 2026, en se prémunissant de recours éventuels.

De la même façon, au début d’une année marquée par des élections, la conception comme la distribution des cartes de vœux adressées aux administrés doivent être surveillées pour éviter toute violation du Code électoral.

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