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Présidentielle : les nouveaux territoires de l’abstention

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La montée inexorable de l’abstention, devenue spectaculaire avec les élections municipales de 2020 et régionales de 2021, a conquis de nouveaux territoires, aussi bien géographiques que sociologiques, qui seront scrutés avec attention lors de la présidentielle dans quatre mois.

Présidentielle : les nouveaux territoires de l'abstention

L’abstention s’est durablement installée dans le paysage politique français à partir de la fin des années 80, en franchissant un premier seuil de 30 % d’abstentionnistes lors des législatives de 1988.

Mais depuis la victoire d’Emmanuel Macron en 2017, le phénomène s’est accéléré et l’abstention a battu des records à chaque élection, à l’exception des européennes de 2019, pour culminer lors des régionales en juin (66,72 % et 65,31 %), soit 31 millions de Français qui ont boudé les urnes sur un corps électoral de 47,9 millions d’inscrits.

Extension sociologique

Si les facteurs les plus déterminants du désengagement électoral sont les mêmes depuis 40 ans (jeunesse, faible niveau de diplômes et fragilité économique), le phénomène change de physionomie quand il atteint une telle ampleur, en conquérant de nouvelles populations.

Pour le politologue Pascal Perrineau, l’abstention touche « aujourd’hui des électrices et des électeurs intéressés par la politique et par la chose publique, qui ne sont exclus ni culturellement ni socialement ».

« Elle touche absolument tout le monde, même les professions intellectuelles et la bourgeoisie », insistait-il lors d’une audition parlementaire en octobre, en prenant l’exemple de ses étudiants de Sciences Po Paris, où, selon lui, « aujourd’hui, environ 40 % des étudiants affirment ne pas avoir l’intention d’aller voter ».

Et si les catégories socio-professionnelles continuent de déterminer la participation, l’abstention aux régionales a été si forte qu’elle a réduit les écarts en progressant plus rapidement chez les catégories les plus aisées.

Au premier tour des législatives en 2017, l’abstention concernait 45 % des cadres contre 66 % des ouvriers, mais cet écart s’est réduit à six points aux dernières élections régionales, relève un récent rapport parlementaire sur le sujet.

Nouvelle géographie

De la même façon, la poussée de l’abstention a enrichi sa géographie.

Depuis longtemps, des villes populaires de banlieue sont identifiées comme des bastions historiques de l’abstention. Hors présidentielle, une commune comme Vénissieux, en banlieue sud de Lyon, enchaîne les chiffres vertigineux d’abstentionnistes à chaque scrutin : 67 % des inscrits ont boudé les urnes aux régionales de 2015 et aux législatives de 2017, 65 % aux européennes de 2019. Puis dans un contexte de Covid, 71 % des inscrits se sont abstenus aux municipales de 2020 et 83 % aux régionales 2021.

Même constat en banlieue parisienne ou en régions dans des villes affectées par la désindustrialisation, à l’instar de Hayange en Lorraine avec quelque 64 % d’abstentionnistes aux législatives de 2017 comme aux municipales de 2020.

Mais désormais, des territoires qui étaient relativement épargnés par l’abstention sont touchés à leur tour.

Même si les régionales de 2021, dans le contexte particulier du Covid, ont connu des records d’abstention partout (sauf en Corse), certains chiffres ont plus surpris que d’autres, comme dans les Pays de la Loire (68 % d’abstention).

Des petits villages guère abstentionnistes habituellement y ont été particulièrement confrontés comme Morannes sur Sarthe (76 % d’abstentions) ou Durtal, dans le Maine-et-Loire (près de 80 %).

Les facteurs explicatifs ne sont pas toujours simples à appréhender. Dans un rapport pour la fondation Jean-Jaurès, le politologue Jérôme Fourquet évoque le « cas » particulier du littoral atlantique et breton, qui combine une « forte proportion de seniors et un taux d’abstention élevé ».

Il y note la « perte de force du rite républicain » au niveau local, en raison d’un « intense brassage de population ». « De nombreux retraités installés dans ces communes balnéaires ne sont pas originaires de la région et entretiennent avec elle un lien plus distendu », avance-t-il.

Reste à savoir si la présidentielle saura leur faire retrouver le chemin des urnes. « Même l’élection reine de la Ve République n’est pas à l’abri d’une surprise abstentionniste, malgré l’intérêt que les Français continuent à avoir pour elle », met en garde le politologue Pascal Perrineau.

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