L’assurance maladie propose du « sur mesure » pour les personnes qui renoncent à se soigner

Santé

Difficile à estimer, le renoncement aux soins n’en reste pas moins une réalité pour bon nombre de Français, confrontés à des restes à charge trop importants et à un manque d’informations. L’assurance maladie veut les repérer et leur proposer un accompagnement « sur mesure ».

L’assurance maladie compte, pour remédier aux renoncements aux soins, sur la généralisation à tout le territoire, d’avril 2017 à mi-2018, d’un dispositif jusqu’alors testé dans une vingtaine de départements et présenté mardi 28 mars lors d’une conférence de presse.

Selon une étude de l’Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore) datée de 2016 menée auprès de 29 000 assurés dans 18 caisses d’assurance maladie, plus d’un quart auraient renoncé à des soins.

« Un chiffre à prendre avec précaution », selon l’assurance maladie, mais qui témoigne « de la réalité » du phénomène.

Variable selon les territoires (33,8 % dans la Drôme contre 19,7 % dans le Hainaut), le renoncement aux soins concerne majoritairement des femmes (58,6 %), des personnes vivant seules (36,6 %), ou les familles monoparentales (17,7 %).

Sans surprise, dans 3 cas sur 4, les obstacles rencontrés sont financiers, surtout en l’absence d’une complémentaire santé.

Mais « la méconnaissance » du système est également un frein, a fait valoir le directeur général de l’assurance maladie, Nicolas Revel, rappelant les faibles taux de recours aux aides existantes comme la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) ou l’ACS (aide à l’acquisition d’une complémentaire santé).

« Même une fois doté d’une complémentaire », l’assuré a parfois « besoin de guidance pour se repérer dans l’offre de soins et surmonter » des restes à charge trop importants, en particulier pour les soins dentaires, optiques et auditifs.

Or « les personnes qui renoncent à des soins n’évoquent que rarement leurs difficultés si on ne les questionne pas sur ce plan, soit par honte », soit parce qu’elles ont fini par « vivre avec » ce renoncement ou « parce qu’elles ne conçoivent pas que des solutions puissent exister », explique l’assurance maladie.

Accompagnement cousu main

Né d’une expérimentation débutée à Nîmes (Gard) en 2014, le dispositif vise d’abord à identifier ces personnes, grâce à des agents formés à détecter les difficultés, et en s’appuyant sur un réseau de partenaires (professionnels de santé, travailleurs sociaux, Pôle Emploi…) à même d’en signaler.

Ensuite, les caisses proposent à l’assuré un accompagnement « cousu main à trois niveaux » : bilan exhaustif et explicatif de ses droits (comme la possibilité de recourir à l’ACS), orientation dans le système de soins (où trouver un gynécologue ?), et assistance dans l’élaboration d’un montage financier pour les dépenses trop lourdes (examen des devis, octroi d’une aide d’action sanitaire et sociale de la caisse, recherche d’aides complémentaires).

Grâce à ce dispositif, Geneviève H., retraitée mariée de 66 ans, a pu réaliser les soins prothétiques dentaires nécessaires à son inscription sur la liste des receveurs potentiels pour une greffe. « Elle a été détectée en accueil car elle dépassait tous les plafonds d’aides et de secours et ne pouvait faire face » aux dépenses malgré son adhésion à une assurance santé, détaille l’assurance maladie.

Elle a ainsi obtenu une dotation d’environ 1 250 euros via le fonds d’action sanitaire et sociale de sa caisse, tandis que le chirurgien-dentiste a accepté trois règlements au fur et à mesure des remboursements.

Sur les 9 400 dossiers ouverts pendant l’expérimentation, « près d’un sur trois a abouti à la réalisation effective de soins » et « moins d’un sur deux » est encore en cours de traitement, pour un accompagnement de 71 jours en moyenne. Sur l’ensemble des dossiers clôturés, 19 % ont permis un accompagnement pour un montage financier.

Plus d’un quart des dossiers (26 %) se sont traduits par l’attribution de la CMU-C ou de l’ACS, 18 % par un accès à une complémentaire ou un changement de complémentaire.

Exerçant dans un milieu difficile à Strasbourg, le président du syndicat des remplaçants et jeunes généralistes d’Alsace (Agjir), Yannick Schmitt, a salué auprès de l’AFP un dispositif qu’il utiliserait « souvent ». « C’est important que ces personnes soient suivies dans le temps, elles baissent facilement les bras. »

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