Stéphane Corbin, DGS du CD de Gironde : “Nous avons pris des mesures assez impopulaires”

Publiée aujourd'hui à 11h30 - par

L'an dernier, le 6e département de France présentait un déficit de 100 M€ sur un budget de 2 milliards d'euros. Une situation qui avait obligé la CRC à une surveillance rapprochée des comptes du département, sans pour autant le placer sous tutelle. Le DGS du département de la Gironde, Stéphane Corbin, explique comment le département entend remettre les finances à flot.
Stéphane Corbin, DGS du CD de Gironde : “Nous avons pris des mesures assez impopulaires”

© Crédit photo Rémi Lamouret

Pourquoi la Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine vous a-t-elle demandé de revoter le budget que vous aviez voté le 13 avril dernier ?

Nous avons voté ce budget avec l’objectif de poursuivre le plan de retour à l’équilibre tel que nous l’avions arrêté le 1er décembre 2025. Ce budget intègre les dépenses de rattachements, dépenses que nous réglons sur l’ensemble de l’année et non à des moments fixes de celle-ci. Ces 86 M€ de rattachements ont été ajoutés au budget 2026. La CRC a estimé que ces dépenses auraient dû être payées avant, considérant que nous aurions dû les intégrer dans notre compte financier unique (CFU), l’ajoutant ainsi à la dette du département. Nous n’avions pas la même lecture comptable que la CRC. Je crois que le plus important est que nous convergeons dans ce sens et que la vérité des comptes sera celle de fin 2026. C’est la raison pour laquelle nous avons revoté le budget le 8 juin dernier.

Pourquoi la préfète de Gironde, Sophie Brocas, a-t-elle jugé bon de saisir la CRC ?

Le compte financier unique (CFU) est présenté avec un déficit de 38 M€, si l’on rajoute les rattachements (86 M€) et les restes à réaliser (11 M€), ça donne un déficit supérieur à 5 %, ce qui oblige la saisine de la CRC au nom de l’article L. 1612-14 sur le déficit excessif. Quelle peut être la conclusion de cette saisine ? Soit il est considéré que notre CFU est insincère, ce qui me semble peu probable, soit la CRC va rappeler que ces rattachements auraient dû être pris en compte en 2025.

Au-delà des aspects techniques, il est utile de rappeler que la crise financière que vous traversez vous impose un nombre important d’ajustements. Peut-on refaire un état des lieux des efforts demandés ?

Je suis arrivé à mon poste en 2024 et l’effet ciseau budgétaire m’est apparu immédiatement : baisse de nos recettes et hausses des dépenses liées aux prestations universelles de solidarité sur lesquelles on ne peut agir. Nous mettons donc au point un plan de retour à l’équilibre. On fait quelques projections recettes-dépenses, les premières étant par nature volatiles puisque les compensations de l’État sont rarement intégrales et les recettes liées au droit de mutation sont difficiles à évaluer. Sur les allocations individuelles de solidarité, la Gironde est peu compensée par l’État. On pousse à ce que nous le soyons plus, notamment sur le handicap. Sur les mesures d’économie, nous avons fait le choix d’agir sur quatre axes. D’abord, la réduction d’effectif. J’étais ce matin (Ndlr, cet entretien a été réalisé le 15 juin) en réunion avec les organisations syndicales sur ce sujet. En 2025, 255 postes en moins ont été actés, 200 auront lieu cette année, 100 postes en moins sont prévus chaque année en 2027 et 2028, sur un effectif socle de 5 400 agents.

Comment se passent les échanges avec les syndicats ?

Je les trouve très responsables. Ils savent pourquoi nous en sommes là, ils sont conscients des risques pour la collectivité. On essaie de ne pas toucher aux rémunérations, ce qui est essentiel en période d’inflation pour nos agents, et ce d’autant plus que les salaires de la fonction publique n’augmentent plus. Les syndicats sont attentifs au fait que la qualité du service public soit maintenue. Nous veillons donc à ce que les postes supprimés ne déséquilibrent pas trop l’organisation des services.

Le deuxième axe concerne le train de vie…

On parle ici du fonctionnement de l’institution. Il ne doit pas y avoir de méprise, il ne s’agit pas des cocktails organisés par le département : ça fait bien longtemps qu’il n’y en a plus. Le train de vie concerne plus sérieusement l’entretien de nos collèges, de nos routes. Nous allons par ailleurs essayer d’optimiser l’occupation de nos locaux, en évitant de mettre de la climatisation partout, ce qui permettra de faire des économies. Nous renégocions aussi nos contrats énergétiques. C’est sur ces dossiers que nous tentons de faire des économies.

Il est plus compliqué de faire des économies sur les politiques de solidarité…

Nous avons pris des mesures assez impopulaires, sans toucher aux droits, bien entendu, mais pour réduire la dépense. Nous avons décidé de ne payer que le juste droit, à savoir les prestations attendues par les personnes âgées ou en situation de handicap, sans aller au-delà. Nous menons aussi beaucoup plus de contrôles d’effectivité. Nous avons mis en place un système de télégestion sur l’aide à domicile qui permet de bien vérifier que les prestations sont réalisées avant d’être payées. Sur la protection de l’enfance, nous engageons un virage préventif. Je me suis rendu compte que nous étions un des départements qui recouraient le plus aux MECS (Maisons d’enfants à caractère social). On s’est demandé s’il n’y avait pas des formes alternatives. Le prix de la journée dans une maison est de 350 € par enfant ; un placement en famille d’accueil ou chez un tiers de confiance, ce coût tombe à 80 € lorsqu’il y a un accompagnement renforcé en milieu ouvert. Il s’agit d’optimiser les dépenses tout en maintenant une continuité de service efficace sur un sujet où il est hors de question de baisser la garde.

D’autres ajustements sont-ils en œuvre sur ces politique de solidarité ?

Le département de Gironde est très vertueux sur les mineurs non accompagnés. Mais nous allons là aussi baisser la voilure. Ce n’est pas qu’il n’y en ait plus, mais il y en a moins. Nous avions mis en place des dispositifs très structurés, on ne se contentait pas de leur mettre des chambres d’hôtel à disposition. Le fait qu’il y ait en ait moins nous permet de faire des économies. Je ne vais pas rentrer dans le détail de ce que nous faisons, 95 mesures ont été adoptées en tout.

Qu’en est-il des subventions accordées aux associations ?

Sur les aides apportées aux associations dans les domaines du sport, de la culture et autres, nous avons suivi la recommandation de la CRC avec une baisse de 50 % des aides. Sur certaines structures, je pense à celles qui viennent en aide aux victimes au sens large, et notamment de violences sexistes et sexuelles, les aides ont été maintenues à 100 %. Ce qui signifie que sur d’autres associations, le soutien financier a été interrompu. Nous avons décidé ainsi de plus financer Gironde tourisme et Gironde ressources.

Des projets ont-ils été arrêtés, suspendus ou remis à plus tard ?

Nous nous étions engagés dans une forte politique de rénovation des collèges et de construction de nouveaux établissements. Les deux derniers qui étaient prévus ne le seront pas tant que le plan de redressement sera en cours. Mais ce ralentissement n’a pas d’effet sur notre volonté de poursuivre l’action que nous menons pour les collégiens. Un autre paramètre doit être pris en compte : la décroissance du nombre de collégiens, qui nous aurait forcément obligés, même si nous n’étions pas dans la situation de crise budgétaire actuelle, à nous réinterroger sur l’occupation de nos collèges.

Propos recueillis par Stéphane Menu

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