L’antifragilité ou comment déconfiner l’action publique ?

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Aujourd’hui, nous partageons avec vous les réflexions et propositions concrètes de transformations de l’action publique post-Covid-19 proposées, sur son blog, par Silvère Mercier, chargé des programmes d’incubation d’actions publiques à la Métropole Européenne de Lille (MEL).

Dans l’urgence de la crise s’est mise en place une action publique antifragile

L’antifragilité est un concept développé par Nassim Nicholas Taleb (Antifragile – Les bienfaits du désordre, Éd. Les belles lettres, 2013). « Tout ce qui, à la suite d’événements fortuits (ou de certains chocs), comporte plus d’avantages que d’inconvénients est antifragile (…) ».

Une action publique antifragile serait donc un ensemble de dispositifs qui adopte des traits antifragiles pour se “transformer positivement” à la suite d’un choc.

  • Les systèmes antifragiles ne cherchent pas à prévoir ce qui est par nature imprévisible. Ils cherchent au contraire à se servir de ce que les crises majeures provoquent pour transformer.
  • Les systèmes antifragiles ne cherchent pas à diminuer le risque, à le circonscrire, mais au contraire à provoquer de l’inattendu pour apprendre des situations nouvelles.
  • Les systèmes antifragiles ne cherchent pas à faire passer à l’échelle des solutions qui marchent, mais à créer ou maintenir des redondances entre de nombreuses solutions, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.

Le concept de résilience ou de gestion de crise renvoie à l’action de gestion d’une situation ainsi qu’à l’organisation du retour à la normale. À l’inverse, l’antifragilité consiste à rebondir sur une situation de crise pour transformer la situation initiale. Cette transformation repose sur la construction de réponses (profitables) à des situations inattendues.

Pour rendre l’action publique antifragile, il conviendrait de passer d’une logique de planification à une logique de subsidiarité distribuée. La subsidiarité distribuée est la capacité d’un acteur public à identifier et à s’articuler aux redondances permettant une réponse antifragile à un choc majeur.

Cette transformation passe par les axes suivants :

  • Réorienter la planification vers la capacité d’action des organisations publiques

L’action publique consacre énormément de ressources à planifier et la planification a pris ces dernières décennies une ampleur inédite. Pourtant les organisations publiques sont mal préparées aux évènements inattendus.

  • Répondre vite versus anticiper des risques

Ce que nous apprend cette crise sous l’angle de l’antifragilité et que nous devons moins essayer de prévoir en réaction à des risques est de prendre conscience de nos capacités de réponse et les catalyser.

Développer une action publique antifragile revient à détecter ou provoquer des réactions spontanées et légères des territoires (réactions hors plans la plupart du temps). Il s’agit de passer d’une gestion de crise à une accélération des redondances de crise.

  • De la participation citoyenne aux attachements sur un territoire en commun
Silvère Mercier
Silvère Mercier

Entre la participation citoyenne et les communs, le point de convergence s’appelle la construction de la confiance. On peut voir les communs comme un terreau d’antifragilité auquel il s’agit de s’articuler. Agir en commun c’est précisément créer des règles dans une communauté à partir des capabilités des acteurs. Les initiatives sont diverses, hétérogènes, difficiles à saisir, parfois contradictoires et plus ou moins efficaces et durables. Ensemble, elles constituent un potentiel antifragile.

Aussi, faudrait-il orienter les plans de relance que les pouvoirs locaux vont développer sur la détection de ce qui nous lie sur les territoires. D’ailleurs, Silvère Mercier propose de commencer par le questionnaire développé par Bruno Latour : « Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise ».

  • Mettre en place une subsidiarité distribuée

Pour articuler les communs issus de la crise et l’action publique, il nous faut penser les territoires non plus comme des terrains à administrer ou à gérer, mais comme des organismes vivants à accompagner.

Les réactions d’un territoire antifragile ne seront jamais parfaitement coordonnées. Elles ne correspondront jamais à un schéma unique, elles ne rentreront jamais dans un modèle unique. L’acteur public ne doit pas se substituer à la force d’auto-organisation des territoires pour replanifier après coup. Ce type de réaction est destructeur de l’innovation sociale, en langage commun il s’agit d’enclosure.

  • Rééquilibrer prospective et prédiction

Les prédictions – souvent fausses – consistent à modéliser le réel pour en déduire un futur probable dans un modèle de continuité. La prospective, elle, est l’activité de réinterroger nos cadres pour agir dans une situation de rupture et en tirer des enseignements.

Les deux exercices sont parfaitement complémentaires, mais combien de collectivités aujourd’hui ont des moyens totalement déséquilibrés en faveur de la prévision en mode Big data ?

Et Silvère Mercier de conclure sur l’idée que, subsidiarité distribuée et prospective sont deux ingrédients majeurs devant être étroitement articulés pour devenir antifragiles dans l’action publique.

Séverine Bellina et Hugues Perinel, Réseau service public

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