Restaurer un château, une passion qui coûte cher

Communication

Restaurer un château médiéval chargé d’histoire mais qui tombe en ruines est une passion onéreuse.

Et des personnalités, simples particuliers ou élus, qui se sont lancés dans l’aventure tentent de rentabiliser leur investissement en les transformant en musée, hôtel ou lieu de réception.

« On voit parfois le châtelain comme un homme parvenu. Mais cela peut tourner à la catastrophe », explique à l’AFP le délégué national de l’association « Adopte un château » Julien Marquis. Avant d’ajouter, non sans provocation : « Un château est un signe extérieur de pauvreté, tant il coûte cher ».

L’association s’occupe d’une « vingtaine de châteaux parmi les plus de 30 000 recensés » en France. Elle aide à la sauvegarde de ce patrimoine souvent en danger, en accompagnant propriétaires et collectivités, notamment dans la recherche de financement. Les journées européennes du patrimoine, samedi et dimanche, ont cette année comme thème « patrimoine et citoyenneté ».

Au départ, l’acquisition d’un château, c’est souvent un rêve d’enfant, un coup de foudre. Axel Letellier, 40 ans, est tombé amoureux de celui de Penne (Tarn) à l’âge de 10 ans. Et il a voulu l’acheter à 14 ans.

En 2007, cet architecte toulousain a acquis « sa » ruine cathare trônant sur un piton rocheux pour 100 000 euros. Son idée : en faire « un centre culturel et d’interprétation pour expliquer le Moyen Âge ».

Il accueille aujourd’hui 17 000 visiteurs par an. « Une réussite », se félicite M. Letellier. La première tranche de travaux, d’un montant de 1 million d’euros, a été couverte à hauteur de 60 % par des subventions. Mais le passionné a toutefois dû sortir de sa poche le reste, soit 400 000 euros.

Même coup de cœur pour Patrice Rufino, journaliste parisien. En 1971, il a payé « quasi rien » le château de Magrin (Tarn), en plein Pays de Cocagne. Après des dizaines de milliers d’euros de travaux – toujours en cours -, M. Rufino a ouvert en 1982 le premier musée du pastel en France. Et contribué à relancer une culture oubliée.

Cette passion du patrimoine peut être partagé par des élus. Pour sauver la demeure de Pierre-Paul Riquet, en déshérence, la commune de Bonrepos-Riquet (Haute-Garonne), 270 habitants et 150 000 euros de budget, s’est lancée dans une incroyable aventure.

Fin 2007, elle s’est endettée sur 30 ans pour un montant de 350 000 euros, en achetant 1,7 million d’euros avec l’aide du département (935 000 euros) et de la région (425 000 euros) le domaine du fondateur du Canal du Midi.

Rentabiliser les châteaux

« Notre rôle est de sauver puis de transmettre », affirme son maire Philippe Seilles, soulignant qu’une demande d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est en cours pour ce domaine de 24 hectares, où Riquet a construit l’ensemble hydraulique qui lui a permis de prouver la validité de son projet.

Pour une réhabilitation totale, 22 millions d’euros seront nécessaires. « On va avoir une aide importante dans le cadre du contrat État-Région », affirme M. Seilles, qui réfléchit à d’autres sources de financement. Comme transformer le lieu en hôtel.

Si ce projet est considéré comme « d’intérêt patrimonial majeur » par l’État, la participation publique se raréfie.

À titre d’exemple, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Occitanie dispose pour sa région de 22 millions d’euros par an, dont une grande partie est réservée prioritairement aux cathédrales, propriétés de l’État. « On finance la sauvegarde avant l’embellissement », souligne le conservateur Laurent Berrenechea.

Ghislain de Castelbajac accueille pour sa part mariages et séminaires dans son château de Caumont (Gers), attaché à sa famille depuis 1820, afin de financer les travaux. « C’est un gouffre sans fin », constate-t-il.

Les célèbres jumeaux Igor et Grichka Bogdanoff, propriétaires décriés d’Esclignac à Monfort (Gers) veulent « mobiliser » pour sauver leur château. Vieux de mille ans et acheté 320 000 euros en 1986 il nécessite des travaux considérables : sa gigantesque toiture du XVe s’effondre, le plafond du salon est maintenu par un étai…

Dans le village, des voix s’élèvent pour leur reprocher de ne pas assez investir. Face à ces critiques, Igor Bogdanoff regrette qu’en raison de « leur notoriété », les gens « les pensent plus riches qu’ils ne le sont ».

 

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