Serge Pilicer : “Il faut aider les élus locaux à s’approprier l’IA”

Publiée aujourd'hui à 11h30 - par

Le fondateur d'IACL (Intelligence artificielle pour les collectivités locales) explique les raisons de la création, de ce dispositif qui a reçu le Haut patronage de la Présidence de la République. Le dispositif a été repensé récemment pour ne pas entrer en collision avec le débat présidentiel. « Il y a une centaine de manifestations sur l'IA en France mais aucune ne s'adresse exclusivement à la fois aux élus, aux DGS et aux DGA, sans oublier bien entendu les DSI. L'objectif d'IACL est de combler ce vide », en accompagnant les décideurs des collectivités locales dans cet enjeu crucial, explique-t-il.
Serge Pilicer : “Il faut aider les élus locaux à s'approprier l'IA”

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Vous êtes le fondateur de Ruralitic. Peut-on rappeler en quelques mots de quoi il s’agit ?

J’ai fondé Ruralitic il y a plus de vingt ans, à la demande du président du Conseil général du Cantal de l’époque, Vincent Descœur, et de René Souchon, alors président de la Région Auvergne et ancien ministre. Je suis dans le numérique depuis plus de 30 ans. J’ai conçu la plupart des premiers grands forums de cette époque-là. Je conseillais les entreprises et le secteur public sur les facilitations numériques. J’ai été le premier Français, alors que la French Tech n’existait pas, à accompagner avec Xavier Dalloz des entreprises françaises au CES de Las Vegas, lieu pionnier en la matière. C’est suite d’ailleurs à ces premiers voyages que j’ai créé le concept de la French Tech que François Hollande, alors président de la République, et Fleur Pellerin [en charge du Développement numérique dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault (2012-2014)], m’ont demandé de céder à l’APIE (Agence du Patrimoine Immatériel de l’État). Je reviens au Cantal qui a été l’un des premiers départements français à se pencher sérieusement sur les facilitations numériques à travers un dispositif, CyberCantal, géré par le DSI de l’époque Fabien Medzianowski, intégrant la dématérialisation et les liens numériques avec les autres collectivités locales et les usagers. J’ai alors imaginé Ruralitic qui a vu le jour dans ce département rural au cœur des monts d’Auvergne et qui existe depuis 20 ans !

Et Ruralitic a fini par voler de ses propres ailes…

J’ai présidé l’évènement pendant dix ans puis j’ai transmis le flambeau à mon ancien directeur des opérations, Sébastien Côte. Tous les ans, fin août, ce salon orienté vers les maires ruraux leur permet de discuter de problématiques qui ont bien évolué depuis, telle la couverture numérique du pays. Après, j’ai continué à produire de nombreux évènements autour des territoires et d’une attractivité facilitée par les dynamiques numériques. Avant le Covid, par exemple, j’ai créé le forum mondial sur le tourisme du futur (EITF) où le numérique permettait de se projeter sur les usages du tourisme de demain en collaboration avec Atout France. Il y a quelques mois, suite à des échanges à l’Élysée avec la conseillère attractivité de la présidence de la République j’ai imaginé ce que l’on pouvait réaliser au bénéfice exclusif des élus et décideurs de collectivités face à la montée en puissance de l’IA. En effet, il n’existait en France aucun salon, forum ou événement d’ampleur national 100 % orienté élus et décideurs des collectivités territoriales et qui traitait de la méthode, du choix des solutions, de l’accompagnement et de la formation de tous les sujets IA qui allaient envahir nos collectivités territoriales. On parle beaucoup des solutions IA pour les entreprises, des dynamiques positives de la French Tech, des dynamiques dans les écosystèmes privés. Mais l’IA, ce sont aussi des territoires, des données à protéger, une gouvernance à mettre en place. Or, si 90 % des élus et de leurs cadres ignorent les enjeux de l’IA, on n’y arrivera pas ! Il y a un risque majeur de cohésion territoriale et de perte de la gouvernance publique. Les grandes collectivités ont les moyens financiers et les ressources humaines de s’investir sur le sujet. Mais les autres, à savoir la grande majorité, n’y sont pas préparées ou y vont en ordre dispersé. Le risque c’est de se faire doubler par la machine alors qu’il s’agit de promouvoir l’IA qui doit maintenir, de fait, l’intelligence humaine et le discernement des décideurs publics au-dessus de tout.

Que propose IACL pour embarquer tout le monde ?

L’objectif n’est pas de faire un évènement isolé mais d’accompagner les élus, pas à pas, dans leur compréhension, leurs attentes et leur progression. Nous visons une acculturation des élus sur ce sujet. Il y a par exemple le grand salon de VivaTech, l’équivalent du CES de Las Vegas à l’européenne. 95 % des visiteurs relèvent du secteur privé, à peine 2 % du secteur public. Concernant le Salon des maires, l’IA est un sujet parmi tant d’autres. Les Interconnectés, est un formidable rendez-vous numérique mais ce sont des sachants qui s’adressent à des sachants. Il y a aussi des actions positives comme Territorialis organisé par l’association des DGS… Il y a une centaine de manifestations sur l’IA en France mais aucune ne réunit en même temps sur des sujets exclusivement IA directement les élus, les DGS, les DSI ou les DGA sur 100 % de sujets IA. L’objectif d’IACL est de combler ce vide. IACL veut relever le défi de la transversalité fonctionnelle et opérationnelle et non de la verticalité.

Plusieurs étapes avaient été avancées concernant le déploiement d’IACL ? Où en êtes-vous ?

J’ai décidé, il y a dix jours (Ndlr, l’entretien a eu lieu le 9 octobre), de décaler le programme pour des raisons évidentes : la colère sociale est dans la  rue, le contexte présidentiel n’est pas simple. Nous allons faire autrement. On pourrait s’appuyer plutôt sur une région exemplaire sur ces sujets d’IA pour l’organisation du Sommet, prévu initialement en février 2027 au Sénat et dont la date sera reportée pour éviter une trop grande proximité avec la présidentielle. Nous avons la capacité de viser plus haut et attirer plus de 1 000 ou 2 000 élus sur 2 jours. Je ne peux vous en dire plus pour l’heure. Nous avions prévu de lancer une enquête destinée aux élus et aux agents des 34 875 communes de France pour sonder leurs attentes en matière d’IA. L’exploitation des données est confiée à Jean-Baptiste Manenti, passé par le Conseil national du numérique, président du comité de programme et du comité d’experts d’IACL. Cette enquête sera lancée au mois de novembre, juste avant le Salon des maires (Ndlr, du 24 au 26 novembre prochains). Le sommet prévu sera davantage un forum avec une dimension salon, de nombreux partenaires publics et privés souhaitant profiter de la fenêtre de tir pour présenter leurs solutions et leurs attractivités territoriales. Le temps de l’enquête et son analyse seront de quatre mois. La synthèse permettra de savoir, au plus près des territoires, qu’elles sont les attentes des élus : pour certains, ce sera le transport, d’autres plus des problématiques RH, ou encore un lien facilité avec la population. Cette cartographie sera très utile pour faciliter l’accès à une IA utile.

Qu’en est-il du Tour de France que vous aviez envisagé ?

Il est bien entendu maintenu. Il sera structuré autour de cinq étapes majeurs. Le sommet sera l’étape nationale en quelque sorte, puis chaque rendez-vous se positionnera dans la ville la plus centrale de trois régions mitoyennes. Le livre blanc que nous proposerons sera la synthèse à la fois du sommet, du Tour de France et de l’enquête. Et ce travail sera régulièrement renouvelé en fonction de la nature des débats.

Comment s’organisera la formation des élus ?

Il sera sélectionné 1 partenaire national ou 5 partenaires nationaux à l’image d’une grande régionalisation du Tour de France afin de pouvoir avoir la capacité de traiter les cibles issues des collectivités publiques concernées avec efficacité.

Comment l’évènement sera-t-il financé ?

IACL se reposera sur un mixte de financement publics-privés. La Banque des Territoires nous apportera son soutien, ainsi que certaines collectivités où les évènements se produiront. Enfin, à travers le Sommet IACL, des partenariats spécifiques pour les conférences ou la présence sur le salon solutions IA devraient séduire les entreprises privées ou publiques.

Stéphane Menu

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