Le mur démographique et l’explosion des maladies chroniques saturent les urgences : des patients polypathologiques, en état sévère, s’y accumulent faute d’avoir été pris en charge ailleurs, et y restent longtemps, faute de « solutions d’aval » (lits d’hospitalisation, en Ehpad, en hospitalisation à domicile…), résument six personnalités missionnées en septembre 2025 par le ministère de la Santé, dans ce rapport consulté par l’AFP. Il faut ériger la prise en charge des personnes âgées polypathologiques en « priorité absolue », qui devra être « financée » et « valorisée », poursuivent ces auteurs, dont plusieurs urgentistes et cadres hospitaliers.
En Ehpad il faudrait, d’ici 2050, 365 000 places en plus des 640 000 existantes. À l’avenir, « les aînés les moins dépendants devront rester à domicile ou en résidence autonomie » – nécessitant la création de 800 000 emplois – et les Ehpad et hôpitaux accueilleront les cas très complexes, anticipent-ils.
Les parcours de soin devront donc être organisés ensemble par « tous les acteurs d’un territoire » (soignants de ville, hôpital, médico-social…), orientés vers « le dépistage précoce » et « le maintien à domicile », écrivent-ils.
La formation médicale est aujourd’hui « concentrée sur les spécialités d’organe » techniques, « au détriment de formations holistiques (médecine interne, gériatrie, urgence…) », ce qui « ne correspond plus aux besoins », observent-ils.
« Filières gériatriques »
Ils suggèrent d’augmenter les effectifs de ces spécialités « transversales », et de « réorganiser » les hôpitaux autour d’elles, en augmentant substantiellement le nombre de lits de « médecine interne et polyvalente », y adossant un « solide service social », et supprimant des « lits de spécialité » dans les petits établissements. Ils proposent aussi de créer une spécialité « gériatrie » pour les infirmières en pratique avancée (IPA), déployables notamment dans les Ehpad.
Ils préconisent encore de « rendre obligatoires » et « doter de moyens », pour les urgences fréquentées (25 000 passages annuels), les « cellules d’ordonnancement des lits » d’aval, qui connaissent en temps réel les capacités et peuvent organiser des transferts interservices. Ces lits pourraient même être gérés à l’échelle territoriale, envisagent-ils.
Ils appellent enfin à généraliser « les bonnes pratiques », comme les « filières gériatriques » au sein des Samu-SAS, capables de réorienter des malades ou d’organiser des « admissions directes » sans passage aux urgences, les « équipes mobiles » qui interviennent notamment au domicile et en Ehpad, ou les numéros d’appel destinés à fournir aux soignants non spécialisés un avis expert.
« Les solutions existent. Elles exigent aujourd’hui des arbitrages politiques clairs, des moyens dédiés et un calendrier contraignant », a réagi le syndicat Samu Urgences de France, qui au cœur d’un été caniculaire, « demande instamment » des arbitrages « à la hauteur ». La Société française de médecine d’urgence (SFMU) a aussi appelé « à engager sans délai la mise en œuvre de ces recommandations ».
La Fédération SOS Médecins dit aussi « partager » les constats dressés, mais regrette de ne pas avoir été représentée. « On ne peut construire l’alternative aux urgences sans ceux qui la mettent déjà en œuvre », et « les structures libérales organisées de soins non programmés (doivent être) pleinement associées aux suites », plaide-t-elle dans un communiqué.
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