Quand le sport tente de faire sa place à l’école

Éducation

Souvent considéré comme le parent pauvre de l’Éducation nationale, l’enseignement du sport à l’école a évolué ces vingt dernières années, tout comme sa place, mais semble encore trop peu valorisé aux yeux de certains sportifs et enseignants.

Il a suffi d’un tweet. Un message posté par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer se félicitant début août du rôle de l’EPS (éducation physique et sportive) dans la réussite des sports collectifs aux JO de Tokyo, pour lancer une joute médiatique feutrée. Premier à réagir, le basketteur et médaillé d’argent à Tokyo Evan Fournier a évoqué dans un tweet une « culture sportive à l’école […] désastreuse ». D’autres sportifs ont égratigné ce post ministériel, et Evan Fournier a été reçu au ministère pour en parler avec Jean-Michel Blanquer et aplanir ce malentendu. Mais la question est revenue récemment avec le décathlonien Kevin Mayer qui a regretté dans une interview au Figaro l’absence de « la culture de la gagne à l’école ».

Fracture

À trois ans des JO de Paris, voilà pour l’incompréhension et la fracture. À l’origine de cette fracture, le sentiment chez certains sportifs de haut niveau et professeurs d’EPS que le sport à l’école est méprisé.

« Très clairement, l’EPS n’a jamais été considéré comme une matière noble, c’est le moins que l’on puisse dire », assure sous couvert d’anonymat une ancienne rectrice d’académie. « La place du sport à l’école est à l’image que celle qu’elle a dans la société », résume un conseiller gouvernemental. « Ce n’est pas valorisé dans le système éducatif. Par exemple, l’EPS n’est pas évalué au brevet des collèges. C’est quand même révélateur », regrette Benoît Hubert, le secrétaire national du SNEP-FSU (syndicat des professeurs d’EPS).

Cette volonté de valoriser la place du sport à l’école est pourtant affichée comme une priorité par Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu, illustrée notamment par la fusion des deux ministères à l’été 2020. L’opération 30 mn de sport par jour dans le primaire, expérimentée depuis 2020 dans près de 3 000 écoles selon le ministère, va être généralisée d’ici 2024. Elle est suppléée à partir de cette année par une autre opération « un club, une école », l’idée étant d’associer un club sportif à un établissement. Autre nouveauté cette année, la création d’une filière professionnelle du sport, d’un enseignement de spécialité éducation physique.

« Mais il y a un décalage entre la volonté affichée, le discours, et la réalité », regrette Benoît Hubert, pour qui l’EPS reste le mal aimé de l’Éducation nationale, évoquant par exemple la suppression cette année de 771 postes de professeurs d’EPS. « Chaque élève aura le même temps d’EPS cette année », répond un conseiller du ministre de l’Éducation, assurant que depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer, « les choses ont clairement bougé ». « Le mépris affiché pour le sport à l’école il y a une vingtaine d’années n’existe plus et depuis quelque temps déjà », renchérit un autre conseiller gouvernemental. « On ne peut pas non plus analyser le rôle de l’activité physique à l’école, ou du sport à l’école au regard de l’EPS. C’est un ensemble, avec les fédérations scolaires comme l’UNSS (Union nationale du sport scolaire) », explique-t-il. Plus de 2,7 millions d’élèves étaient licenciés en 2019 dans les trois grandes fédérations scolaires.

Souvent d’ailleurs, dans le parcours d’un champion, une ligne d’un trophée UNSS traîne sur son CV.

« Moins bon en primaire »

« Quand on dit que l’EPS est le parent pauvre, il faut savoir que c’est la troisième matière en temps consacré au collège derrière les mathématiques et le français », nuance également ce conseiller.

Au collège, il y a quatre heures d’EPS par semaine en 6e et trois heures pour les 5e, 4e et 3e. Cela tombe à deux heures en lycée. « Là où on est moins bon en France, c’est le primaire », reconnaît ce conseiller gouvernemental. La pratique de l’activité sportive n’est en moyenne que d’une heure et demie par semaine, au lieu des trois heures prévues, selon un rapport de la Cour des Comptes en 2018.

ll y a aussi une mésentente avec les sportifs de haut niveau sur le rôle de l’école. « L’école doit permettre un premier contact, et si l’élève veut plus, il y a l’UNSS, et ensuite c’est aux clubs de prendre le relais », résume Benoît Hubert. « Clairement, l’école n’a pas vocation à former des champions. À l’école c’est le sport pour tous », explique ce conseiller gouvernemental. « Il faut d’ailleurs faire attention avec les mots de Kevin Mayer. La culture de la gagne, cela exclut les moins performants, or le rôle de l’école c’est justement de permettre à tout le monde de faire du sport ».

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