Les médecins du travail aux avant-postes des inquiétudes sur le coronavirus

Santé

« Le coronavirus est au menu d’une consultation sur deux » : Bernard Salengro, médecin du travail dans la région de Nice, voisine de l’Italie très touchée par le coronavirus, est comme ses collègues assailli de questions depuis une semaine.

« On donne des conseils de bons sens : se laver les mains fréquemment, ne pas serrer la main de ses interlocuteurs, limiter les déplacements dans les zones à risque », énumère Anne-Marie Chartier, présidente du Syndicat des médecins du travail et médecin dans le plus gros service interentreprise de France, l’ACMS, présent dans les huit départements d’Île-de-France.

Les questions sont plus pressantes sur les zones aéroportuaires d’Orly et Roissy où les salariés sont au contact de passagers et de bagages provenant de zones à risques, relève-t-elle. Des CSE (comité social et économique) extraordinaires se sont tenus dans ces zones, dans les services de sécurité notamment. « Les agents de sécurité ont reçu pour consigne d’éviter le face-à-face, de ne pas se tenir trop près des personnes contrôlées… mais il n’y a pas de risque zéro », résume Mme Chartier.

Très vite, l’ACMS a transmis aux médecins du travail un protocole strict avec trois questions clés : venez-vous d’une zone à risque (Chine, Hong Kong, Lombardie, Vénétie, etc.) ? Avez-vous des symptômes respiratoires? Avez-vous de la température ?

En cas de réponse positive à la première question et à l’une des deux suivantes, le médecin doit donner un masque chirurgical et appeler le 15.

« Nous appliquons évidemment les consignes du gouvernement, mais celles-ci évoluent constamment et on n’a pas toutes les réponses », observe-t-elle.

« Je n’ai pas de réponse pour les femmes enceintes ou les diabétiques : doit-on leur éviter les transports en commun, qui sont des lieux confinés ? », interroge Anne-Marie Chartier. « Le télétravail peut leur être conseillé ».

Consignes

Le médecin du travail a un rôle exclusif de prévention et de relais des consignes du gouvernement et ne peut prescrire d’arrêt de travail, contrairement au médecin traitant.

En revanche, par ses conseils, il peut faire barrage à la contamination et « dépaniquer certaines entreprises », relève le Dr Salengro. « Une grande entreprise de BTP a même embauché un infirmier pour prendre systématiquement la température des salariés, c’est inutile ».

« En revanche, il faut absolument éviter les contacts, les bisous, serrer les mains, surtout dans les entreprises qui ont beaucoup de personnel qui voyage », souligne-t-il. « Les commerciaux par exemple sont très concernés : serrer la main fait partie de la démarche commerciale ».

Lui-même s’abstient avec ses patients et se tient prêt à mettre un masque FFP2, qui protège de l’infection, s’il reçoit un patient fiévreux.

« Je ne suis pas très favorable à la téléconsultation, sauf si on connait très bien le patient », confie-t-il. « Ici à Nice, nous avons beaucoup de travailleurs de Roumanie, Moldavie, du Maghreb ou du Portugal qui ne parlent pas bien français et le vis-à-vis me semble irremplaçable pour poser un diagnostic ».

Déficit de médecins du travail

Les entreprises se préparent déjà à la phase 3, épidémique en mettant en place des « plans de continuité ».

« La phase 1 c’est empêcher que le virus rentre sur le continent, la phase 2 c’est éviter qu’il se répande, la phase 3 c’est lutter contre les effets de la maladie et faire en sorte que la vie continue », résume Brigitte N., infirmière du travail dans une grande entreprise qui compte de nombreux salariés expatriés.

« On demande aux chefs de service de recenser qui peut télétravailler, les salariés vulnérables pour qui c’est préférable, les matériels disponibles… « , détaille-t-elle.

Une cellule de prévention réunit tous les jours le service médical, la direction et les chefs de service pour faire le point.

« Nous sommes très, très sollicités, par téléphone, par mail, par des collaborateurs inquiets », explique-t-elle.

« Les médecins du travail sont un maillon essentiel mais font face à un déficit en personnel alarmant », note Bernard Salengro, qui est également président d’honneur de l’ACMS.

La France ne dispose plus que de 5 à 6 000 médecins du travail, contre 10 000 dans les années 90, et ils devraient passer sous la barre des 3 000 en 2022, selon la Société française de médecine du travail.

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