Hôpital public : entre hausse d’activité et contraintes financières

Publié aujourd'hui à 12h30 - par

Le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Arnaud Robinet, est intervenu lors des Contrepoints de la santé du 28 avril pour un point sur les enjeux de l’hôpital public. En toile de fond, les moyens financiers attribués au secteur.

Hôpital public : entre hausse d'activité et contraintes financières
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D’après une étude de la FHF, en 2025, 73 % des Français ont renoncé à au moins un soin en cinq ans contre 63 % en 2024, ce qui représente 7 millions de personnes supplémentaires. Les délais pour les prises de rendez-vous explosent : deux semaines d’attente pour un généraliste contre quatre jours en 2019, quatre mois pour les spécialistes contre deux mois en 2019. Des chiffres qui inquiètent. « La santé est la priorité des Français, a rappelé Arnaud Robinet lors des Contrepoints de la santé, et plus particulièrement l’accès aux soins avec la volonté de pouvoir bénéficier de rendez-vous chez le médecin généraliste et chez un spécialiste, sur l’ensemble du territoire, que ce soit en milieu rural ou urbain. » Cette dégradation de l’accès aux soins de ville entraîne des répercussions mécaniques sur les urgences de l’hôpital public. D’ailleurs, un Français sur deux déclare s’y rendre faute d’alternative. S’ajoute la problématique de la santé mentale, pour laquelle, là aussi, « la situation s’est aggravée », a-t-il précisé.
Dans un autre domaine, un enjeu de taille repose sur la place de l’intelligence artificielle au sein des établissements publics de santé en sachant que « leur ambition est de s’engager dans cette évolution, en termes d’organisation et de prise en charge des patients tout en ayant à l’esprit que rien ne remplace le contact entre le praticien et son patient, a insisté Arnaud Robinet, précisant qu’une mutualisation sera peut-être de rigueur pour l’accompagnement des établissements. Nous sommes dans un objectif de souveraineté nationale sur cette thématique et il est clair qu’il va falloir une réelle volonté politique et des moyens associés. »

Une activité en hausse

En arrière-plan, le déficit de l’hôpital public, de 2,8 milliards d’euros, « qui ne s’explique pas par un manque de performance ou une mauvaise gestion, mais par le coût de l’inflation non compensé par l’État et par les mesures RH issues du Ségur de la santé, également non compensées », a tenu à rappeler Arnaud Robinet.
Malgré ce contexte tendu, l’activité des hôpitaux progresse : + 4 % en 2024 et + 5 % en 2025. Des chiffres qui se justifient notamment par la difficulté d’accès aux soins de ville, faisant des hôpitaux publics parfois les seuls lieux de prise en charge pour les patients. « Il faut également rappeler que la crise sanitaire a conduit à un déficit de prises en charge de 3 millions de personnes environ, nous avons donc dû rattraper les déprogrammations », a expliqué le président de la FHF avant d’ajouter : « Il faut aussi attribuer aux hospitaliers leur forte implication, et reconnaître l’évolution des hôpitaux dans leur restructuration et leur complémentarité avec la médecine de ville. » L’attrait pour l’hôpital public s’améliore également avec un taux d’absentéisme à 9 %, un chiffre équivalent au taux d’avant la crise sanitaire. « Nous le ressentons en termes de recrutement et de fidélisation des infirmiers et des aides-soignants, mais il est vrai que certains postes sont encore vacants, notamment en psychiatrie, ce qui représente un vrai défi pour notre société, a souligné Arnaud Robinet. Tout n’est pas rose, mais nous avons des signes positifs, il faut accompagner cette dynamique. »

Définir des moyens appropriés

Pour résoudre les problématiques qui touchent directement l’hôpital, impossible, selon Arnaud Robinet, de raisonner isolément. « Dans chaque territoire, l’hôpital public fait partie d’un écosystème, qui inclut le secteur privé, a-t-il rappelé. Il est donc nécessaire de renforcer la coopération et la coordination entre les acteurs. » Dans ce rapport entre les secteurs public et le privé, il encourage d’ailleurs les acteurs, non pas à se considérer comme des concurrents mais plutôt, dans le cadre de combats communs, de déterminer des missions qui leur sont propres et complémentaires, à accomplir par chacun d’eux. « Il faut ensuite que nous soyons financés à la hauteur de ces missions », a-t-il ajouté. D’ailleurs, pour la FHF, qui soutient l’élaboration d’une loi de programmation pluriannuelle en santé, il serait nécessaire de fixer des objectifs sur une période donnée et d’identifier les moyens pour les atteindre. « Aujourd’hui, il est nécessaire de tenir compte de l’ensemble de l’écosystème pour réaliser davantage d’économies tout en permettant l’amélioration de la prise en charge des patients et de la qualité des soins », a-t-il conclu.

Laure Martin


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