Au cœur de l’accompagnement des personnes vulnérables et porteurs d’une forte utilité sociale, les métiers du sanitaire, du social et du médico-social souffrent d’un manque d’attractivité et connaissent des tensions de recrutement majeures. Ces difficultés sont notamment liées à une pénurie de professionnels – exemple : entre 2012 et 2023, le nombre d’infirmières diplômées a baissé, passant de 26 447 à 24 215 – et à l’augmentation des besoins résultant du vieillissement de la population. Ces tensions ont de graves conséquences, qui viennent fragiliser la mise en œuvre des politiques sociales : fermetures temporaires de services, allongement des délais de prises en charge… « Face à ce constat préoccupant », l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a mené, de 2024 à 2025, trois missions complémentaires visant à éclairer les multiples dimensions de l’attractivité de ces métiers (hors professions médicales) et à proposer des leviers d’action.
Les enjeux de l’attractivité des métiers du sanitaire, du social et du médico-social
- La première mission analyse les tensions sur le marché du travail, leurs causes et les obstacles à l’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Elle identifie les leviers d’actions permettant d’améliorer l’attractivité des métiers et faciliter le recrutement.
- La deuxième mission dresse un état des lieux des données sur les ressources humaines dont disposent les pouvoirs publics. Elle analyse leur qualité et la manière dont elles sont utilisées afin, notamment, de mieux fiabiliser le pilotage du secteur.
- Dernier volet de l’attractivité, la troisième mission évalue l’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) dans les secteurs de l’autonomie et du handicap, où le nombre d’accidents du travail est supérieur à la moyenne nationale.
Les préconisations de l’IGAS pour renforcer l’attractivité des métiers
À l’issue de ces travaux, l’IGAS formule une série de préconisations afin d’agir sur différents axes de l’attractivité des métiers.
Un nouveau modèle de pilotage des RH dans le secteur social et médico-social
L’Inspection préconise de mettre en place un nouveau modèle de pilotage des ressources humaines à travers la création d’un Comité interministériel des ressources humaines du sanitaire, du social et du médico-social et l’élaboration d’une stratégie nationale des ressources humaines, à l’image des approches déployées dans plusieurs pays européens.
La mise en réseau des institutions
L’IGAS suggère également de mettre en réseau les institutions chargées de l’observation et de la prospective des métiers de la santé et de l’accompagnement social, afin de simplifier et fiabiliser les données et renforcer leur utilité pour les acteurs.
Un tableau de bord annuel des tensions RH
Elle invite à produire un tableau de bord annuel, puis trimestriel, avec des indicateurs de tension RH pour l’ensemble du secteur et à améliorer la connaissance prospective en matière de ressources humaines, en élargissant les travaux de l’Observatoire national des démographies des professions de santé à l’ensemble des professions du médico-social et du social. Objectif : anticiper les besoins en recrutement.
Former plus et mieux
Le principal levier pour résoudre les tensions de recrutement et le manque de professionnels en poste consiste à augmenter significativement le nombre de personnes formées, plaide l’IGAS. Elle formule donc une série de propositions pour accroître fortement le nombre de professionnels certifiés, que ce soit en formation initiale ou continue, tout en agissant pour limiter l’attrition des personnels formés. L’Inspection propose également de rénover l’architecture des diplômes et de créer une nouvelle certification, afin de mieux reconnaître les professionnels exerçant en Ehpad et réduire les tensions de recrutement dans ce secteur.
Accompagner et responsabiliser les employeurs
S’agissant des employeurs, publics comme privés, l’IGAS recommande de mieux le accompagner dans leur stratégie RH, mais aussi de les responsabiliser en limitant le recours à l’intérim privé et en soutenant les groupements d’employeurs qui pourraient devenir la norme dans les années à venir.
Accélérer l’action au niveau local
À très court terme, la rénovation du pilotage local des actions suppose, notamment, de développer les initiatives locales fructueuses, comme les plates-formes des métiers de l’autonomie, à condition qu’elles soient bien articulées avec les départements et France Travail. Ce dernier doit être repositionné comme un acteur central, tant dans le champ médico-social et l’autonomie que dans le champ de la santé et hospitalier.
Réduire la sinistralité du secteur de l’autonomie
L’IGAS fixe un impératif : réduire significativement la sinistralité du secteur de l’autonomie. Selon elle, les comparaisons internationales, notamment avec le Québec, et sectorielles, avec le secteur du BTP, montrent qu’une stratégie claire, centrée sur un objectif affirmé – supprimer les ports de charge délétères pour la santé – peut transformer durablement les conditions de travail. L’Inspection préconise donc de mettre en place un plan décennal mobilisant des outils existants et reposant sur un investissement massif en matériel (rails plafonniers, aides techniques), la formation initiale et continue et l’accompagnement des managers. Ce plan s’appuierait sur les outils de financements existants, dont le Fonds pour l’innovation et la prévention de l’usure professionnelle (FIPU), qui doit être davantage orienté vers le médico‑social. Les évaluations examinées par l’IGAS indiquent que les premiers retours sur investissement pourraient être observés moins de 5 ans après le lancement de ce plan.
Ces travaux « mettent à disposition des solutions concrètes, opérationnelles et immédiatement mobilisables, tant au niveau national que dans les territoires », insiste l’IGAS en conclusion.
