La solitude, une « double peine » pour les personnes handicapées ou malades

Personnes handicapées

Un tiers des personnes handicapées ou souffrant d’une maladie chronique se sentent seules, contre 22 % de la population générale, révèle une étude publiée ce lundi 3 décembre 2018 par la Fondation de France, qui appelle « l’ensemble du corps social » à « s’adapter » pour mieux accueillir ces personnes isolées.

À travers cette étude du Crédoc, « nous avons voulu lever le voile sur ce phénomène de double peine, qui reste largement invisible », a expliqué à l‘AFP Laurence de Nervaux, de l’Observatoire de la Fondation de France.

Les personnes souffrant d’une maladie chronique et/ou d’un handicap représentent un quart de la population française

Or 33 % d’entre elles (contre 27 % dans l’ensemble de la population) n’entretiennent d’interactions qu’avec un seul des cinq réseaux de sociabilité (famille, amis, voisins, collègues, membres d’associations), ce qui les rend « socialement très vulnérables », révèle le document. En outre quelque 32 % des personnes concernées disent se sentir seules, et huit sur dix en souffrent.

Pour ces personnes, « l’isolement exacerbe les sentiments négatifs », dans « tous les pans de leur quotidien », commente Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France. « Elles ont une mauvaise estime d’elles-mêmes, ce qui impacte leur vie professionnelle et le lien qu’elles entretiennent avec leur entourage », ajoute Mme Davezac, évoquant un « cercle vicieux ».

Pour affiner leur analyse, les auteurs ont mené des entretiens qualitatifs avec 22 personnes souffrant d’un handicap et/ou d’une maladie chronique. « Quand j’étais en bonne santé, (…) j’avais pas mal d’amis, et depuis que j’ai fait un infarctus, on prend plus de nouvelles », déplore ainsi Jean-François, 51 ans, seul et sans enfant, handicapé et malade.

« Les journées sont très longues quand on ne travaille pas. Je suis toute seule 24h/24 », raconte de son côté Dominique, 54 ans

L’isolement est parfois choisi. Mais il résulte aussi souvent des conséquences de la maladie ou du handicap qui obligent à renoncer à des moments de sociabilité. Ou bien il est la conséquence d’un repli sur soi – 51 % des personnes isolées limitent certains contacts avec leurs proches par crainte d’être un poids pour eux -, voire d’une défiance envers les proches, lorsque la personne estime ne pas avoir été assez soutenue par le passé.

Face à ce constat, « il n’y a pas de fatalité, il faut des démarches volontaristes, en allant vers les personnes concernées », et en agissant pour « changer le regard de la société sur le handicap », soutient Mme de Nervaux. L’étude qualitative a été réalisée en mai-juin 2018 auprès de 3 586 personnes de plus de 18 ans, sélectionnées selon la méthode des quotas, et de 72 personnes résidant dans des établissements médico-sociaux.

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