Finances hospitalières : des signes d’amélioration, mais des fragilités persistantes

Publié aujourd'hui à 15h30 - par

Les organisateurs des Contrepoints de la santé ont profité de Santexpo pour s’interroger sur les financements de l’hôpital public et la façon dont il peut « se sortir de l’impasse ». Quatre experts sont intervenus le 21 mai 2026 pour partager leur réflexion sur ce sujet.

Finances hospitalières : des signes d'amélioration, mais des fragilités persistantes
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C’est par une note positive que Cécile Chevance, responsable de l’offre de soins et des finances à la Fédération hospitalière de France (FHF), a introduit la table ronde : « Nous observons des points d’amélioration sensibles après des années difficiles, notamment après la crise sanitaire et une dette qui s’était accumulée », a-t-elle souligné. La dette s’est résorbée et l’activité a repris principalement sur les activités les plus lourdes, qui avaient le plus souffert, telles que les activités de chirurgie de recours ou les activités de médecine avec nuitée pour les patients les plus fragiles. « En deux ans, l’activité a augmenté de 10 %, dont 19 % pour l’ambulatoire, a-t-elle fait savoir. Et l’année 2026 semble démarrer sous les mêmes augures. » Les indicateurs s’améliorent également sur le recrutement et sur l’attractivité en réaction aux mesures de revalorisation salariale du Ségur de la santé.

Une aide à l’investissement

Pour autant, des métiers sont toujours en tension. De même, la situation financière des hôpitaux demeure particulièrement tendue et préoccupante, car « cela s’intègre dans un contexte contraint, a-t-elle soutenu. Le déficit des hôpitaux s’inscrit dans le dynamisme de celui de l’Assurance maladie ». Pour rappel, les structures hospitalières accusaient en 2024 un déficit de 3 milliards d’euros. Pour l’année 2025, il devrait être un peu moindre, c’est-à-dire compris entre 2,6 et 2,8 milliards d’euros. « Ce cumul impacte la capacité d’investissement, la trésorerie ainsi que la dette sociale et fiscale des établissements », a-t-elle regretté. C’est dans ce contexte que la ministre de la Santé a annoncé, le 19 mai 2026, un plan d’investissement de six milliards d’euros sur dix ans ; une réponse à une mobilisation de la FHF, qui dénonce, de longue date, une situation de sous-investissement massif des hôpitaux depuis le plan « Hôpital » de 2012. « Dès 2019, nous avons signalé qu’il fallait sauvegarder, sanctuariser et recycler les crédits qui nous étaient accordés, a indiqué Cécile Chevance. C’est ce qui a été acté avec ce plan. Les crédits ne sont pas retirés de façon sèche mais recyclés en aide à l’investissement en capital. »

Sur le plan microéconomique

Face à cette réalité, sur le plan microéconomique, des solutions stratégiques et opérationnelles s’offrent aux établissements de santé. « Je suis de plus en plus contacté par des établissements qui ne sont pas encore en trop grande difficulté, mais qui s’inquiètent pour leur capacité de financement de projets ambitieux en raison de leur dette et/ou du niveau des taux d’intérêt, a rapporté Pierre Dagen, partenaire santé du cabinet CMI Stratégie. Or, des projets immobiliers sont importants à porter pour les structures hospitalières. » Il observe deux types de dysfonctionnements récurrents : soit des établissements dont les lits sont vides, donc qui subissent une problématique d’activité, soit ceux qui sont confrontés à une forte activité et qui ne parviennent pas à prendre en charge les patients face à l’embolisation. Ils doivent donc travailler sur les parcours patients. « Il y a 15 ans, nous trouvions des solutions applicables à un grand nombre d’hôpitaux, aujourd’hui, la pression financière a énormément augmenté, ce qui implique de faire du sur mesure et de trouver des solutions propres à chaque établissement », a-t-il soutenu.

Le financement de l’innovation et la recherche

Qu’en est-il, dans ce contexte, de la place accordée à l’innovation et à la recherche ? « L’innovation est au cœur du fonctionnement de la médecine actuellement, et c’est particulièrement vrai en oncologie, a rappelé le Pr Isabelle Borget, pharmacienne, économiste de la santé à Gustave Roussy et à l’université Paris-Saclay. Il faut que l’on innove dans les essais cliniques, l’accès précoce, l’intelligence artificielle, dans les plateformes de génomique moléculaire, pour la prise en charge des patients, car cela fait partie intégrante du soin. » Pour autant, le financement des innovations n’est pas bien pris en compte, avec la logique de la Tarification à l’activité (T2A). Mais il est vrai que « la réforme de l’accès précoce a tout de même « boosté » l’accès à l’innovation en France, a-t-elle expliqué. Là où il y avait environ 30 médicaments accessibles via l’Autorisation temporaire d’utilisation (ATU), l’accès précoce permet à 250, voire 300 médicaments d’être prescrits, dont la moitié en oncologie ou pour les maladies rares. Nous avons comblé un besoin médical très important. » En termes de financement, le recours à l’accès précoce à un médicament est remboursé à l’euro-l’euro pour les établissements de santé via la liste en sus et sans reste à charge pour les patients. « Le dispositif est gagnant pour le pays, pour les établissements et pour les patients, qui ont accès sans délai à des traitements innovants », a rappelé le Pr Borget. Cela permet aussi une collecte des données en vie réelle, une condition pour la mise à disposition des molécules. « Mais pour le moment, la rémunération associée reste insuffisante et le recueil de ces données n’est pas à la hauteur des attentes, a-t-elle partagé. Cela va peut-être s’améliorer avec le Système national des données de santé (SNDS) mais pour le moment, c’est perfectible. »

Des relations ville-hôpital bénéfiques

Le renforcement des relations ville-hôpital est en outre bénéfique pour l’économie hospitalière. Dans le cadre de la démarche de responsabilité populationnelle portée par la FHF via une expérimentation article 51, des financements au parcours sont déployés pour la prise en charge du diabète et de l’insuffisance cardiaque. L’évaluation de cette expérimentation a démontré qu’elle a permis « une accélération de l’efficience des établissements et une fluidification de la prise en charge des patients », a soutenu le Dr Jean-Baptiste Caillard, président de la Conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé (CNURPS) médecins libéraux. Les parcours mis en place ont permis, sur les territoires expérimentateurs, une diminution des hospitalisations en urgence, une diminution des durées de séjour et du nombre de séjours longs à l’hôpital, ainsi qu’une augmentation des prises en charge ambulatoires. La CNURPS a d’ailleurs signé avec la FHF une convention sur la responsabilité populationnelle. « Avec cette expérimentation, on finance la prévention, ce qui est essentiel », a-t-il souligné. « La prévention est jugée comme étant coût-efficace, car il vaut la peine d’investir maintenant pour éviter des coûts futurs, a rappelé le Pr Borget. Mais il faut passer d’une logique budgétaire à une logique de pertinence des soins, ce qui implique de détenir des données pour quantifier la valeur des soins apportés aux patients. C’est pour cela que j’estime que la donnée sera demain au cœur des financements. » « Il y a certes une bascule à effectuer vers plus de prévention, mais l’effet ne va pas être immédiat, il ne faut donc pas pour autant réduire le financement de l’hôpital pour augmenter celui dédié à la prévention, car cela ne sera pas tenable », a averti Pierre Dagen.

Laure Martin


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