L’Observatoire des finances et de la gestion publiques locales (OFGL) a publié fin mai 2026 une étude intitulée « Cap sur les centres de santé gérés par les collectivités locales », ce modèle d’exercice collectif et pluriprofessionnel de la médecine reposant sur le salariat des professionnels exerçant dans le centre, y compris les professionnels de santé. Cette étude décrit ces structures, leurs particularités, ainsi que leurs enjeux financiers associés.
Des centres qui accueillent une population plutôt précarisée
En 2024, 225 collectivités locales portaient 324 centres de santé, principalement des communes, mais aussi des intercommunalités, des départements (20) voire des régions (3), par l’intermédiaire d’un groupement d’intérêt public (GIP) pour ces dernières. Les centres de santé sont historiquement implantés dans la première couronne parisienne. Ils y ont acquis une envergure très importante en termes de budget et d’effectif. Ce modèle n’est pas nouveau, mais les centres de santé connaissent un fort regain d’intérêt ces dernières années. Près de la moitié (47 %) des structures ont été ouvertes depuis 2020. Et de plus en plus de centres de taille plus modeste voient le jour dans les territoires ruraux. Un bon tiers (34,5 %) des centres gérés par les collectivités s’y situe désormais. Leurs caractéristiques en font un outil de lutte contre les déserts médicaux.
« La typologie des communes d’implantation des centres de santé gérés par les collectivités locales présente des territoires parfois antinomiques du point de vue de la densité, de la taille en nombre d’habitants et de l’âge de la population, mais ils ont comme points communs, a minima, une population plutôt précarisée et des difficultés d’accès aux soins », indique l’OFGL. De fait, le taux de pauvreté moyen est de 20 % dans les communes gérant un centre de santé, contre 14 % à l’échelle nationale, précise l’étude.
Des budgets modestes avec souvent un reste à charge pour les collectivités
En 2024, un centre de santé représentait un budget de fonctionnement médian de 675 500 euros. Cependant, pour un quart des collectivités, le budget par centre est supérieur à 1 184 000 euros. Pour les collectivités du bloc communal, une telle structure équivaut à 3,1 % de leur budget de fonctionnement global. Pour 10 % d’entre elles, notamment dans les territoires ruraux, ce poids dépasse les 21 %, « signe d’un service public structurant », souligne l’étude.
En intégrant le personnel administratif, la moitié des centres gérés par les collectivités comptent entre 4 agents en équivalents temps plein (ETP) et 12 agents ETP. La moyenne se situe à 12, mais elle est tirée par de grands centres en petite couronne francilienne, commente l’OFGL. Le nombre médian d’ETP pour l’ensemble des centres est de 7. Les médecins généralistes représentent 23 % des effectifs en ETP, les infirmiers près de 11 %, les assistants dentaires 6 % et les chirurgiens-dentistes 4 %.
En 2024, 60 % des collectivités ne couvraient pas leurs dépenses de fonctionnement avec les recettes issues des remboursements à l’acte ou des subventions versées par l’Assurance maladie dans le cadre de l’Accord national des centres de santé. Ces collectivités affichaient donc un reste à charge, représentant en moyenne 32 % des dépenses de fonctionnement des centres concernés, note l’étude. Ce reste à charge doit être comblé par les ressources propres des collectivités gestionnaires, éventuellement avec l’aide de subventions d’autres collectivités locales. En revanche, pour 40 % des collectivités, les recettes dépassaient le niveau des dépenses, de 16,5 % en moyenne. « Ces collectivités gèrent principalement de petits centres avec un poids important des médecins généralistes dans les effectifs. Les collectivités sans reste à charge ont donc plutôt moins d’agents, mais davantage de médecins généralistes en proportion », explique l’OFGL.
Le reste à charge a effectivement tendance à s’accroître à mesure que le centre s’agrandit et diversifie ses missions au-delà des consultations médicales généralistes. « C’est donc plutôt la diversification de l’offre de soins et le dimensionnement des politiques sociales et de prévention qui semblent être, le plus souvent, à l’origine de cette charge non couverte par les recettes traditionnelles dans les centres des collectivités avec reste à charge », avancent les auteurs de l’étude. Ces résultats concernent cependant l’année 2024 uniquement, alors qu’un nouvel accord national a été signé en 2025 pour améliorer la rémunération des missions des centres de santé, précise l’OFGL.
