Police municipale : « Depuis 20 ans, une progression permanente dans le panorama de la sécurité »

Sécurité

Rendez-vous aujourd’hui avec deux spécialistes des questions de sécurité locale.

David Kleisler est responsable de la police municipale à la mairie de Dole, et chargé de cours au CNFP. Jérôme Ferret est maître de conférence en sociologie à l’université de Toulouse 1 Capitole, ancien chargé de recherche puis directeur adjoint à l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure, et spécialiste des questions de sécurité locale. Tous deux coordinateurs de l’ouvrage Police municipale à sortir prochainement chez Weka, ils nous livrent leurs analyses sur la place des polices municipales aujourd’hui.
 

Weka : Comment a évolué le rôle des polices municipales ?

Jérôme Ferret : Ce sont des acteurs essentiels aujourd’hui. Il y a eu un véritable mouvement de fond, une renaissance des polices municipales depuis la fin des années 1980. Depuis 20 ans, une progression permanente dans le panorama de la sécurité. Pourquoi ? Car la demande de sécurité est croissante depuis le début des années 1980, avec la hausse, réelle ou perçue, de l’insécurité. L’État ne peut donc plus tout faire tout seul. À partir de là, les polices municipales sont des acteurs légitimes.

Le pari a donc été fait de leur confier la gestion de la proximité, la police nationale gardant pour elle les choses plus lourdes. Il y a aussi un enjeu financier, la coproduction de la sécurité permettant de réduire les coûts pour l’État. C’est ainsi qu’en 1994 les policiers municipaux ont été dotés d’un statut, et qu’en 1995, avec la loi LOPPSI 1, ils deviennent des acteurs à part entière de la sécurité. Depuis, il y a eu une montée en puissance, mais pas forcément avec les pouvoirs de police dont voudraient les policiers municipaux.
 

Weka : Pour quelles missions ?

David Kleisler : Depuis 13 ans que je fais ce métier, la profession a beaucoup évolué. Par exemple, avant, il n’y avait pas de formation continue obligatoire. Aucune loi n’encadrait le métier. Les missions se cantonnaient principalement au contrôle du stationnement. Au fur et à mesure des lois et décrets, le métier s’est structuré, les polices municipales se sont professionnalisées. Et avec le désengagement de l’État en matière de proximité, les agents municipaux ont été de plus en plus sollicités, et donc de plus en plus présents sur le terrain. Il y a donc deux évolutions à l’origine du développement des polices municipales : le désengagement de l’État et donc la hausse des sollicitations d’une part, et l’extension des prérogatives d’autre part, qui correspondent à l’ensemble des missions de police du maire. La proximité inclut ainsi la prévention/éducation, par exemple en intervenant dans les écoles, et de la répression. Les polices municipales sont les services qui répriment le plus, constatent le plus d’infractions, que ce soit le stationnement, le code de la route, etc.
 

Weka : Sont-elles les mêmes d’une municipalité à l’autre ?

Jérome Ferret : Les missions de police municipale dépendent de la taille de la commune. La plupart des polices municipales sont dans des petites villes, donc des équipes de 2, 3, 10 agents maximum, aux tâches très variées, principalement de police administrative. Règlementation des chiens dangereux, contrôle des débits de boisson, tapage nocturne, police balnéaire, hygiène et salubrité, campements illicites, police funéraire, foires et marchés, sans oublier le rôle informel de contact avec la population. Ses préoccupations remontent par le courrier du maire, et se répercutent sur le travail des agents, chargés de les rassurer. C’est difficile à mesurer, mais très important. Sans oublier les brigades spécialisées sur les chiens dangereux, les brigades nautiques, à cheval, en VTT, etc, selon les spécificités locales. Et selon la volonté du maire. Exceptionnellement, dans les grandes villes, ils participent à des missions plus répressives, mais toujours sous contrôle d’un agent de police nationale.

David Kleisler : Ce qui fait la richesse des polices municipales, c’est leur diversité. A environnements différents, nécessités différentes. Un modèle valable à Cannes ne le sera pas à Mulhouse. Il n’y a pas de modèle imposé, et il n’en faut pas. La proximité, c’est être proche des gens, mais aussi de leurs problèmes. Chaque police municipale travaille donc différemment, mettant l’accent là où il le faut.
 

Weka : L’un et l’autre avez coordonné, avec Éric Mercinier, l’ouvrage Police municipale à paraître chez Weka. Qu’offre-t-il comme solutions face à ces nouvelles problématiques ?

Jérôme Ferret : Il a pour raison d’être d’accompagner la montée des effectifs et la professionnalisation. Quand on a 300 agents sous ses ordres, ça implique notamment des connaissances en management. Il s’adresse donc aux personnes qui gèrent des services, les chefs de services, directeurs de services, maires, adjoints délégués à la sécurité. C’est un outil de gestion des hommes, répondant à la question : qu’est-ce que je veux faire, et comment le faire ? Avec notamment des retours d’expérience de nos auteurs, eux-mêmes professionnels. C’est un outil complémentaire aux trous de la formation.

David Kleisler : C’est un outil pragmatique, concret, qui tend vers l’opérationnel. Des fiches qui en quelques pages traduisent une situation et donnent les informations essentielles, lorsqu’on a besoin d’informations opérationnelles. Il s’adresse donc non seulement aux responsables, mais aussi aux agents eux-mêmes. C’est ce qui le distingue du premier guide sorti il y a quelques années.

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Posté le par Rédaction Weka

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