14 320 feux ont ravagé 119 000 hectares en 2026 en France1. En Gironde, dans le secteur de Saumos/Cap Ferret, 277 bâtiments ont été détruits, impactés ou brûlés. C’est l’heure des comptes pour les collectivités locales aussi, avec un impact financier lourd, notamment pour les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et les communes, secondairement pour les intercommunalités.
4,7 M€ en plus sur un budget de 180 M€ dans le Var
Les SDIS, en première ligne avec leurs effectifs de pompiers et gros moyens de lutte contre les flammes, sont fortement impactés, tant en fonctionnement qu’en investissement. Au SDIS du Var, Éric Grohin, contrôleur général, indique un coût total supplémentaire de 4,7 M€ par rapport à une situation normale : 3,2 M€ de fonctionnement sur un budget annuel de 150 M€ et 1,5 M€ d’investissement sur un budget annuel de 30 M€. Les 3,2 M€ de fonctionnement supplémentaire se décomposent ainsi : 570 000 € de kérosène, carburant (dont 150 000 € d’heures supplémentaires d’hélicoptères bombardiers d’eau) ; 150 000 € d’heures supplémentaires de pompiers professionnels ; 2 M€ d’indemnités pour pompiers volontaires ; 200 000 € de matériel incendie (lances, tuyaux…) ; 240 000 € d’additifs mouillants et alimentation ; 100 000 € de remise en état de véhicules (pneus, vitrages, phares endommagés…). Pour les 1,5 M€ d’investissement supplémentaire, « il s’agit essentiellement de trois camions brûlés, peu ou pas remboursés car trop vieux, à 350 000 € pièce », selon Éric Gohin. Attention, selon ce dernier, « il faut mettre en face de ces coûts, les 825 M€ de coût du sauvé : les maisons sauvées, le CO2, la forêt préservée, etc., ceci après 18 jours de combat non-stop et 76 040 heures hommes ».
Du côté des communes, la facture est également salée. À Lanton (7 337 hab., Gironde), le coût global est de 200 000 € : un véhicule endommagé, des équipements publics et du matériel cassés, les frais d’alimentation pour le centre d’évacuation, les frais de personnel (heures supplémentaires), les fluides… Mais le plus important, ce sont, dans cette commune où 6 000 hectares ont été brûlés, les 2,5 M€ à facturer au Département et au SDIS pour dégradations de pistes forestières et ouvrages publics. À Luglon (373 hab., Landes) où 1 700 hectares de forêts sont partis en fumée, les dégâts ont été estimés à 945 500 € : 550 000 € pour les dégradations de voirie (fissurations, bords de routes éclatés, busages sous routes effondrés…), 70 000 € pour les dégradations d’espaces publics, 50 000 € pour les forages et réserves d’incendie à remettre en état, 100 000 € pour les dégâts de bulldozers dans leur lutte contre la propagation du feu (arrachage d’arbres, rebouchages de fossés…) au titre de la Défense de la forêt contre les incendies (DFCI), 95 000 € de dégradations de pistes hors DFCI, 15 000 € de dégradations de bâtiments publics (usage intensif), 50 000 € pour l’alimentation des pompiers, gendarmes et bénévoles, 15 500 € divers (véhicules communaux à remettre en état, locations et hébergements d’urgence, surconsommations de fluides, heures supplémentaires d’agents…).
Des intercommunalités moins touchées
Ajoutons les communes non touchées par les incendies, mais qui ont pourtant été impactées financièrement. À Biganos (11 431 hab., Gironde), les heures supplémentaires des agents effectuées pour organiser la circulation (police municipale), accueillir et nourrir les bénévoles, pompiers… ont coûté 50 000 €. À quoi il faut ajouter 10 000 € pour la logistique alimentaire (denrées, fabrication…) et 7 000 € divers (surconsommations de fluides, remise en état de voirie, fournitures diverses…). Cela pèse donc au total 67 000 € de coûts directs, sans compter les dons des particuliers, les heures réalisées par les bénévoles, etc.
Les intercommunalités ont aussi été touchées, mais beaucoup moins que les communes qui ont concentré les dégâts matériels et les moyens de lutte. Quelques équipements intercommunaux sont concernés. À la Communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon Nord (COBAN) (73 204 hab., Gironde), l’aire de gens du voyage a été ravagée par les flammes : « Les sanitaires, le réseau d’eau, les lampadaires sont détruits, soit 100 000 à 200 000 € de dégâts », précise Ivan Guillermier, DGA Ressources. Le personnel a aussi effectué 300 à 400 heures supplémentaires, soit 15 000 € en plus, notamment pour faire fonctionner une cellule de crise improvisée au siège de la COBAN et pour organiser les évacuations et l’accueil dans les centres. Il faut aussi regarder du côté des compétences eau, déchets et transports. À la COBAN, concernant l’eau, le délégataire a vérifié que les forages n’étaient pas contaminés. Pour les déchets, le prestataire a évacué ceux des centres d’évacuation ou de restaurateurs ayant encore des stocks, mais en même temps, il a interrompu la collecte dans les communes évacuées, mettant une partie de son personnel au chômage partiel. Question transports, le délégataire a été fortement sollicité pour évacuer et rapatrier successivement entre le 22 juillet et le 3 août 2026 une partie de la population avec ses bus, mais aussi ceux de la CA du bassin d’Arcachon Sud (COBAS). « Toutefois, même s’il y a eu du travail de nuit, au total, ils ont fait moins de kilomètres, utilisé moins de carburant et moins de personnel, que d’habitude », note Ivan Guillermier. Pour l’instant, les différents délégataires ou prestataires n’ont rien demandé à la COBAN. Il semble bien qu’ils feront jouer la solidarité. S’ils étaient trop regardants, ils savent bien que ce serait mal perçu de la collectivité… et pas nécessairement gage de reconductions de contrats.
Citons enfin les impacts fiscaux. La COBAN par exemple a exonéré de redevance spéciale ses entreprises (200 000 €) puisqu’il n’y a pas eu de ramassage pendant les incendies. À terme aussi, certaines entreprises touchées paieront moins de taxe foncière ou de Cotisation foncière des entreprises, mais ce n’est pas chiffrable aujourd’hui.
DSEC, FSUE… d’ici la fin d’année ?
Face à ce désastre, les collectivités locales sont invitées en ce moment à remonter leurs chiffrages des dommages à leur préfecture. Sur quelles aides pourront-elles compter ? Le gouvernement a annoncé après les incendies un dispositif de 10 M€ destiné aux communes sinistrées de Gironde, des Landes et du Var. Mais c’est encore flou. « Notre sous-préfet y travaille très bien, note Loïc Ballongue, maire de Lanton. Je regrette simplement la multiplication des réunions. On espère juste être remboursés avant la fin de l’année ». Fabrice Storiolo, maire de Luglon, s’inquiète lui des 20 % qu’il faudrait mettre pour bénéficier du dispositif : « Que peut-on faire avec un budget annuel d’investissement de 60 000 à 80 000 €/an ? » Dans le Var, « le Département a débloqué 1 M€ pour les communes sinistrées, précise Françoise Legraien, présidente du SDIS. Ce sera de l’investissement (ndlr : un éclairage public, des bâtiments qui ont brûlé), pas du fonctionnement ». Les intercommunalités devraient aussi aider…
La dotation de solidarité pour évènements climatiques ou géologiques (Dsec) en faveur des collectivités territoriales victimes de catastrophes naturelles, à solliciter dans les deux mois après la survenue de l’évènement, peut, elle, contribuer aux dépenses de remise en état de biens publics endommagés quasi-tous non assurables (dont pistes de DFCI, forêts des collectivités) (art. R. 1613-4 du CGCT), avec un seuil de dommages fixé à 150 000 €HT pour un même évènement (art. R. 1613-3 du CGCT). À Luglon par exemple, Fabrice Storiolo table sur une prise en charge des dégradations de voirie et des espaces publics (620 000 €), peut-être des forages et réserves d’incendie (50 000 €), mais « la remise en état du stade ou de l’intérieur de nos bâtiments, pourtant défoncés, en est exclue ».
Le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) bénéficie lui aux états membres confrontés à des catastrophes naturelles majeures, pour les dépenses publiques de remise en état : réseaux, infrastructures, centres d’évacuation, prévention, nettoyage des zones sinistrées. « Il sera possible d’en bénéficier à partir d’un montant de dommages de 1,5 % du PIB du secteur touché – l’Aquitaine –, soit 1,9 Mds€ à atteindre », précise Thibaut de Tastes, DGS de la ville de Biganos. Selon la DFCI d’Aquitaine, ce sera le cas. Mais attention, le fonds profite d’abord à l’État qui ensuite se tournera vers les communes. Dans l’immédiat, l’État doit déposer sa demande dans les 12 mois à compter du premier dommage.
Et demain, des pare-feux, des replantations, quel coût ?
Les aides concernent surtout les dommages aux biens. Toutes les dépenses indirectes (gestion des centres d’évacuation notamment) ne seront donc pas aidées. Par ailleurs, à ce jour, il n’est pas prévu d’aides pour les SDIS, pourtant fortement impactés. « Le Département nous donnera peut-être un petit peu, mais cela ne suffira pas », assure Éric Grohin. « Il faudra aussi sans doute augmenter la participation du bloc communal qui aujourd’hui finance notre SDIS de Gironde à 30 %, le Département assurant 70 % », indique pour sa part Ivan Guillermier. La loi de finances pour 2027 devra aborder le sujet : « Faut-il augmenter la taxe d’assurance, la taxe de séjour, puisque plus on a de touristes, plus on a de risques ? », interroge Éric Grohin.
Attention, les coûts des incendies, ce sont aussi ceux de demain… Pour les SDIS, « les coûts de prévention (camions et hélicoptères qui patrouillent) sont importants », souligne Éric Grohin, et ne faudra-t-il pas les augmenter, eu égard au contexte climatique. Il y a la question des pare-feux, très coûteux. Les communes, propriétaires de forêts, sont aussi concernées. Et « pour ce qui est des bois privés – l’essentiel de la forêt landaise -, qui paiera, y aura-t-il des subventions ? », interroge Ivan Guillermier. Pour autant, il faudra aborder l’efficacité des pare-feux : « Dans un contexte où des ponts, passages à gué, pistes ont disparu (ndlr : pour des questions de rentabilité), il faudra sans doute plus de pistes pour accéder aux feux, plutôt que de gros pare-feux », note Fabrice Storiolo. Les villages et villes aussi devront être mieux protégés. Luglon travaille ainsi déjà à une zone tampon autour du village : « Il faudra y déboiser et reboiser de façon différente, prévoir une zone de promenade, ce qui passera par des acquisitions de parcelles », note le maire.
Et puis, il faudra aussi replanter. Les feuillus, moins inflammables que les pins maritimes, devront progresser. « Ils pourront constituer des zones tampons, tout comme des zones agricoles l’ont fait lors des incendies, note Fabrice Storiolo. Mais attention, le pin, qui pèse 30 000 emplois en Aquitaine, restera. » Les replantations coûteront entre 5 000 et 10 000 € l’hectare, selon le ministère de la Transition écologique. La sécurisation et la replantation de la forêt nécessitera un travail conjoint entre DFCI, préfectures, organisations sylvicoles, PNR des Landes de Gascogne… Un appel à la résilience.
Frédéric Ville
1. Source : ministère de l’Intérieur, au 31 juillet 2026
