Menu actualité

Thématiques

Actualité

“Il faut organiser et structurer les actions pour l’Ukraine afin d’éviter la dispersion”

Publiée - par

L'Association des Maires de France (AMF) appelle les collectivités à se mobiliser pour l'accueil des réfugiés ukrainiens. Christophe Rouillon, maire de Coulaines (Sarthe, 7 895 habitants) et vice-président de l'AMF, répond à nos questions.
Il faut organiser et structurer les actions pour l'Ukraine afin d'éviter la dispersion

© Droits réservés

Vous avez représenté l’AMF à la Conférence des territoires sur la crise ukrainienne qui s’est tenue le 8 mars, sous la présidence du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Comment s’organise l’accueil des réfugiés sur le terrain ?

L’AMF a exprimé le soutien des maires de France et leur solidarité au peuple ukrainien et condamné l’invasion russe en Ukraine au mépris du droit international. Les 35 000 communes de France sont fortement engagées : pavoisement, illumination des bâtiments publics, collectes, accueil de familles. Mais il faut organiser et structurer les dons et l’accueil afin d’éviter la dispersion qui est contre-productive. L’accueil et la gestion locale des réfugiés ukrainiens ont été déconcentrés ; c’est pourquoi les préfets ont été chargés de prendre l’attache des collectivités et ce sont eux les interlocuteurs des maires et présidents d’intercommunalités. Ils sont les pivots qui orientent les familles, ce qui permettra d’avoir une bonne répartition des réfugiés sur le territoire.

Quelles sont les positions de l’AMF ?

La réunion du 8 mars avec Jean-Yves Le Drian et les associations d’élus a été fructueuse et nous avons pu faire passer nos messages, mais l’AMF demande à être associée en permanence à la cellule de crise. Environ 5 000 réfugiés ukrainiens sont déjà arrivés en France, on peut imaginer que ce sera plus dans les semaines qui viennent – ils sont 500 par jour en Allemagne. L’accueil va donc s’inscrire dans la durée ; les collectivités ont besoin d’un cadre clair de l’État, à la fois pour canaliser l’élan de générosité et éviter la désorganisation, mais aussi pour assurer le financement de l’accueil. L’AMF a demandé une garantie du soutien de l’État dans le temps : logement, école, aide alimentaire, délivrance de certificats de travail… Nous souhaitons aussi mobiliser le fonds d’urgence européen REACT-EU. Une nouvelle réunion entre le ministre des Affaires étrangères et les représentants des collectivités territoriales aura lieu avant la fin mars.

Que peuvent faire les collectivités pour l’hébergement ?

Communes et EPCI sont invités à recenser les hébergements communaux et intercommunaux disponibles puis à transmettre ensuite l’information à la préfecture de département et/ou à s’enregistrer en ligne. Il est important que les logements soient équipés, meublés, et que la collectivité s’assure que la durée de mise à disposition de ces logements est suffisamment longue pour accueillir les réfugiés dans de bonnes conditions.

Et pour les dons ?

Je conseille aux communes d’effectuer un don au fonds d’action extérieure des collectivités territoriales (FACECO) géré par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, vers lequel elles doivent aussi diriger les citoyens. Une délibération préalable de la commune ou de l’EPCI est nécessaire pour autoriser l’exécutif à verser tous dons ou aides financières ; elle doit être transmise, dans les délais et formes de droit commun, au contrôle de légalité. Les dons peuvent aussi transiter par la protection civile, ACTED, ou toute autre association à but humanitaire. En revanche, face à la très forte mobilisation des Français, les dons en nature sont difficiles à gérer et il convient de privilégier les dons financiers servant à l’achat de matériels et d’équipements. Les gens ont vidé leur grenier pour donner des montagnes de vêtements pas forcément utiles, alors qu’il y a des besoins en matériel médical et de première urgence. Pour certains produits très spécifiques, la collectivité doit se rapprocher de l’antenne départementale de la Protection civile. Les autres dons matériels peuvent transiter par les associations humanitaires agissant en Ukraine, en fonction de leur capacité d’acheminement.

Il y a également besoin de traducteurs. Quelle est la marche à suivre ?

L’AMF encourage les personnes qui parlent ukrainien à se manifester auprès des autorités locales ou sur la plateforme dédiée à l’hébergement solidaire sur Facebook. Chaque commune, en lien avec la préfecture de son département, pourra ainsi recenser les personnes parlant ukrainien afin de faciliter l’arrivée des réfugiés. Par ailleurs, le gouvernement a créé la plateforme collaborative Réfugiés.info qui permet de s’engager pour écrire ou traduire de l’information pour aider les réfugiés en France, notamment en langue ukrainienne. Nous devons également travailler en liaison avec nos villes jumelées à proximité de l’Ukraine pour faire parvenir l’aide humanitaire dans de bonnes conditions.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

Les maires et présidents d’EPCI peuvent aussi diffuser les informations suivantes

* Pour les particuliers qui souhaitent faciliter l’accueil de réfugiés
Le site https://parrainage.refugies.info/ recense les initiatives (insertion professionnelle, éducation, rencontres/loisirs). Toute personne souhaitant accueillir des ressortissants (hébergement solidaire) peut aussi contacter sa mairie et la préfecture départementale pour un recensement des offres d’accueil possibles.
Le site service-public recense les ONG actives en Ukraine pour des dons financiers sécurisés.
Le site de la protection civile reçoit des dons.

* Pour les entreprises
Un fonds de concours du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères reçoit les contributions financières des entreprises.