Retraite à 64 ans : des effets à prévoir sur la santé des seniors ?

Publié le 10 mars 2023 à 13h40 - par

Selon une récente étude du CNAM, le report de l’âge de la retraite à 62 ans en 2010 a provoqué une augmentation de la fréquence des arrêts maladie des seniors.

Retraite à 64 ans : des effets à prévoir sur la santé des seniors ?
© Par Olivier Le Moal - stock.adobe.com

Le report à 64 ans de l’âge légal de départ, qui constitue le cœur de la réforme des retraites en cours d’examen au Parlement, s’inscrit dans la continuité de réformes antérieures, dont celle de 2010 qui a porté cet âge de 60 à  62 ans. Une équipe du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du CNAM a donc regardé dans le rétroviseur pour évaluer les effets sur la santé des seniors d’un report de l’âge de départ en retraite. À partir des données de la base administrative Hygie (2005-2015), son étude publiée mi-février (Connaissance de l’emploi n° 187) mesure l’impact de la réforme de 2010 sur les absences maladie des seniors.

Principal constat : les analyses confirment que le report de l’âge de départ en retraite a entraîné une augmentation significative des arrêts maladie après 60 ans. Les résultats mettent en évidence une augmentation significative de la fréquence des arrêts maladie de 1,7 point de pourcentage. Le nombre annuel cumulé de jours d’arrêts augmenterait de 1,031 jours et le nombre annuel d’arrêts maladie de + 0,021. L’effet s’avère plus prononcé pour les femmes s’agissant de la probabilité d’arrêt comme du nombre d’arrêts, mais moins en ce qui concerne leur durée. Cette différence entre femmes et hommes suggère que les femmes ont tendance à s’absenter plus souvent, mais moins longtemps. « Ceci pourrait s’expliquer par des différences comportementales déjà constatées dans la littérature, montrant que, face à des problèmes de santé comparables, les femmes ont tendance à être plus réactives que les hommes et consultent, à la fois, plus tôt et plus souvent », avancent les auteurs de l’étude. L’effet mesuré étant global, la hausse de l’absence maladie peut résulter aussi bien de la dégradation de l’état de santé lié à l’âge que de l’allongement de la vie active, préviennent-ils.

L’effet du report de l’âge de départ dans le cadre de la réforme des retraites de 2010 pourrait varier selon l’état de santé des individus, poursuit l’étude. Il existerait, en effet, des individus dont l’état de santé est devenu si contraignant qu’il leur est difficile de rester en emploi. Pour ces individus, de larges effets de substitution vers les dispositifs d’assurance sociale alternatifs à la retraite devraient être observés, ces dispositifs leur permettant de combler la période de transition vers le nouvel âge d’ouverture des droits à la retraite. Les auteurs de l’étude formulent donc l’hypothèse que la réforme entraîne une augmentation du recours aux arrêts maladie plus importante pour les individus en mauvaise santé.

Il s’avère que la réforme des retraites a effectivement eu un effet plus fort sur la probabilité d’arrêt pour les individus ayant connu des événements de santé conduisant à des absences maladie de longue durée par le passé (+ 2,2 de pourcentage contre + 1,2). L’effet de la réforme sur le nombre de jours annuel de maladie est également plus important pour ces individus, le report de l’âge d’ouverture des droits entraînant une augmentation de 1,8 jour environ. De plus, les différences semblent plus marquées pour les femmes que pour les hommes s’agissant de la probabilité d’arrêt ou du nombre d’épisodes d’arrêt, et moins importantes en ce qui concerne le nombre annuel de jours d’arrêt. Cela suggère que les différences liées au genre quant à l’ampleur de l’effet de la réforme sur l’absence maladie sont accentuées parmi les individus ayant connu des difficultés de santé.

Si l’allongement de la vie active dans le cadre de la réforme de 2010 prolonge la durée de cotisations à l’assurance-retraite, il semble, dans le même temps, augmenter les dépenses liées à l’absence pour maladie chez les seniors après 60 ans. Une estimation du surcoût global d’absence maladie se situerait aux alentours de 68 millions d’euros, rapporte l’étude. Par ailleurs, retarder l’âge de départ à la retraite n’influence pas seulement les absences maladie des seniors : cela induit également un effet de déversement vers des dispositifs alternatifs de protection sociale, comme le chômage ou l’invalidité. « C’est donc la prise en compte de l’ensemble de ces effets qui permettra d’éclairer le décideur public quant à l’ensemble des retombées d’une réforme du système des retraites », soutiennent les auteurs de l’étude.

Leurs résultats suggèrent que les mesures de décalage de l’âge de départ en retraite, similaires à celle de 2010, doivent être accompagnées de mesures permettant de tenir compte de l’hétérogénéité des situations parmi la population active. Celles-ci incluent, en particulier, la possibilité laissée aux salariés fragilisés par leur état de santé ou par leur parcours professionnel d’accéder à la retraite plus tôt, qu’ils aient commencé tôt leur carrière ou eu des métiers pénibles. En 2010, des possibilités de départ avant 62 ans étaient ouvertes pour les carrières longues et certaines situations de pénibilité au travail sont couvertes par le compte de prévention de la pénibilité depuis le 1er janvier 2015. Toutefois, ces dispositifs semblent insuffisants et doivent être renforcés en cas de nouveau décalage de l’âge de départ, plaide l’étude du CEET. Des mesures préventives devraient également être envisagées en accompagnement. Parmi elles, l’amélioration des conditions de travail, qui aurait pour effet la préservation de  la santé des salariés, préconisent les auteurs. « Réserver les postes les moins pénibles aux seniors est aussi une mesure d’accompagnement envisageable et qui pourrait, par ailleurs, s’accompagner d’un assouplissement du temps de travail des seniors, assouplissement qui pourrait prendre la forme de durées hebdomadaires de travail diminuées grâce au temps partiel ou encore à la possibilité de départ progressif à la retraite », concluent-ils.