Le confinement a accentué les inégalités d’accès aux soins

Santé

Le premier confinement a accentué les inégalités d’accès aux soins avec un renoncement à consulter un médecin plus marqué chez les catégories les plus fragiles, selon les premiers résultats d’une enquête scientifique consultés par l’AFP.

La crise sanitaire liée au Covid-19 et le confinement de mi-mars à mi-mai 2020 ont eu « un impact certain sur le recours à des consultations et à des actes médicaux » avec 60 % de personnes qui ont indiqué ne pas avoir réalisé « au moins un soin ou acte dont elles avaient pourtant besoin », écrivent les auteurs de cette étude menée sous l’égide de l’Assurance maladie et de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), en partenariat avec le laboratoire HP2 et la société VizGet.

Selon cette enquête en ligne menée de juillet à septembre 2020 et à laquelle plus de 7 000 assurés sociaux ont répondu, en temps normal 25 % des personnes interrogées déclarent avoir reporté ou renoncé à au moins un soin dans les 12 mois précédents.

En détaillant par besoin de soins, 39 % de l’échantillon indique avoir renoncé à ou reporté une consultation de médecin généraliste. Viennent ensuite les consultations de spécialistes (25 %), les soins dentaires (23 %) et les actes de biologie et/ou d’imagerie (15 %). Les consultations de médecins spécialistes qui ont été « le plus reportées ou renoncées » sont celles en gynécologie (18 %), ophtalmologie (17 %), dermatologie (11 %), cardiologie (11 %), rhumatologie (10 %), gastroentérologie (10 %) et psychiatrie (7 %).

Les raisons les plus évoquées par les personnes pour expliquer ces renoncements sont « l’impossibilité matérielle de les réaliser » avec des cabinets ou structures de soins fermés, une prise de rendez-vous ou téléconsultation impossible, la crainte d’une contamination éventuelle par le coronavirus et « la volonté de ne pas surcharger les professionnels de santé ».

« Défavorisation sociale »

Dans son dernier rapport « Charges et produits », l’Assurance maladie constate un recul spectaculaire des dépenses de soins de ville au cours du premier confinement: – 80 à – 90 % pour les consultations d’ophtalmologues et dentistes, – 60 % pour les spécialistes, – 30 % pour les généralistes.

De même, le troisième rapport Epi-Phare sur l’usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de Covid-19 pointe une sous-consommation de médicaments pour les pathologies chroniques au début du premier confinement, avant un retour à une consommation plus normalisée, ainsi qu’une baisse de 35 % à 71 % pour les vaccins.

La Dress, le service statistique des ministères sociaux, rappelle dans un dossier sur le « non-recours aux prestations sociales » paru en juin 2020 que les motifs de renoncement aux soins peuvent être liés « à l’organisation du système de soins lui-même (répartition géographique et densité de l’offre de soins) » ou à des « contraintes individuelles (financières, sociales et culturelles) ». On parle dans ces situations de « renoncement barrière ».

Dans l’étude Assurance Maladie/Odenore, le phénomène de renoncement aux soins a plus souvent été observé chez les femmes. Il se retrouve aussi chez « les personnes présentant différents indicateurs de défavorisation sociale (situation de monoparentalité, inactivité hors retraités, précarité multidimensionnelle) ». Les chercheurs soulignent que « les personnes qui déclarent le plus ne pas avoir réalisé des soins malgré des besoins, au cours du premier confinement, sont celles qui ont connu une baisse des revenus et/ou une hausse des dépenses du ménage pendant cette période ».

« On voit à quel point les fragilités sociales et sanitaires se cumulent. Les populations, qui ont été les plus renonçantes, ont à la fois des formes de précarité multidimensionnelle et des problèmes de santé », explique à l’AFP l’une des coauteurs de l’étude, Héléna Revil, chercheure en sciences politiques à l’université de Grenoble-Alpes et responsable scientifique de l’Odenore.

« La crise a touché tout le monde, mais a été plus fortement ressentie chez les populations pour lesquelles une fragilité préexistait », conclut l’étude, qui est consultable en ligne.

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