Réchauffement : à Bordeaux, il y a aussi de l’eau, mais pour combien de temps ?

Développement durable

Dans Bordeaux et sa région, il y a du vin et de l’eau, beaucoup d’eau. Mais les experts alertent sur la nécessité de mieux exploiter les réserves considérables du sous-sol aquitain, menacées par un assèchement climatique à l’horizon 2070.

Sur les 100 milliards de m3 de ressources annuelles d’eau en France métropolitaine, « plus de 20 milliards » sont enfouis dans le Bassin Adour-Garonne. Et plus de deux milliards de m3 y sont prélevés chaque année, « dont 800 millions en profondeur pour alimenter 60 % des besoins domestiques », résume Nicolas Pedron, directeur régional du Bureau de Recherche biologique et minière (BRGM).

L’hydrogéologue souligne que « 50 % de l’irrigation » dans cette région est tirée du sous-sol. Mais « attention, les aquifères (formations géologiques contenant de l’eau) sont eux aussi soumis aux aléas climatiques ». C’est dire l’importance de l’enjeu « pour les cinq décennies à venir », prévient l’expert.

Et de citer l’exemple de 2015, année marquée en Aquitaine par un pic de sécheresse enregistré seulement tous les cinq ans, avec des niveaux pluviométriques qui se sont « considérablement abaissés en juin et juillet, malgré une recharge hivernale normale ».

Or le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime que ce phénomène pourrait devenir une tendance lourde dans tout le Sud-Ouest, « une des régions potentiellement les plus impactées par le réchauffement », selon Nicolas Pedron.

Cela ne signifierait « pas nécessairement moins de pluie », nuance Christophe Ladurelle, responsable de la Gestion des ressources et des risques au département de la Gironde. Mais plus vraisemblablement « des épisodes pluvieux moins fréquents, de type cévenol, avec des ruissellements très rapides et massifs, de gros volumes d’eau empêchant l’infiltration des pluies », et donc la recharge des nappes.

Leur assèchement pourrait aussi être amplifié par l’évaporation de l’eau en surface liée à la hausse des températures. Un danger pointé du doigt alors même que « les villes les plus minérales de la région réfléchissent déjà aux moyens de se végétaliser pour adoucir les effets des futures sécheresses sur les populations », explique Christophe Ladurelle.

Libres ou captives

L’arrosage des cultures dans une région qui compte 10 % d’actifs dans le secteur agricole (contre 4 % en moyenne au niveau national) et l’irrigation de ces nouveaux paysages urbains plus verts va accroître les besoins en eau, d’où la nécessité de rationaliser son exploitation et sa consommation, souligne cet agronome de formation.

Faute de quoi il faudra puiser de plus en plus profond, en passant des nappes « libres » aux nappes « captives », explique le directeur régional du BRGM. Les premières, superficielles et rechargées par les eaux de pluies, sont sensibles aux pollutions de surface. Les secondes, situées à des dizaines voire des centaines de mètres de profondeur, fournissent une eau d’une pureté quasi parfaite, stratégique pour les réserves en eau potable.

« Mais après une surexploitation liée à des prélèvements trop systématiques depuis 40 ans, cette eau à peine polluée par le pipi de Cro-Magnon est aujourd’hui menacée de dénoyage », une perte d’étanchéité de la nappe qui l’expose aux infiltrations des eaux de surface polluées, explique Bruno de Grissac, directeur du Syndicat mixte d’études pour la gestion de la ressource en eau de la Gironde (Smegreg).

Lyonnaise des Eaux, concessionnaire dans l’agglomération bordelaise, et les acteurs concernés réfléchissent à des sources de substitution comme les eaux de la Garonne. Une option qui suscite de fortes réticences. « On a toute l’eau dont on a besoin dans les nappes. Le tout c’est de bien l’exploiter, car elle sera toujours plus saine que l’eau d’un fleuve polluée aux résidus médicamenteux ou aux pesticides », tranche Bruno de Grissac.

Selon Nicolas Pedron, les scientifiques portent donc une attention particulière à cette eau profonde, de très haute qualité, conservée parfois depuis plus de 20 000 ans, « pour savoir où la capter et surtout dans quelle quantité, pour préserver la nappe » sous le vignoble… Et cela plus d’un siècle après les premiers forages imaginés par les grands châteaux bordelais pour noyer le phylloxéra, ravageur pour les vignes.

 

par Régine LAMOTHE

 

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