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Benjamin Hus

Directeur général des services (DGS) du département du Nord

Benjamin Hus

Crédit photo : Droits réservés

à propos de

Prénom : Benjamin

Nom : Hus

Fonctions : Directeur général des services (DGS)


Organisme : Département du Nord

« Quand on porte des projets, quand on souhaite impulser une dynamique nouvelle, il faut avoir conscience des résistances, ne pas les nier. Elles sont multiples, et ont plein de raisons différentes. Il faut garder suffisamment de force pour aller au bout du projet, surtout si on a la conviction qu’il est bon pour le collectif. »

Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Benjamin Hus : Je suis directeur général des services (DGS) du département du Nord depuis septembre 2018. J’étais auparavant DGS à la ville de Tourcoing. Né à Roubaix, j’ai suivi mes études supérieures dans le Nord, à Sciences Po Lille avant d’intégrer l’Institut régional d’administration de Lille. J’ai alors rejoint la Caisse des Dépôts. Je me destinais plutôt au concours de l’ENA avant de rejoindre les collectivités territoriales.

 

Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?

Benjamin Hus : Il y a au fond une double dimension au métier de DGS. C’est d’abord une « gare de triage » : notes, parapheurs, comptes rendus, courriers, informations essentielles, non seulement destinés au Président, à l’autorité territoriale, mais également à destination des services eux-mêmes. Il y a ce travail de ventilation, accompagné des instructions et arbitrages attendus des services.

Mais ce serait réducteur de s’arrêter là. Le DGS est aussi un « chef d’orchestre ». En ce sens, il dirige l’administration, toujours en accord avec l’autorité territoriale, en cherchant la cohésion ; il impulse, il porte à son niveau des projets prioritaires, il est facilitateur. Et par-delà la partition, il peut aussi incarner un style, des valeurs, innover.

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Benjamin Hus : La résilience, en particulier dans ces temps troublés, marqués par l’incertitude et l’imprévisibilité. Lorsque j’ai pris mes fonctions, en septembre 2018, j’ai été immédiatement confronté à plusieurs évènements marquants : le projet de métropolisation, c'est-à-dire le transfert sur un périmètre défini, des compétences du département ; la crise de la protection de l’enfance, qui était aussi un problème national ; et le département avait été victime d’une escroquerie. Sur chacun de ces trois évènements, nous avons su rebondir, dépasser les difficultés, en tirer des leçons. C’est très formateur, et cela révèle aussi l’obligation de tenir et de s’adapter. Et puis, la crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui rappelle la nécessité de la résilience.

Il faut aussi, de l’enthousiasme : pour les jours heureux, comme pour les périodes plus compliquées, pour porter les projets, pour motiver les équipes.

J’ajouterai l’humilité, surtout quand on prend de telles responsabilités à mon âge, il faut savoir garder la tête sur les épaules, admettre qu’on ne sait pas tout, beaucoup travailler pour gagner en légitimité, et s’appuyer sur les personnes clefs d’une équipe.

Qu’est-ce qui vous fait lever chaque matin ?

Benjamin Hus : Je suis viscéralement attaché au contact humain. C’est la rencontre de l’autre qui me fait avancer, qui me nourrit. Je tiens à faire beaucoup de terrain, pour rencontrer les collègues directement sur site. Avant la crise sanitaire, j’avais l’habitude d’organiser des « déjeuners du DGS », une fois par mois, afin d’échanger librement, en toute franchise avec les agents, sans le poids de la hiérarchie. Nous avons remplacé cela par des « café visio ». Je ressens systématiquement une belle énergie de mes visites et de mes rencontres.

Quel est le projet qui vous a le plus marqué et dont vous êtes le plus fier ?

Benjamin Hus : Nous avons mis en place, à mon arrivée au département et sous l’impulsion des élus et de collaborateurs enthousiastes et moteurs, un programme ambitieux pour favoriser le retour à l’emploi des allocataires du RSA.

Nous avons saisi l’opportunité du Plan pauvreté signé avec l’État pour créer 7 maisons départementales de l’insertion et de l’emploi, pour recruter des coachs Emploi, chargés d’accompagner de manière intensive les nouveaux allocataires…

Nous enregistrions environ 115 000 allocataires en 2015, nous atteignions 100 694 en février 2010, à la veille de la crise sanitaire. Nous avons créé de très belles histoires individuelles et collectives.

Le Nord est un département contrasté ; disposant d’atouts économiques forts, mais confronté à une grande pauvreté. 70 % des enfants confiés au département, dans le cadre de l'aide sociale à l’enfance, sont issus de parents allocataires du RSA. Favoriser leur retour à l’emploi, c’est construire une meilleure insertion dans la société, et c’est agir sur la parentalité.

Tout l’enjeu est de poursuivre la dynamique (même en cette période compliquée, il existe des offres d’emploi) en nous appuyant encore davantage sur les réseaux d’entreprises. Nous avons un immense défi en tant que collectivité publique : c’est de mieux comprendre le monde entreprenarial pour mieux accompagner, demain, nos allocataires du RSA. En tous les cas, il n’y a pas de fatalité.

Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?

Benjamin Hus : J’ai souhaité engager l’administration départementale dans une démarche durable. À côté d’objectifs de verdissement des politiques publiques, nous portons dix engagements forts pour une « administration durable », comme la facilitation de l’usage du vélo, la réduction des impressions, le réemploi...

Je souhaite également engager l’administration dans une démarche zéro déchet. Le département du Nord, ce n’est pas n’importe quel employeur. Il a une responsabilité forte. Mon rêve est que cet engagement d’une administration durable devienne totalement irréversible, et soit demain au rendez-vous des enjeux climatiques.

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

Benjamin Hus : Gérald Darmanin, alors maire de Tourcoing, Il m’a fait totalement confiance en me nommant DGS alors que je n’avais pas 30 ans. Pour moi, c’est véritablement l’école de l’exigence. Gérald Darmanin rappelait souvent qu’il ne servait pas à grand-chose de transformer des quartiers entiers d’une commune, d’y dépenser des millions, si on ne s’attaquait pas à ce qui fait le quotidien des habitants. Il était très attaché à changer l’image de sa commune, en particulier en luttant contre les dépôts sauvages, les panneaux tordus… Et il débordait également d’idées pour sa ville ! Au fond, la « chasse aux irritants » que j’ai engagée au département, les visites de terrain très régulières proviennent de mon apprentissage à ses côtés.

La rencontre avec Jean-René Lecerf est très marquante également, dans la mesure où il m’a également fait une immense confiance. Je n’avais pas 30 ans lorsque j’accédai au poste de DGS du plus grand département de France. Je me rappelle l’émotion de ma première réunion à l’Assemblée des départements de France, avec mes homologues, souvent bien plus âgés (et expérimentés). Jean-René Lecerf, c’est aussi la rencontre à la fois d’un humaniste, très impliqué sur les questions pénitentiaires lorsqu’il était parlementaire par exemple, mais aussi d’un très fin connaisseur des dossiers.

Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?

Benjamin Hus : J’aime beaucoup cette citation de Confucius : « Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire. »

Quand on porte des projets, quand on souhaite impulser une dynamique nouvelle, il faut avoir conscience des résistances, ne pas les nier. Elles sont multiples, et ont plein de raisons différentes. Il faut garder suffisamment de force pour aller au bout du projet, surtout si on a la conviction qu’il est bon pour le collectif.

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?

Benjamin Hus : La crise sanitaire est assurément le témoignage d’un changement profond : de nos modes d’organisation du travail, de notre façon de vivre même. Elle questionne sur notre propre vulnérabilité. Depuis un an, nous avons traversé des moments de tension extrême, à la recherche de masques notamment. Il y avait l’enjeu de protéger nos collègues, tout en assurant la continuité des services publics. Nous avons fait preuve d’innovation, en simplifiant nos procédures, en imaginant des solutions alternatives. Le saut dans le vide que nous avons accompli en matière de digitalisation est assez remarquable. Nous comptions 700 agents expérimentant le télétravail y a un an, nous en sommes à 3 200 aujourd’hui. La crise est un accélérateur des transformations que nous avons engagées au département.

Un autre changement qui a impacté ma carrière est l’arrivée à un poste à l’échelon départemental. Après le bloc communal, j’ai découvert une institution forte de son maillage territorial, en proximité avec les usagers, mais également dotée de ressources humaines de très grande qualité. Cela m’a définitivement convaincu de toute la pertinence de l’échelon départemental.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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