Congrès du SMPS : réforme de leur statut, canicules, GHT… Les directeurs d’hôpitaux en plein débat

Publiée aujourd'hui à 10h00 - par

Le syndicat des manageurs publics de santé (SMPS) tient ce jour son congrès national à Paris. Ces managers assurent les fonctions essentielles de direction des hôpitaux, des maisons de retraite médicalisée ou encore des établissements médico-sociaux publics. Plusieurs sujets seront abordés, comme l'alignement des fonctions de directeurs de la FPH sur celles de la FPE, où le syndicat refuse une fusion complète, privilégiant un alignement différencié des trois corps. L'occasion d'évoquer aussi les dix ans des GHT et de l'adaptation du bâti hospitalier aux canicules. Jérôme Goeminne, président du SMPS, met en perspective ces enjeux capitaux.
Réforme de leur statut, canicules, GHT... Les directeurs d'hôpitaux en plein débat

© Crédit Photo SMPS

Quand on parle de managers de la santé, de quels métiers parle-t-on ?

Le SMPS a été créé au sortir de la deuxième guerre mondiale. Initialement, il ne réunissait que les directeurs d’hôpitaux. Dans les années 90, il s’est élargi progressivement à toute la ligne managériale : les directeurs d’établissements sociaux et médico-sociaux, les directeurs des soins, les cadres de santé, les ingénieurs et les cadres administratifs. Nous avons quelques médecins comme adhérents mais pas assez. Nous sommes le seul syndicat qui représente l’intégralité de la ligne managériale du service public hospitalier.

Combien d’adhérents ?

On ne communique jamais sur ce chiffre, ça peut paraître bizarre. Notre concurrent, à savoir la CFDT, assure qu’elle dispose de 2 500 adhérents. Disons que nous sommes au même niveau… Ce qui est pas mal parce qu’il s’agit d’adhérents cotisants et que l’on compte en tout 5 000 directeurs sur le territoire français.

Si le statut des directeurs d’hôpital a été réformé, s’alignant sur les administrateurs de la fonction publique d’État, d’autres corps de direction ont du mal à recruter, ce qui altère le pilotage de certains établissements. Où en est-on ?

Les directeurs d’hôpitaux font partie de la haute fonction publique et la réforme de l’ENA, il y a trois ans, a entraîné la nécessité de sauvegarder la comparabilité du statut des directeurs d’hôpitaux avec ceux de la fonction publique d’État. Nous avons été le seul syndicat à voter pour l’alignement total des directeurs d’hôpitaux avec le statut des administrateurs de l’État. Toutes les autres centrales syndicales ont voté contre, en l’occurrence la CFDT et FO, qui défendent depuis vingt ans le principe de la fusion des trois corps de direction, à savoir les directeurs d’hôpitaux, les directeurs d’établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux (D3S) et les directeurs des soins (DS). On a toujours dit que nous avions besoin de ces trois corps de direction pour répondre aux besoins des services publics. Dans les structures sociales et médico-sociales, personne ne va contester qu’il faut des éducateurs spécialisés, qu’il faut un cadre socio-éducatif ; ce sont des métiers spécifiques, avec du personnel formé. On a besoin que ces directeurs aient des statuts attractifs car nous avons de plus en plus de mal à recruter les D3S. De nombreux postes restent vacants parce qu’ils ne sont pas reconnus et mal payés. On a pareillement besoin de directeurs des soins pour encadrer l’organisation des soins. Mais il est faux de dire qu’il s’agit de trois métiers identiques, comme l’expliquent nos concurrents syndicaux. Ce sont trois corps différents avec des parcours et des carrières spécifiques. Il faut distinguer ces trois corps et ne pas avoir une vision démagogique en parlant de fusion. Sur les directeurs d’hôpitaux, nous avons œuvré dans le cadre d’un groupe de travail avec l’État, avec les difficultés liées aux changements réguliers de ministre de la Santé. Dans le cadre du Conseil supérieur de la fonction publique hospitalière, nous avons été les seuls à voter pour la réforme, qui n’aurait pas eu lieu si tous les syndicats s’y étaient opposés.

Quelle est la stratégie de que vous défendez par rapport aux autres syndicats ?

L’idée, c’est de « cranter » les directeurs d’hôpitaux avant de faire la même chose sur les D3S et les DS. S’il peut y avoir des passerelles entre ces trois corps, un directeur d’hôpital peut devenir DS, et vice-versa, nous pensons que ces métiers ont leurs spécificités et qu’il faut les préserver. Nous avons obtenu l’accord oral pour l’heure du cabinet de Mme la ministre de la Santé, Mme Rist, qu’après les élections professionnelles dans le secteur hospitalier, qui prendront fin à la mi-décembre, deux groupes de travail seront lancés concernant les D3S et les DS.

En termes d’alignement salarial, quels sont les objectifs visés ?

Aujourd’hui, un directeur des soins gagne moins qu’un directeur adjoint d’hôpital. Ce n’est pas normal. Il doit avoir le même statut et donc le même salaire qu’un directeur adjoint. Même chose pour les D3S. Certains d’entre eux font partie d’équipe de direction dans les hôpitaux et pourtant, ils gagnent eux aussi moins qu’un directeur général adjoint, alors qu’ils ont les mêmes responsabilités ! Les D3S et les DS n’attirent pas parce que la complexité de leur métier n’est pas suffisamment valorisée. Les cadres supérieurs de santé gagnent mieux leur vie que les DS qui sont hiérarchiquement placés au-dessus d’eux ! Ce n’est pas normal. Pour les D3S, c’est encore pire : beaucoup de postes restent vacants parce qu’ils ne sont pas assez valorisés au regard de la difficulté de leur emploi.

Le gouvernement, qui est en sursis à l’aube d’une année électorale, a-t-il les marges de manœuvre nécessaires pour porter une telle réforme ?

Les deux groupes de travail vont être lancés après les élections professionnelles dans la fonction publique, à savoir le 10 décembre, et l’élection présidentielle (Ndlr, 18 avril et 2 mai 2027). L’effort financier à produire n’est pas très élevé. On peut donc penser que le calendrier est tenable.

Les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) ont dix ans cette année. Quel bilan tirez-vous ?

C’est la réforme la plus importante du système de santé de ces dix dernières années, comparable à la tarification par l’activité du début des années 2000. Les GHT ont permis de mettre en place, sur un territoire, une stratégique publique commune pour répondre aux besoins des patients. D’une certaine manière, nous faisons ce que mettent en œuvre les cliniques privées depuis bien longtemps, à savoir déployer une stratégie de groupe, en replaçant le patient au centre des préoccupations, l’intérêt lucratif en moins par rapport aux cliniques. Mais les GHT sont très variables selon les territoires. Ça dépend de l’histoire du territoire, de la culture coopérative qui y préexistait, des acteurs médicaux mais aussi institutionnels. Il est plus simple de coopérer sur un territoire dynamique que sur un autre qui perd de la population et donc des moyens pour agir. C’est une formule assez souple qui présente donc le défaut de ne pas faire avancer tous les territoires au même rythme mais qui permet aux plus dynamiques d’entre eux d’être dans l’innovation des pratiques. Nous devons aller encore plus loin. Les autres syndicats de directeurs ont toujours été opposés aux GHT, sans doute parce que si l’on avance sur des collaborations dans les territoires, certaines prérogatives des directeurs seraient menacées. Ils sont donc très conservateurs. Nous souhaitons cependant que l’architecture de ces GHT vienne du terrain. Nous croyons à l’intelligence collective des acteurs impliqués.

Que pensez-vous de la circulaire du 29 juillet 2026 relative au renforcement des GHT ?

Cette circulaire nous demande un nouveau plan d’action pour regrouper les services de soins, livrable en janvier 2027. Nous regrettons que ce plan n’ait pas fait l’objet d’une concertation préalable. D’ailleurs, le ministère de la Santé s’en est excusé auprès de nous. Nous allons travailler sur le sujet, pour voir comment améliorer les choses.

Les Français éprouvent chaque jour la difficulté d’accéder aux soins. Comment pouvez-vous, à votre échelle, prendre en compte cette légitime préoccupation ?

Les Français ont raison d’être inquiets. Mais je souhaite insister sur certains points positifs : il y a vingt ans, les soins palliatifs n’existaient pas ; j’ai connu des hôpitaux avec des chambres à 5, voire 6 patients ! On n’était pas capable de faire de la cœlioscopie !

Mais on ne trouve pas aussi facilement un généraliste ou un dermatologue qu’il y a vingt ans !

Oui mais la pénurie médicale est mondiale. Comment peut-on organiser les soins face à une population vieillissante, qui a donc plus besoin de soins, et devant le phénomène croissant de la chronicisation des maladies. Avant, on mourrait beaucoup plus de maladies infectieuses qu’aujourd’hui, où ce sont les cancers ou les maladies cardiaques qui pèsent le plus sur la mortalité. Nous avons donc besoin de plus de soins en continu. Si on forme aujourd’hui 12 000 médecins par an, nous aurons en 2050 la densité médicale moyenne de l’Europe, d’après les chiffres du ministère ! On en est loin puisque nous formons à ce jour 11 000 médecins. Donc, nous sommes devant 25 ans de tensions médicales. Dans l’attente, il faut mettre les moyens sur la prévention. Elle ne dépend pas que des professionnels de santé. Elle est aussi liée à l’aménagement urbain : construire des pistes cyclables a des effets in fine sur la baisse des maladies cardio-vasculaires ! Poser des bancs dans les villes tous les 200 mètres invite les personnes âgées à faire une promenade pour se reposer à l’extérieur et donc les incite à bouger ! Nous proposons que les élus, dans les territoires, prennent la main sur le sujet pour agir de façon transversale en créant les conditions, assez accessibles, d’une politique de la prévention. Il faut aussi transférer des compétences médicales vers des personnels en capacité de le faire, c’est le cas des infirmiers en pratique avancée, des pharmaciens, des kinés, des sage-femmes, etc. et donc concentrer les médecins sur les tâches relevant d’une plus grande valeur ajoutée. Sans oublier bien entendu l’intelligence artificielle, qui sera d’un grand secours dans le contexte que je viens de décrire. Certains logiciels aujourd’hui font de meilleurs diagnostics que n’importe quel radiologue ; pour autant, il faut que ce dernier soit présent !

Les canicules ont frappé le pays cet été. Le bâti hospitalier est inadapté, comme d’autres bâtiments. Que faire pour y remédier ?

La fédération française hospitalière (FHF) a publié des chiffres récemment, établissant qu’il faudrait mobiliser entre 7 et 9 milliards d’euros par an pour faire face aux canicules. Pour y parvenir, il faut avoir un investissement pluriannuel des établissements de santé ; ce que la population ignore, c’est que chaque année, les directeurs d’hôpitaux découvrent au mois de mars à quelle sauce budgétaire ils vont être mangés jusqu’au mois de décembre ! Les tarifs relèvent d’un acte politique ! La prise en charge des cancers s’est fortement développée en France et c’est très bien. Parce que les financements sont plus nombreux et que tout le monde a décidé de s’y mettre, depuis la présidence de Jacques Chirac, qui a donné une forte impulsion ! Sur le réchauffement climatique, il faut mettre en place une dynamique identique.

Stéphane Menu

On vous accompagne

Retrouvez les dernières fiches sur la thématique « Santé »

Voir toutes les ressources numériques Santé