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Le Sénat propose des leviers pour renforcer l’attractivité du métier d’enseignant

Publié le 7 décembre 2022 à 12h30 - par

Un rapport sénatorial s’inquiète de l’augmentation régulière du nombre de démissions d’enseignants, en particulier en début de carrière.

Ce mardi 6 décembre 2022, le Sénat a adopté avec modifications, en première lecture, le projet de loi de finances (PLF) pour 2023. Quelques jours plus tôt, la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication de la Haute Assemblée avait rendu un avis critique sur les crédits de la mission Enseignement scolaire. Si elle a salué la hausse des crédits alloués, la commission a, dans le même temps, alerté sur trois points de vigilance : la nécessité de poursuivre dans la durée la revalorisation des rémunérations pour que celle-ci produise des effets concrets pour les personnels ; des suppressions de postes problématiques compte tenu de moyens humains en tension ; le décalage entre les moyens consacrés à l’école inclusive et l’importance des besoins constatés dans ce domaine.

Le rapporteur, Jacques Grosperrin, sénateur Les Républicains du Doubs, a tenu à centrer son propos sur les problématiques liées à l’attractivité du métier d’enseignant, dans un contexte marqué par une crise de recrutement préoccupante, dont le nombre élevé de postes non pourvus à l’issue des concours de 2022 a souligné l’ampleur. La baisse alarmante du taux de rendement des concours de 2022 et l’augmentation régulière du nombre de démissions d’enseignants, plus particulièrement en début de carrière, impliquent, selon la commission, parallèlement à la revalorisation des rémunérations, « une action globale et ambitieuse en matière de formation initiale, d’accompagnement des enseignants débutants et de mobilité géographique ».

Les difficultés qui caractérisent désormais le métier d’enseignant sont à l’origine « d’une véritable crise des vocations » et d’une augmentation régulière du nombre de démissions, plus particulièrement chez les jeunes enseignants. Aussi la commission sénatoriale explore « les leviers à mobiliser pour enrayer le déclin de l’attractivité du métier d’enseignant ».

Stopper l’hémorragie

Mettre fin à l’augmentation du nombre de démissions, notamment chez les enseignants débutants, constitue un « enjeu majeur. » Qu’elles concernent des enseignants chevronnés ou des débutants, les démissions s’apparentent à « un véritable gâchis humain et financier, a fortiori dans le contexte actuel de crise de recrutement », insiste la commission. Pour remédier au manque d’attractivité du métier d’enseignant auprès des candidats potentiels aux concours, la commission préconise donc « l’amélioration des débuts dans la carrière. » Pour elle, c’est « une urgence. »

Améliorer la formation initiale

L’avis de la commission pointe une autre exigence : améliorer la formation initiale et mettre fin au « bizutage institutionnel », qui fait qu’aux débutants incombent toujours « les conditions d’exercice les plus dures ». Le rapporteur s’attarde sur trois aspects de la réforme de la formation initiale des enseignants intervenue cette année, des « orientations de bon sens pour mieux former et fidéliser les jeunes enseignants. » À savoir :

  • L’augmentation de la part des praticiens parmi les formateurs des futurs enseignants : un tiers au moins du temps de formation en Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPÉ) devra être assuré par des personnels d’éducation exerçant en parallèle devant des classes ou en établissement. « La contribution d’enseignants de terrain à la formation des futurs professeurs semble relever du bon sens : on ne peut que regretter que cette orientation n’ait pas été mise en œuvre depuis longtemps » ;
  • La volonté d’éviter les affectations de stagiaires en éducation prioritaire, et a fortiori dans les établissements classés REP+. « Cet engagement, qui aurait dû être pris beaucoup plus tôt, semble primordial pour fidéliser les nouveaux enseignants et prévenir les démissions précoces que l’on déplore chaque année » ;
  • L’accompagnement de chaque stagiaire par un tuteur désigné au sein de l’école ou établissement où se déroule la mise en situation professionnelle. « Il s’agit, là encore, d’une mesure de bon sens pour assurer l’intégration d’un débutant, dont on peut s’étonner qu’elle ne soit pas en vigueur depuis longtemps. »

« Cette réforme devra donc faire l’objet d’un suivi rigoureux », insiste Jacques Grosperrin.

Instaurer une « gestion humaine des ressources »

Selon le rapport de la médiatrice de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur publié en 2021, les problèmes de mobilité et d’affectation représentent le deuxième motif de réclamation des enseignants après les questions financières. Dans son rapport de 2022, elle fait observer que « les modalités d’affectation et de mutation peuvent constituer un frein au recrutement de personnels dont le système éducatif a besoin, comme elles peuvent empêcher une mobilité fonctionnelle ou géographique choisie. »

Certes, des efforts récents ont été mis en œuvre pour mieux accompagner la mobilité des enseignants, reconnaît la commission sénatoriale. Et de citer : un « comparateur de mobilité » en ligne ; les lauréats des concours de 2022 ont pu formuler sur la plateforme Colibris leurs vœux d’affectation en stage pendant 10 jours ; des vidéos en ligne ; une plateforme téléphonique destinée à apporter aux titulaires des conseils en matière de mutation et d’aider les stagiaires dans leurs démarches d’affectation. En outre, dans le cadre de l’évolution vers une « GRH de proximité », une cellule mobilité devrait être mise en place dans chaque académie. « Cette dynamique est indispensable à l’amélioration de l’attractivité du métier d’enseignant. Il semble toutefois peu probable que les efforts accomplis à ce jour soient à la hauteur des difficultés auxquelles se heurtent de nombreux enseignants en matière de mobilité géographique », déplore le rapporteur de l’avis de la commission sénatoriale. Jacques Grosperrin sera donc attentif à l’évolution d’une « gestion des ressources humaines » vers une « gestion humaine des ressources », « qui constitue actuellement une véritable exigence pour les enseignants ».