Covid-19 et solidarités locales : les initiatives locales de solidarité fleurissent

Lutte contre les exclusions

Proposer un temps de répit aux parents d’enfants handicapés, amener le spectacle dans des communes rurales, mettre en relation des personnes âgées et des conducteurs pour conserver une mobilité… La pandémie a révélé une « aspiration aux solidarités locales ».

Une note de la Fondation Jean-Jaurès publiée début février met à l’honneur l’initiative « Solutions solidaires », lancée depuis 2018 par des collectivités départementales et qui s’est révélée être « un outil en phase avec les perceptions, les débats et les attentes nés durant la pandémie », écrit Nicolas Bouillant, président de l’Observatoire des expérimentations et de l’innovation locales au sein de la fondation. Revue de détail de quelques initiatives :

« La Calmie » pour les parents d’enfant handicapés

Dans la métropole bordelaise, le programme La Calmie propose depuis juillet 2020 une solution de répit pour les familles d’enfants et de jeunes en situation de handicap. Les enfants, âgés de 3 à 18 ans, sont accueillis tous les samedis ainsi que trois jours par semaine pendant les vacances dans un lieu encadré par des professionnels. 

« La crise sanitaire a été un accélérateur pour proposer une solution de répit hors du domicile familial pour les parents » qui se sont retrouvés lors du confinement avec des établissements d’accueil fermés, raconte Sylvie Meunier, présidente du Collectif Handicap de Gironde.

« Une structure comme celle qui est proposée ici manquait terriblement », confie un parent sur le site de l’association. « Le handicap et la maladie ne prennent malheureusement pas de vacances, nous aurons encore régulièrement besoin de recharger les batteries. » 38 familles (51 enfants) ont pu profiter du dispositif « co-construit avec elles », insiste Sylvie Meunier.

« Un été 100 spectacles » pour recréer du lien

Entre les deux confinements, le département de l’Aude et l’association Arts vivants 11 ont proposé « un été 100 spectacles ». Théâtre, cirque, marionnettes, ciné-concerts et ateliers de sensibilisation pour les enfants… en tout 71 spectacles montés par 36 compagnies audoises ont été présentés dans des communes de moins de 3 000 habitants à un moindre coût grâce à une participation du conseil départemental et à un effort des compagnies. 

« Dès mars 2020, on a observé l’impact très lourd de la fermeture des lieux culturels dans un département où ont lieu 1 500 événements par an. On a jaugé à 90 % les annulations de spectacles en raison de la pandémie », témoigne Benoît Diedrich, chargé de la communication au sein d’Arts Vivants 11. Avec cette diffusion « en circuit court » de la culture, « l’idée était de soutenir l’emploi des artistes et techniciens locaux (entre 400 et 500 dans l’Aude), de défricher des territoires nouveaux, d’imprimer un élan de solidarité entre artistes, collectivités et grand public, de rassurer et de recréer du lien social », insiste M. Diedrich.

« Conduire l’auto du retraité », rompre son isolement

Dans le Lot-et-Garonne, le programme CAR 47 (« conduire l’auto du retraité ») veut lutter contre l’isolement des personnes âgées, leur permettre de conserver leur mobilité lorsqu’elles vivent dans des communes dépourvues de transports publics. L’idée est résumée par le fondateur Jean-Alain Trimouille : « quand on ne peut plus faire son jardin, on prend un jardinier, quand on ne peut plus faire son ménage, on prend une aide-ménagère, quand on peut plus conduire, on prend un chauffeur ».

L’association, soutenue là encore par les collectivités locales, met donc en relation des personnes isolées qui ont une voiture et des chauffeurs, souvent de jeunes retraités rémunérés grâce au système des chèques emploi service universel (CESU). La voiture doit être en bon état, les capacités du chauffeur sont validées par un passage en auto-école et un protocole est établi : 215 l’ont été à ce jour rien que dans le Lot-et-Garonne, mais d’autres départements se sont montrés intéressés. « Au niveau national, cela pourrait concerner entre 25 et 30 000 personnes », selon les calculs de Jean-Alain Trimouille.

« L’aspiration au local s’impose comme l’une des grandes tendances de la crise sanitaire et le sera également certainement dans "l’après-crise", conclut Nicolas Bouillant, accentuant ce besoin d’une "République des proximités" ».

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