Luz-Saint-Sauveur : savoir surmonter les contraintes de la montagne

Marchés spécifiques

Luz-Saint-Sauveur effectue une correction sur le lit du torrent de l’Yse pour éviter toute nouvelle crue. Un petit marché criblé de contraintes naturelles et légales.

Un peu plus d’un millier d’âmes au pied du Pic du Midi, du Col du Tourmalet et du cirque de Gavarnie. La petite commune de Luz-Saint-Sauveur doit gérer les aléas d’une situation de vallée, traversée par trois cours d’eau : le gave de Gavarnie, le gave du Bastan et le torrent de l’Yse. En 2002, la rupture d’un ouvrage d’EDF a provoqué une crue importante de l’Yse. « Nous avons eu un contentieux avec EDF assez long pour obtenir réparation. Mais même après ces travaux, la rivière était fragilisée. D’autant qu’ensuite, il y a encore eu une crue, naturelle cette fois. » Les bords de l’Yse ont été fortement dégradés sur la zone habitée. Pour contenir d’éventuelles crues, la commune de Luz-Saint-Sauveur a décidé de lancer une procédure adaptée pour des travaux de correction torrentielle. Pour la maîtrise d’œuvre, elle fait appel au service de restauration des terrains de montagne (RTM) dépendant de l’Office national des forêts (ONF) : « Il participe déjà au plan de prévention des risques en montagne. Et il nous avait déjà conseillé face à EDF lors de la crue artificielle. Il a également eu un rôle de conseil sur ce marché, c’est l’avantage par rapport à un maître d’œuvre privé », explique Claire Bennassar, directrice des services de Luz-Saint-Sauveur.

Le service de RTM a préconisé trois grands axes : le confortement des berges avec la réalisation d’en rochements, c’est-à-dire la création d’une sorte de mur de rochers, imbriqués les uns dans les autres (enrochement libre) ou avec du béton (enrochement bétonné) ; des reprises en sous-œuvre sur les anciennes murettes construites au cours de l’histoire par les habitants pour se protéger, ainsi que sur les piles des ponts et enfin la construction d’un ravier de fond de lit par enrochement afin de laisser glisser le charriage.

Un temps d’intervention limité à cinq mois

Un marché difficile, car il doit être réalisé dans un temps très court. « On ne peut rien entreprendre avant juillet à cause de la fonte des neiges. Elles rendent le débit des torrents très fort… et puis en novembre, on doit s’arrêter ! », poursuit la directrice. Un marché que la commune lance un peu tard au vu des contraintes.

Claire Bennassar reconnaît : « Nous voulions commencer par des travaux en aval mais nous n’avons pas pu. Donc nous avons décalé le planning et commencé par ce marché-là. » L’annonce est publiée le 29 juillet pour une remise limitée au 17 août et un début des travaux en septembre, pour un achèvement avant la trêve hivernale imposée. « Nous voulions une consultation large, donc nous avons décidé de publier l’avis d’appel public à concurrence dans le journal et sur le site internet du BOAMP pour obtenir une meilleure visibilité de l’annonce. »
Peine perdue. Seules deux entreprises locales y répondent. « Nous avons eu le problème du délai, et les sommes n’étant pas énormes, les entreprises éloignées n’ont pas été forcément intéressées. En plus, la correction torrentielle est un domaine très spécialisé », explique Claire Bennassar. La mairie a fixé les critères de sélection à 50 % sur la valeur technique et 50 % sur le prix. La SBTP a remporté le marché pour un montant de 92 500 euros. Elle a dû toutefois suspendre la réalisation. En montagne, le temps d’intervention en lit de torrent est particulièrement limité.

Entretien avec Arnaud Trin, Directeur adjoint des services de restauration des terrains de montagne de Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques

« La qualité du travail dépend des conducteurs d’engin »

HA : Comment avez-vous déterminé les besoins de l’Yse ?

Arnaud Trin : L’étude technique a duré un mois en tout. Ce ne fut pas très long car nos techniciens connaissent très bien le ruisseau. Ils vivent tout près depuis longtemps. La RTM (Restauration des terrains de montagne, ndlr) travaille depuis plus d’un siècle en montagne. Et c’est aussi pourquoi nous sommes l’interlocuteur privilégié des élus. Nous recensons tous les événements naturels depuis 150 ans, les inondations, les crues, les avalanches, les glissements de terrain, leur date, à quel endroit exactement, quel volume d’eau, etc.

HA : Quelles sont les différences avec les marchés précédents ?

A.T. : Des contraintes ont été ajoutées depuis quelques années, liées au Code de l’environnement. Désormais, la loi sur l’eau empêche de travailler dans les ruisseaux à partir du 1er novembre. On a donc dû tout arrêter, enlever les pelles mécaniques et attendre ! Et en montagne, la neige persiste jusqu’à fin mai. Ce qui laisse une courte période pour réaliser les travaux.

HA : Cette contrainte ne pouvait-elle pas être prévue ?

A.T. : C’est difficile à cause des montages administratifs et financiers. Avant tout projet, il faut qu’un cabinet d’étude réalise une enquête sur l’impact des travaux sur la faune et la flore.

Et sa durée n’est pas prévisible. Elle ne peut pas dépasser deux ans, c’est tout. Évidemment, ça conditionne la période de réalisation. Il faut concilier fin de l’étude, durée des travaux et période de délai des aides financières.

HA : Où sont les écueils sur ce type de marché ?

A.T. : Déjà, il faut bien regarder les préconisations du bureau d’étude qui peuvent parfois imposer des contraintes importantes sur les techniques envisagées. Mais il y a une chose très importante à prendre en compte : la qualité du travail ne dépend pas que de l’entreprise mais aussi des conducteurs d’engins. Ce n’est pas parce qu’une entreprise est saine et pérenne que les chauffeurs sont spécialisés dans ce type de travaux particuliers. Par exemple, il faut bien faire attention à la pente de la berge, au fruit de l’enrochement (mur de rochers imbriqués les uns dans les autres, ndlr), au choix des blocs d’enrochement, à l’intégration des blocs entre eux et veiller à ce que le pavage soit régulier…

HA : Quels sont les risques ?

A.T. : Avec un enrochement libre, si c’est mal réalisé, on a un risque d’infiltration et avec l’enrochement bétonné, on va devoir rajouter des mètres cubes de béton pour rien. Il y a aussi par exemple le batardeau qui sert de petit barrage durant les travaux. Il doit être bien réalisé pour pouvoir travailler sereinement.

HA : Comment éviter ces erreurs ?

A.T. : Il faut non seulement demander des références, mais surtout aller sur place, observer les réalisations des autres chantiers de l’entreprise. Là, même si vous êtes novices, vous pouvez vous rendre compte de la qualité du travail rendu.

HA : Seules deux entreprises ont répondu au marché. Est-ce que la localisation est un inconvénient ?

A.T. : Ce n’est pas un handicap, car comme je l’ai dit l’expérience est très importante. Les pellistes locaux sont vraiment spécialisés. Il vaut mieux parfois deux ou trois petites entreprises locales habituées à ce type de travaux que de grosses entreprises où le génie civil d’aménagement de cours d’eau ne représente que 5 % de leur activité.

CONTACT
Arnaud Trin
Service RTM Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques
Tél. : 05 62 44 20 50

arnaud.trin@onf.fr

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