Oublié de l’État, le tourisme à vélo connaît un essor tardif en France

Développement durable

Bien qu’en retard sur la « culture vélo » de l’Allemagne ou des Pays-Bas, la France développe le tourisme à vélo, une filière innovante, respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois durables, qui génère deux milliards et demi d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Encore marginal il y a 15 ans, le cyclotourisme « connaît aujourd’hui un développement très important, avec une progression à deux chiffres de la fréquentation sur pas mal d’aménagements », dit à l’AFP Nicolas Mercat, du bureau d’études Indiggo Altermodal.

Les Français sont « de plus en plus nombreux à partir en week-end ou en vacances à vélo » sur les 13 600 km d’itinéraires cyclables de l’Hexagone, rapporte l’auteur d’une étude de référence sur l’économie du vélo pour Atout France, l’agence de promotion du tourisme hexagonal à l’étranger.

Signe de cet engouement, le 5e guide thématique des éditions du Routard consacré à la petite reine vient de paraître, co-signé par Philippe Coupy et Philippe Gloaguen, et consacré aux balades à Paris et en Île-de-France.

« Il y a une vingtaine d’années, le premier avait été un semi-échec », se souvient M. Gloaguen, directeur du Guide du Routard. « L’idée n’était pas mûre : ce n’était pas dans la mentalité des Parisiens et les touristes n’étaient pas demandeurs ».

Au plan national les collectivités locales ont, ces dernières années, multiplié les investissements avec un impact économique important, grâce au succès d’itinéraires comme La Vélodyssée et ses 1 300 km le long du littoral atlantique.

Ainsi la fréquentation des 420 km de la Méditerranée à vélo, empruntés par 444 000 cyclistes, a-t-elle rapporté 5,5 millions d’euros l’an dernier, et celle des 426 km de l’itinéraire V65 (entre Nice et les Saintes-Maries-de-la-Mer), 18 millions, selon une étude de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur publiée en avril.

« Certains équipements ont un retour sur investissement de deux à trois ans », souligne M. Mercat, comme la Loire à vélo (Nevers-St Nazaire) « un investissement de 50 millions d’euros qui génère 25 à 30 millions de retombées économiques par an ».

Moins de dépenses de santé

Car les dépenses moyennes d’un cyclotouriste, 62 euros par jour, génèrent « des emplois durables, non délocalisables, dans l’hébergement et la restauration » dit-il.

Ils utilisent l’hôtel et le camping, et très peu les résidences secondaires comparé au reste des touristes français, et visitent davantage des territoires ruraux, à l’écart de l’affluence touristique.

Dans la capitale, le Plan Vélo 2015-2020 adopté par le Conseil de Paris bénéficie d’un investissement sans précédent de 150 millions d’euros et vise à doubler d’ici à 2020 la longueur des voies cyclables, de 700 km à 1 400 km.

Quant à l’Île-de-France, elle « manque vraiment de pistes cyclables, on a des coupures urbaines qu’il faut résoudre », souligne M. Coupy.

Au plan national, la loi d’orientation des mobilités (LOM) attendue à la rentrée devrait soutenir le vélo avec 85 millions d’euros de financements par an sur le quinquennat, si le gouvernement suit les préconisations du rapport du Conseil d’orientation des infrastructures publié le 1er février.

Le club des Villes cyclables espère 200 millions d’euros par an, soit 3 euros par Français et par an, qui s’ajouteraient aux 7,7 euros déboursés en moyenne par les collectivités.

« Il faut sortir des vieilles logiques sur le vélo », dit à l’AFP le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, à l’origine d’une pétition de 200 parlementaires appelant l’État à résorber « vingt ans de retard » en finançant des voies cyclables.

« Ces investissements sont rentables : ils permettent de réduire la congestion des villes, la pollution, ont un impact réellement positif sur la santé », rappelle M. Orphelin.

Car le temps passé à pédaler se traduit par une forte diminution du diabète, des pathologies cardio-vasculaires, de certains cancers et de la dépression, permettant à la collectivité de réaliser des économies sur les dépenses de santé, a établi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Or pour l’heure l’État est « le grand absent de ces politiques publiques », souligne M. Mercat, « alors qu’il encaisse en TVA, l’essentiel des bénéfices ».

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