“Nous voudrions qu’il soit clair que les collectivités conduisent une politique locale de santé en lien avec l’État”

Publiée le 8 octobre 2026 à 14h30 - par

Le 20 juillet 2026, des sénateurs et sénatrices déposaient une proposition de loi visant à « reconnaître en droit le principe « Une seule santé » », et invitait entre autres à impliquer les collectivités dans son déploiement. Gilbert Hangard, conseiller municipal en charge de la santé à la Ville d'Albi et président de l'association Élus, Santé Publique & Territoires (ESPT), y réagit.
“Nous voudrions qu'il soit clair que les collectivités conduisent une politique locale de santé en lien avec l'État”

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Vous avez relayé sur les réseaux sociaux la proposition de loi du Sénat visant à reconnaître en droit le principe « une seule santé ». Pouvez-vous expliquer ce principe ?

Historiquement, en matière de santé, il y a deux temps forts : la déclaration de l’OMS de 1948, qui a défini la santé comme un état de parfait bien-être social, physique et mental. Et autour des années 2000, ce sont notamment les zoonoses – les maladies que transmettent les animaux à l’être humain – qui ont mis en évidence le fait que l’ensemble de la biosphère interagissait avec la santé humaine.

C’est comme ça qu’a émergé l’idée que la santé humaine ne pouvait pas être séparée de la santé de la planète, et qu’est né le concept d’« Une seule santé ».

Pour appliquer ce principe, la proposition de loi souhaite impliquer les collectivités. La promotion du rôle des élus locaux dans les politiques de santé est aussi quelque chose que vous défendez à ESPT. Pourquoi ?

Aujourd’hui, l’État définit la stratégie nationale santé, les projets régionaux de santé, etc.. Mais pour la mise en œuvre sur le terrain, ce sont les collectivités locales qui interviennent et sont au contact de la population : c’est ce qu’on appelle le dernier kilomètre. En outre, à ESPT, nous avons cette vision large de la santé et considérons donc que nous faisons de la santé avec toutes les politiques : le sport, le Projet alimentaire territorial, l’urbanisme, le social, etc. Ainsi, il est important de reconnaître que les collectivités locales sont des partenaires à part entière des politiques nationales en matière de santé.

Or, aujourd’hui, elles ne sont pas reconnues dans le Code de la santé publique. Des liens se font à travers les contrats locaux de santé, mais ils sont négociables tous les cinq ans, sont au bon vouloir de chaque collectivité, et se développent en grande partie sur les finances locales. Il y a une précarité de la relation. Nous voudrions qu’il soit clair que les collectivités locales conduisent une politique locale de santé en lien avec l’État. Il faut évidemment que l’État reste le maître d’œuvre principal, mais qu’il donne aux collectivités des moyens pérennes – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Cette loi propose entre autres de modifier le Code de l’urbanisme. En quoi l’urbanisme influe sur la santé des humains ?

Le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité, l’urbanisation de plus en plus importante a des conséquences sur la santé des individus. On observe aussi un développement des maladies chroniques en lien avec l’environnement : nourriture, pesticides dans l’eau, etc.

Ainsi, dans l’urbanisme, l’idée est à la fois de tenir compte de la nature pour préserver la santé de la planète, mais aussi de penser des aménagements favorables à la santé : par exemple, en permettant des mobilités douces comme la marche ou le vélo ; en mettant des bancs pour les personnes âgées ; en créant des espaces verts, qui sont bons pour la santé mentale, mais aussi pour la lutte contre le réchauffement climatique…

Pour nous, il est fondamental de développer une culture santé dans l’urbanisme et de l’intégrer aux différents documents, comme les PLU.

Qu’espérez-vous de cette proposition de loi ?

C’est un pas important, mais il faut aller beaucoup plus loin. À ESPT, nous pensons qu’il faut une loi-cadre de santé publique, qui va au-delà du concept « Une seule santé » et qui définit les responsabilités de l’État et des collectivités, qui organise le système de santé en mettant l’accent sur la prévention plutôt que sur le soin – cette réflexion est d’ailleurs en cours, puisqu’un rapport sur la prévention a été présenté en septembre 2026 par le député et médecin Cyrille Isaac-Sibille.

Il faut des objectifs de santé publique très clairs : une stratégie nationale de santé publique, mais aussi des objectifs régionaux et des déclinaisons dans les contrats locaux de santé, notamment sur la santé environnementale et la lutte contre la pollution, le développement de l’urbanisme favorable à la santé, la lutte contre le bruit, etc. Il faut aussi plus de moyens, réfléchir à la place du numérique, des données, des financements, des nouveaux métiers de santé, réfléchir aux événements extrêmes qui se multiplient, mais aussi aux inégalités en matière de santé, notamment du fait du réchauffement climatique : nous l’avons vu par exemple cet été, avec les logements « bouilloire ». Nous voulons des outils concrets : une compétence partagée reconnue, et des données.

Une telle loi nécessite beaucoup de travail préparatoire, de rencontres. Il y a un travail de fonds à mettre en route – et nous sommes là pour ça.

Propos recueillis par Julie Desbiolles

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