Les vacances pour 12 millions d’élèves, encore de l’école pour certains

Éducation

Vendredi soir, ce sera les vacances scolaires, mais de nombreuses écoles vont rester « ouvertes » cet été pour permettre de rattraper le retard accumulé depuis le début du confinement. Sauf que professeurs et élèves volontaires manqueront parfois à l’appel.

Après une année scolaire mouvementée, quelque 12,4 millions d’élèves vont pouvoir souffler pendant deux mois. Mais après de nombreuses semaines sans école en raison de la fermeture des établissements due à l’épidémie de coronavirus, des milliers de jeunes ont « décroché ». Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer estime que 4 % ont été perdus par leurs professeurs.

Pour tenter de les remettre sur les rails avant la rentrée, le ministère a annoncé le déblocage de 200 millions d’euros qui serviront à financer un dispositif appelé « vacances apprenantes ». Parmi les offres proposées : des colonies de vacances « pour s’amuser tout en rattrapant » une partie du programme et un renforcement de l’opération « écoles ouvertes » qui existait déjà depuis des années dans certains endroits.

Le ministre table ainsi sur l’ouverture estivale de 2 500 établissements scolaires, de la primaire au lycée, dans les villes et les territoires ruraux, pour des activités de soutien scolaire auprès de 400 000 élèves avec des professeurs payés en heures supplémentaires.

Pour ces « écoles ouvertes », auparavant limitées aux quartiers prioritaires de la ville, « il nous faudra 25 000 » enseignants, « soit cinq fois plus qu’aujourd’hui », a estimé Jean-Michel Blanquer.

Cet objectif sera-t-il tenu ?

« Ça démarre lundi 6 juillet 2020, mais ça risque d’être très modeste cette année car il y a une fatigue réelle, un épuisement général », observe Patrick Roumagnac, secrétaire général du Syndicat de l’inspection de l’Éducation nationale (SI.EN UNSA, majoritaire).

Paradoxalement, « on n’a jamais eu autant d’argent disponible, mais aussi peu de professeurs volontaires », ajoute-t-il.

« Gadgets »

Il n’est pas le seul à faire ce constat : « cette année, j’ai un enseignant volontaire sur 13. L’an dernier, ils étaient 3 », souligne Olivier Flippo, directeur d’une école élémentaire dans le Val-d’Oise et syndiqué au SE-Unsa. « Les enseignants sont fatigués de cette année difficile et mine de rien, les enfants aussi ont besoin de changer d’air », estime-t-il.

L’engouement pour le dispositif semble fluctuer d’un établissement à l’autre.

À Paris, au collège Pierre Mendès France, dans un quartier défavorisé du 20e, un programme varié sera proposé à 70 élèves par semaine tout au long de l’été. « Avec l’appui de la mairie, nous allons pouvoir offrir une offre sportive, culturelle et éducative pour les enfants du secteur qui n’auront pas de vacances », s’enthousiasme sa principale, Nathalie Daupin.

« Ce sera important de redonner aux élèves un rythme et une socialisation », ajoute la principale qui espère pouvoir répondre à la demande de tous les volontaires.

Dans une école du 11e, une enseignante s’apprête, elle, à encadrer un groupe de neuf élèves de CP qu’elle ne connaît pas, la semaine prochaine. « J’étais disponible et j’ai jugé important d’aider ces enfants en difficulté », explique-t-elle.

Ce n’est pas si simple partout. Dans les Pyrénées-Orientales, la directrice d’une école défavorisée regrette que le dispositif ne puisse pas être mis en place dans son établissement. « Il y aura des stages de remises à niveau pour les CM1-CM2, mais c’est tout. »

« Nous avions trois jours pour monter un projet plus ambitieux pour les autres élèves, mais les délais étaient trop courts, nous avons dû y renoncer », regrette-t-elle. « C’est dommage car des familles nous avaient sollicités. »

Dans le second degré, le ministère vise particulièrement les élèves des lycées professionnels, dont beaucoup ont décroché en raison du confinement. « Un pansement sur une jambe de bois », fustige Nicolas Voisin, professeur de français et histoire-géo dans un établissement de Marseille.

Selon lui, « plus de la moitié » des élèves de son établissement n’ont plus donné de nouvelles depuis des semaines et « seule une poignée » devrait participer au dispositif.

« Plutôt que d’inventer des gadgets », il faut, selon lui, « un plan d’investissement massif » pour la prochaine rentrée.

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